L’immense danger du « non » grec, c’est que les quidams se mettent à penser, à oser penser !

« Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pour ainsi dire pas en commun avec d’autres auxquels nous communiquons nos pensées, et qui nous font part des leurs ? On peut donc bien dire que cette puissance extérieure, qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées, leur ôte aussi la liberté de penser. » Emmanuel KANT » Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée (1786).

La première idée simpliste qui me vient à l’esprit, moi un quidam, c’est que 60% des grecs ont bien compris qu’en acceptant les dictats des puissances financières et politiques, ils allaient encore plonger plus loin dans la « merde » dans laquelle les mêmes les avaient mis, et que 40% savaient qu’ils y avaient eux intérêt puisqu’ils pouvaient tirer leur épingle du jeu.

Il est certain que c’est très ennuyeux pour les pouvoirs en place, pas les 60% grecs dont ils n’ont rien à faire, mais surtout parce qu’on peut facilement penser qu’il y a bien le même pourcentage européen… qui pourrait se mettre à penser !

Ce pourrait bien être cela la nouvelle donne. Souvenez-vous de la surprise provoquée par le non au referendum sur le traité de l’Union européenne. L’immense surprise a surtout été que, en partie grâce à internet, des milliers de personnes se sont mises à essayer de comprendre ce que voulait dire ce traité, à chercher, à échanger et à confronter des avis, à interpréter au-delà des lignes, à chercher les conséquences qui en résulteraient… et ceci en échappant complètement au formatage de la pensée officielle. Ce qui était inimaginable, c’est qu’un refus puisse naître d’une réflexion quasiment collective de quidams contre une propagande effrénée. Le plus étonnant, ce n’est même pas que les pouvoirs en place ce soient assis sur un verdict appelé péjorativement populaire, mais c’est que les faits, en particulier ceux actuels, prouvent que ce premier « non » était parfaitement rationnel et raisonné !

Alors on devrait interpréter le « non » grec dans son exacte signification. Cette Europe que des pouvoirs veulent imposer comme inéluctable, voire naturelle, n’est qu’une invention, une conception intellectuelle de quelques esprits seulement qui y avaient intérêt, un « monde imaginaire » qu’on finit par croire comme seul possible quand une société devient hétéronome comme l’aurait dit Castoriadis, un monde créé par quelques-uns, comme le sont les banques, les monnaies, les dettes, les lois, l’organisation et le partage du travail, etc. etc.... Ce monde n’a de réalité que celle qu’on accepte,… si elle est satisfaisante. Elle l’est… pour quelques-uns !

Cette « invention » ne nous convient pas (à l’immense majorité des grecs comme à l’immense majorité de notre société) et nous savons que si quelque chose a été créé par l’esprit humain, le même esprit humain peut tout aussi bien créer autre chose qui soit satisfaisant. Pour une espèce qui se pense sociale, le satisfaisant ne peut concerner que toute l’espèce.

Autrement dit, on veut nous faire croire qu’il y a un problème alors qu’il n’y en a pas, sauf à nier que l’espèce humaine soit créative pour sa survie et cette survie concerne tous les membres de l’espèce.

L’immense danger du « non » grec, c’est que les quidams se mettent à penser, à oser penser !

Pour revenir dans mon domaine, j’ose dire que l’enjeu d’une école qui ne formaterait plus les futurs citoyens mais leur permettrait le développement de la formidable force créative de leur pensée est un enjeu aussi capital… pour que l’on cesse d’être soumis aux crises fabriquées et complaisamment acceptées.

Les autres pensées du quidam ! http://education3.canalblog.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.