Les trous noirs de l'écologie politique

L’écologie politique et le territoire : l’écologie politique est née en ville, mais elle doit en sortir. Dans une problématique démocratique de prise de pouvoir, c’est bien le nombre de convaincus qui fera la différence et c’est bien à la France socialement majoritaire qu’il faut s’adresser et réintégrer ses modes de vie, ses relations à l’environnement et ses comportements socio-politiques.

l’écologie politique et le territoire :

L’écologie politique est née en ville, issue, à la fois d’une pensée scientifique, observant de manière universitaire les phénomènes naturels de dégradations de l’environnement, mais aussi, d’une soif indicible de relation au milieu naturel terrestre de la part d’une population vivant dans un environnement artificialisé.

La question fameuse : « d’où parlez vous » s’adresse tout particulièrement aux écologistes s’ils veulent comprendre ce qui les sépare du nouvel universalisme qu’ils souhaitent incarner.

Une chose est d’observer d’où l’on se trouve, le dérèglement climatique, la disparition des espèces et les diverses pollutions émises par nos sociétés humaines, autre chose, est de penser la politique pour y remédier. Cela leur impose un large pas de côté pour s’extraire de la vision urbano-centrée de celles et ceux par qui l’écologie est devenue un paradigme.

Ne soyons pas simplistes ni caricaturaux, il ne s’agit surtout pas de se situer dans un rapport de concurrence urbains/ruraux ou ville/campagne, mais au contraire de penser le dépassement de ces 2 points de vue localistes pour repenser l’espèce humaine dans son contexte terrien, espèce parmi les espèces à partir d’une appréhension globale de sa niche environnementale et de ses contours.

Les écologistes, dans leur courte histoire, n’ont pas à s’excuser de cet urbano-centrisme, car comparés au centre de gravité de la vision médiatique dominante, ils ont déjà fait le pas fondamental. Mais cela reste notoirement insuffisant.

Quant aux partis ou groupuscules rescapés de la faillite social-libérale, ou d’un troskisme assagi, leur ralliement à l’écologie politique, ne leur a pas fait quitter la vision urbano-centrée qui reste la leur, pour l’instant.

Pour aller progresser, il va falloir se sortir de 3 pièges principaux, celui du vocabulaire, celui de la pensée en silo et celui du mépris territorial et social.

Il n’y aura pas de récit géographique écologique tant que les termes localistes urbains, tels que « péri-urbain » « rurbain » « urbanisme », etc, ne seront pas devenus obsolètes devant « territoire, gestion des espaces et des espèces,bassins versants, qualité des sols, climatologie, etc ».

Il n’y aura pas de politique de transition écologique cohérente, tant que la formation, la culture scientifique et la techno-science se maintiendront en silo du fait de la prédominance de la pensée déductive dans l’apprentissage scolaire jusque dans les hauts niveaux d’études qui formatent les esprits à penser par spécialité, au détriment d’une pensée systémique, inductive, prenant en compte les impacts et les rétro-actions, en faisceaux multiples. Penser une politique écologique en silo, revient, malheureusement à la mutiler .

Enfin, il n’y aura pas de géographie politique, sans remise en cause d’une vision du progrès centrée sur une artificialisation sans fin, sur une consommation sans frein, d’espaces, excluant tout élément naturel sauvage des activités humaines urbaines ou rurales. Il reste à inventer une « géocratie » qui impose le droit à l’existence dans le bien être de l’ensemble du vivant, humanité comprise. Cela impose de se situer au-delà des effets de mode, dans l’observation du réel, dans la représentation intellectuelle honnête des phénomènes et des modes de vie concrets, dans le croisement des points de vue à égalité de droit et de pouvoir.

En clair, de ne pas avoir peur du terrorisme intellectuel d’une intelligensia économique, coupée du monde réel et qui entend le rester, devrait elle en crever et l’humanité avec elle.

Les écologistes savent regarder au-delà de la ville sur les grands phénomènes mondiaux. L’évolution de la couche d’ozone, la ressource en eau potable, la mal-nutrition, les migrations climatiques , leurs sont familiers. En revanche, ils ont du mal à s’extraire d’un monde mental urbain, et de ce fait, pensent plus souvent les solutions politiques en replâtrage, à court terme, de l’existant, qu’en réorganisation sociale, sociétale et territoriale profonde.

Si vous regardez le paysage anglais depuis la ligne de crête du Peak District National Park, vous voyez apparaître un maillage de territoires artificialisés enserrant des taches vertes . L’urbain enserre le rural. Le territoire français n’en est pas là, mais la logique des politiques menées est la même et conduira , à terme à la même domination de l’espace artificialisé sur le territoire et toute ses conséquences sur l’isolement du règne sauvage mis en cage.Il y a là un enjeu stratégique d’importance capitale.

A partir d’une situation présente, les solutions à court terme sont à considérer, à la fois comme nécessaires et à la fois comme labiles. La justification de leurs successions dans le temps, de leurs hiérarchisations ou de leur abandon à terme, est l’élément qui détermine les investissements et les emplois afférents et leur durée. Conçus selon cette vision, elle permettent d’anticiper une réorganisation territoriale en terme d’infrastructure et de travail sans se laisser piéger par une conception simpliste compassionnelle de l’emploi.

Il y a des facteurs objectifs de répartition de la population humaine qui peuvent être corrélés aux facteurs de pollution, d’artificialisation et de santé publique. La non prise en compte de ces relations amènent à nier certaines causalités, notamment celles qui inciterait à sortir d’un système de ville « toujours plus » selon une idéologie de la croissance infinie des processus cumulatifs.La concentration n’est pas un progrès écologique.

Il y des facteurs objectifs de répartition et de proportion territoriale des activités humaines qui induisent la dégradation de la bio-sphère. L’étalement en surface, l’artificialisation, la déforestation, l’élimination des pratiques culturales vertueuses sont autant de phénomènes laissés à leur dynamique propre, sans frein.Le déni de leurs impacts par le même aveuglement, amène à ne pas voir le mur de la finitude de notre terre, et la nécessité d’une part sauvage sauvegardée.

Toucher à ces deux facteurs en opposant une politique volontaire à une politique de laisser faire, nécessite d’inclure, dans la conception des décisions , le retour du vécu des populations, du bilan des investissements et la maîtrise démocratique du temps.

Il en va de la politique écologique comme des premiers pas des sociétés humaines : des avancées, des reculs et des faux pas.

Prenons, de façon simpliste, l’exemple des emballages.

Temps zéro, la notion d’emballage n’existe tout simplement pas, la préhension des denrées se fait dans la main, à proximité.

Premier temps, on emballe dans ce qu’on peut trouver dans la nature, ou dans des fibres tissées en forme de sac, qui durent une vie, voir plusieurs.

Deuxième temps, du fait de l’organisation de lieux publics de marché, dans les concentrations urbaines, les sacs en papiers apparaissent. Ils satisfont l’hygiène nécessaire du fait de la concentration humaine et deviennent supports de publicité commerciale mais ils ne sont utilisés que quelque fois.Du fait de l’accroissement de leur fabrication, ils sont soupçonnés d’être la cause de déforestation, à des milliers de km due à une industrie de la pâte à papier exportatrice .

Troisième temps, on se tourne alors vers les sacs en plastique, issus du pétrole, donc non destructeur du végétal et l’usage unique qui en est fait garantit toujours mieux la publicité et une hygiène irréprochable. Mais les sacs en plastique envahissent les océans, polluent les espaces naturels par leur dégradation. On tente , alors, de les concevoir écolos-compostables, ce qui nécessite une culture de maïs spécifique concurrente de ressources vivrières.Un faux pas.

Quatrième temps, on a appris à gérer les forêts avec des labels sérieux, qui garantissent un papier issu d’une ressource végétale« durable », ce qui rend le plastique, même bio, obsolète. Retour au sac en papier pefc.

Cinquième temps, les progrès de la vente en vrac et des contenants réutilisables, font chuter significativement l’emploi de papier à sac. Ville-forêt-agriculture- agence de pub-industrie minière et plasturgie sont liées dans cette chaîne d’échange de façon croisée et évolutive en fonction du facteur temps.

On peut imaginer le sixième temps, où, du fait de la proximité de la culture et de l’habitat, la botte de radis ou de poireaux n’aura besoin que d’un élastique réutilisable pour aller du maraîcher à la cuisine sans passer par la pub.

Toute politique écologique passera par des biais, qui, momentanément utiles, pourraient devenir des impasses à être maintenus. Elle passera aussi par des erreurs de jugements ou des interactions mal évaluées. Dans un monde mental pétri de certitudes scientifiques et d’absence de risque, la notion de politique évolutive a beaucoup de mal à être admise et encore plus à être promue. Une politique territoriale est particulièrement mal admise, dès qu’elle sort de la protection de la propriété foncière et de l’extension de l’appropriation humaine.

Dans une problématique démocratique de prise de pouvoir, c’est bien le nombre de convaincus qui fera la différence et c’est bien à la France socialement majoritaire qu’il faut s’adresser et réintégrer ses modes de vie, ses relations à l’environnement et ses comportements socio-politiques dans les donnée à analyser. Autrement dit, il va falloir accepter idéologiquement de s’entendre sur l’essentiel- la survie de l’espèce humaine- avec des populations aux vécus territoriaux différents aux profils idéologiques et sociaux différents voire contradictoires avec leur conflictualités et leur proposer, malgré tout, un cheminement commun au sein d’un espace raisonnable parque que raisonné.

Géographiquement, il n’y a plus en France véritablement d’espace rural au sens originel de ce mot. Mises à part les réserves naturelles et quelques zones enclavées, l’emprise humaine a constitué une superposition de toiles d’araignée qui enserre tout le territoire. Or , ces toiles sont celles qui permettent de faire société, d’organiser les mutualisations et les solidarités en laissant la nature sauvage exister entre les mailles du filet. Ce qui reste de différence entre la ville et la campagne c’est essentiellement la concentration humaine. Après une phase de dépopulation, l’espace rural accueille, depuis quelques décennies, une nouvelle population sortie des villes denses. Sans rentrer dans l’analyse des causes multiples de cette inversion, il est prévisible que les phénomènes récents, dont la pandémie en dernière date, vont accélérer la migration. La doctrine d'aménagement du territoire redevient un élément déterminant d’une politique écologique.

L’artificialisation des sols n’est pas seulement, comme on le pense spontanément une affaire urbaine. Si l’artificialisation des sols urbains est faite de béton et de bitume, celle de l’espace rural et liée aux pratiques agricoles qui , depuis un siècle , ont rompu avec une logique d’adaptation des cultures aux sols existants en pensant la transformation des sols en fonction des cultures. Ce n’est que depuis les années 60 du siècle dernier que la connaissance de la vie microbienne des sols cultivés est prise en compte. Mais majoritairement, les terrassements, draînages, arasements, déplacements de ruisseaux, irrigation, élevages hors sol, ont réduit drastiquement l’espace naturel en superficie et en capacité de protéger la bio-diversité à l’intérieur des mailles du filet des réseaux.

Le territoire français est donc sillonné de réseaux qui ont , au fil des siècles, « urbaniser » les campagnes au sens où chacun a fait reculer un peu plus l’isolement sociétal et l’autarcie subie.L’Histoire de la ruralité est celle de la facilitation des communications et de l’accès aux biens communs, voiries, chemins de fer, réseaux d’eau potables et d’électricité, téléphonie et aujourd’hui réseau internet. Il est loin, ce temps de 1804 où le préfet de Vendée comptait une journée de voyage pour aller de son ancienne préfecture de Fontenay le comte à sa toute nouvelle de La Roche sur Yon distantes de 60 kilomètres.

Les caractéristiques de la vie rurale ont suivi une courbe ascensionnelle de mécanisation et d’usage d’énergie liée à la couverture du réseau électrique, au passage du rail à la route, au développement du véhicule individuel et au recul du transport en commun. Le basculement de l’agriculture a été, aussi, générateur d’une forte augmentation de dépenses énergétiques d’investissements (travaux d’aménagements fonciers, irrigation, etc) et de fonctionnement (explosion des puissance des tracteurs et de machines agricoles, mécanisation des exploitations , gestion des bâtiments hors sols, etc).

Sur le plan sociétal et politique, le monde rural et le monde urbain se trouvent beaucoup plus intriqués qu’au siècle précédent et, ce qui était une évidence, celle de la domination des villes sur l’espace rural périphérique comme la domination du propriétaire terrien sur le fermier ou le métayer, celle d’une société dominante et d’une société soumise est devenue insupportable à la seconde. L’espace politique de la ruralité est passé du comice agricole cantonal à l’élection présidentielle en cinq ou six décennies.La revendication citoyenne à l’égalité s’affronte, aujourd’hui, aux effets conjugués du conservatisme urbain et de la métropolisation mondiale. La puissance de la revendication est décuplée par le renfort des déplacés de l’exode urbain, habitués à la reconnaissance de leur citoyenneté et qui ne supportent plus leur marginalisation.

L’apparition mouvementée des gilets jaunes dans l’espace médiatique nous révèle en creux les manques de la pensée écologique d’aujourd’hui. En effet, cette france majoritaire qui ne vit pas dans les métropoles, occupe un espace moins dense, moins artificiel que la France des métropoles. Elle consomme beaucoup moins d’énergie, beaucoup moins de services. Et pourtant elle se retrouve en position d’accusée, parce qu’elle roule quotidiennement en voiture, pire, en diesel, qu’elle prend rarement les transports en commun puisqu’ils sont rares, qu’elle se chauffe au fuel et non au réseau de chaleur qui n’existe pas. Le territoire reste impensé dans sa globalité et les questions de proximité ne sont conçues qu’à travers la concentration humaine. Nous sommes , de ce point de vue, à un moment charnière de redéfinition possible d’une doctrine écologique de la gestion du territoire. La revendication citoyenne revitalise les collectivités intermédiaires et permet d’avancer dans un regard plus globlal et partagé. La remise en cause des deux silos, celui de l’urbanisme et celui de l’aménagement rural devient politiquement possible. Quelques rectifications administratives pourront peut être être, ainsi, admises. Par exemple la définition Insee de la ville sur le seul critère du nombre d’habitants d’une commune fixé à 2000. Comme si le territoire, les habitants de Beaume de Venise représentaient le même monde que ceux de Marseille. On pourra aussi réfléchir au poids politique décisionnel des délimitations administratives les plus en adéquation avec la géographie des territoires. Particulièrement, les bassins versants qui délimitent des liens de dépendance et de solidarité dans une unicité de territoire, sont aujourd’hui gérés uniquement du point de vue hydrique, par les agences de l’eau.Un renforcement de leur poids politique ouvrirait de nouvelles logiques d’aménagement du territoire. Les écologistes parisiens sont en train d’ouvrir ce champ de réflexion en proposant la réouverture à ciel ouvert de la Bièvre, petit affluent de la Seine, bénéficiant d’une dépollution en amont de Paris et pouvant échapper, ainsi, au statut d’égout urbain.

Nous vivons une mondialisation aux conditions des financiers internationaux, qui représentent le summum de l’artificialisation économique, grâce à un système qui fait que l’argent produit de l’argent en ponctionnant le travail humain sans relation directe avec lui. Le paradis financier est à l’image du paradis fiscal, une utopie réelle qui écrase le monde réel. La conséquence de cette organisation économique, qui domine le politique, dans l’organisation de l’espace réel, tient en deux mots :  « métropolisation » et « capitalisme agricole » c’est à dire la concurrence mondiale entre villes, la concurrence à la productivité agricole en campagne, dans une course vers toujours plus d’artificialisation de l’espace, toujours plus de concentration par captation des activités humaines jusqu’aux plus abstraites. Or, rien ne justifie, ni économiquement, ni écologiquement la poursuite de la concentration humaine sur un même lieu, rien ne justifie la poursuite de l’artificialisation des sols et le bannissement des espèces naturelles des zones urbanisées ou rurales. Rien, sinon l’existence du marché foncier et des spéculations sur l’avenir du nombre de niveaux artificiels possibles sur un terrain donné. Imaginez la tête d’un spéculateur, s’il apprenait que la ville de Paris, dans son règlement de PLU, imposait que toute reconstruction ne fasse pas plus qu’un rez de chaussée ?? Cela donnerait lieu à un débat plus intéressant que celui généré par la tour triangle.

Or rapportée aux consommations mondiales d’énergie et aux pollutions induites, la métropole est le lieu de vie humaine qui n’existe que par l’organisation économique mondiale et ses flux de marchandises , de continents à continents, son pillage de ressources et la désorganisation des économies qui lui résistent. Bref le barycentre d’une consommation énergétique mondiale territorialement délocalisée.

Rien, objectivement rien, n’oblige à détruire les équilibres écologiques des sols par des extensions répétées de monocultures intensives de plantes transgéniques au prix d’une explosion des coûts de production et des consommations d’énergie. Rien sinon la mainmise d’un capitalisme spéculatif sur le marché mondial des céréales et de viandes. Imaginez la tête d’un dirigeant de Bayer si la PAC était proportionnée aux temps de travail manuel et aux synergie étagée des plantes, à la manière des huertas espagnoles,sur des micro-exploitations paysannes. Or rapportée aux consommations mondiales d’énergie le capitalisme agricole de la viande et des céréales concentre la quasi totalité de la consommation énergétique du secteur au détriment du travail humain et au prix de l’effondrement des espèces .

Une politique écologique du territoire se voit sommée d’inverser les tendances lourdes qui sont à l’oeuvre en prônant la déconcentration urbaine et la concentration agricole. Ce que l’on appelle couramment l’agriculture intensive qui ne conçoit son progrès que par extension de surface et de dépense énergétique doit admettre que sa productivité reposera désormais sur la synergie des plantes dans des système étagés dont la maîtrise repose sur le travail humain direct.De même la limitation de la production de viande s’établira à partir des capacités locales de fourrage et de pâture du territoire. La politique de la ville devra admettre la fin du règne des spéculateurs fonciers et la force de la démocratie locale pour aérer,dépolluer, ruraliser la ville en réintroduisant les cultures vivrières et des productions d’énergie, gérées par des systèmes participatifs. 

L’écologie politique doit donc se positionner, non plus sur une dualité ville/campagne, mais au contraire sur un continuum territorial régit par une concentration variable de l’espèce humaine suivant les sites, les terroirs et les bassins versants. La notion de densité de population, ou de nombre d’habitants à l’hectare n’a de sens écologique que si on la met en rapport avec les chiffres des capacités productives d’une agriculture réorientée, des potentiels hydriques et de l’activité humaine repensés sur des interdistances que permet le déplacement humain. Sans apport d’énergie, le déplacement humain c’est : 6 km/h à pieds et 20 km/h à vélo. C’est dans les limites de cet espace/temps possible quotidiennement qu’il faut penser le territoire et la vie sociale qui s’y déroule pour tendre vers une société à basse énergie .Cette notion de société à basse énergie découpe le territoire en cercle de courbes isochrones que livre l’écheveau des itinéraires de circulation douce, à partir de l’habitat. L’objectif est de pouvoir fournir tout ce qui est nécessaire au quotidien- habitat -travail- produits et services quotidiens, dans un périmètre de temps compatible avec des temps de trajets acceptables par l’opinion.Cette acceptabilité peut faire l’objet de débats locaux et définir des standards variables suivant les régions ou les reliefs. Pour avoir un ordre d’idée du temps de parcours en fonction de la distance, 10 mn à pied permettent de faire 1 km ; 10 mn à vélo vous déplacent de 3,3 km. Dans de telles conditions, ce qui manque dans cet espace est, soit apporté par systèmes de livraisons, soit donne lieu à l’utilisation de moyens de transport. Ce n’est pas, comme le craindraient certains, un enfermement, c’est la délivrance des transports subis pour n’user des transports que pour ses propres besoins ou désirs et de sa propre volonté. Dans ce schéma, les deux tiers de l’espace français peuvent être réaménagés ainsi. Même dans rural, les pays d’openfied et de montagne n’auraient pas de difficulté. Seuls les espaces bocagés et les massifs boisés devraient rompre avec la traditionnelle dispersion de l’habitat.Et s’ils ne s’adaptent pas, ils ne sont pas, loin de là, des monstres de consommation énergétiques.

On pourra objecter qu’une telle réorganisation a un coût financier et énergétique. Certes, mais il s’agit d’investissements d’infrastructure dont on peut estimer le temps de retour sur la base des économies de transports (infrastructure et fonctionnement)réalisées

Bien évidemment, les projets de trame verte et bleu, au sein des villes, les replantations, les remise à l’air d’espace anciennement imperméabilisés,les conversions agricole en bio

tout cela, n’est que du bon sens , qui va dans le bon sens. Mais il ne peut suffire à penser la réorganisation territoriale de la société humaine, surtout, depuis que nous savons les menaces accumulées sur elle.

 

Bernard crozel

juin 2020

 

 

 

 

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