L’Education nationale s’oppose à un reportage dans une petite école

Ce n’est pas la première fois. Là c’est dans le Nord. Comme dans d’autres départements l’éradication des petites écoles est programmée pour des regroupements concentrationnaires. Partout, un certain nombre de parents conteste les arguments habituels avancés par l’Inspection académique ou les élus, et tente de résister.

La presse jusque là reste prudente mais FR3 Nord Pas de Calais décide d’informer en réalisant un reportage dans une de ces écoles qu'ailleurs l’Education nationale décrit comme archaïques et contraires à l’intérêt des enfants et dont leur maire voudrait aussi se débarrasser. C’est bien le vrai travail que l’on attend des journalistes, qu’ils soient de mediapart ou d’ailleurs : informer des réalités.

Deux jours avant le tournage, les enseignants reçoivent un ordre de l’Inspection académique : interdiction de laisser pénétrer les caméras dans l’école, interdiction aux enseignants de s’exprimer, y compris sur le trottoir, sous peine de sanctions.

Cette position n’est pas nouvelle. Dans la longue bagarre qui a été entreprise il y a plus de vingt ans pour enrayer cette éradication, l’administration a toujours tout tenté pour empêcher qu’une autre information que la sienne parvienne à ceux directement concernés… et les laisse se forger une opinion. Il est vrai aussi que les grands médias nationaux n’étaient pas enclins à se pencher sur un « petit » problème sans enjeu pour eux.

Lorsqu’il s’agit de faire un reportage sur un « lycée d’excellence », une « innovation » instiguée par l’EN, pas de problème, les portes sont grandes ouvertes et je soupçonne même qu’alors les chaînes se plient complaisamment à la demande du ministère.

Dans notre cas, il est évident que l’administration se doute bien que ce qui risque d’être montré ne correspondra pas avec ce qu’elle veut faire croire. Si je dis que c’est le propre de tout État totalitaire on hurlera à l’exagération. Et pourtant, pas seulement pour l’école, c’est bien de la même façon qu’un État totalitaire étouffe l’information de façon plus ou moins brutale, plus ou moins soft. Le quatrième pouvoir, celui de la presse, ne joue plus ou ne peut plus jouer celui du contre-pouvoir indispensable à tout bon fonctionnement d’une démocratie.

Ce petit cas est au sens propre comme figuré un « cas d’école »… entre une infinité d’autres qui fourmillent dans l'Education nationale.

On peut espérer que, sur le trottoir de cette école, un journaliste dénoncera l’empêchement d’informer… et informera quand même !

C’est demain, 4 novembre, FR3 Nord Pas de Calais !!! On va bien voir !

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PS : sur toutes ces affaires de l’Education nationale qui durent depuis toujours, comme je l’ai souvent suggéré, il y aurait de quoi faire pour un journaliste d’investigation ! Sur qui s'exerce le pouvoir exorbitant d'une administrtion et de son ministère ? Sur les enfants, l'enjeu ne me semble pas anodin.

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