RETOUR AU BASSIN VERSANT

Les très graves inondations qui ont endeuillées l’Allemagne et la Belgique remettent dans la lumière crue du changement climatique, la place fondamentale des bassins versants dans la relation de l’humanité à la géographie. Les grands oubliés se vengent

Les grands oubliés se vengent 

Les très graves inondations qui ont endeuillées l’Allemagne et la Belgique remettent dans la lumière crue du changement climatique, la place fondamentale des bassins versants dans la relation de l’humanité à la géographie.

Un des phénomènes nouveaux liés à l’effet de serre était connu théoriquement jusqu’à cet été.Pour faire simple : L’élévation de la température globale de l’atmosphère augmente ses capacités absorption de vapeur d’eau. Un refroidissement local de l’air va donc proportionnellement générer un volume accru de pluie. Répartie sur un territoire donné, la pluie va se concentrer par le ruissellement de l’eau vers le réseau hydraulique jusqu’à submerger les capacités d’écoulements habituels du réseau principal.

Il ne faut surtout pas penser que cet été aura été exceptionnel. Au contraire, il faut bien se convaincre que nous avons assisté à l’avant-garde d’un phénomène qui va se multiplier, un peu partout dans le monde, dans n’importe quel coin de territoire, au gré des variations des températures locales.

Le pouvoir de l’eau reprend ses droits sur notre civilisation et l’organisation de notre démocratie. En effet, ces catastrophes prouvent et nous le rappellent que nous sommes tous solidaires dans notre dépendance au bassin versant et à l’eau qui s’y écoule. Qu’on le veuille ou non, nous sommes désormais condamnés à le prendre en compte sérieusement, comme l’entité qui commande l’ensemble de notre adaptation au sol. Nos rapports sociétal, administratif et technique doivent d’urgence sortir de « l’utopie » pour redescendre humblement sur terre et s’y adapter. Cela doit nous amener à repenser notre relation , en tant que société, à la géographie du territoire et à modifier nos visions sociétale, administrative et technique de cette géographie.

La lutte contre les causes de l’effet de serre est un combat urgent et vital, mais l’inertie des gouvernements depuis deux décennies nous impose la punition par l’exemple, à laquelle nous devons répondre avec la même urgence. Nous devons, en plus, nous protéger des inondations en prévoyant le pire sur tout le territoire. Il est impensable, désormais, d’attendre la prochaine catastrophe pour gémir et pleurer nos morts par imprévoyance.

Revenons au bassin versant. Les niveaux de crues à Bad Bodendorf ou à Liège ont été tels qu’il est indispensable de repenser la gestion des eux sur tout l’amont du réseau hydraulique. Repenser et agir sur des programmes de travaux publics capables de maîtriser le pire, où qu’il advienne, c’est toute une révision de la politique d’aménagement du territoire.

Notre distingo Ville /Campagne dans notre conception sociétale doit s’estomper, principalement là où les concentrations urbaines s’étalent au bord des fleuves ou rivières principales, derrière le pouvoir de l’eau et ceux qui le gèrent.

C’est donc, aussi, une révision urgente des rapports de pouvoirs politiques au sein de l’organisation de notre démocratie. Aujourd’hui, les seules frontières administratives valables, ce sont les lignes de crêtes et les cheffes de file de l’aménagement doivent être les agences de l’eau avec des compétences et des pouvoirs accrus. Il faut aussi redécouper les aires de compétences des scot (schémas de cohérence territoriales)pour qu’ils se moulent au relief du territoire. A ces conditions d’adaptation rapide, notre société pourra faire face aux pluies qui nous attendent.
On ne combat pas des crues de cette échelle par de simples mesures administratives ou quelques aménagements techniques aussi gigantesques soient ils. Je me rappelle, qu’à a fin des années 90, on débattait d’un barrage à Chambonchard sur le Cher pour protéger Tours des risques d’inondation.Projet technocratique heureusement avorté. Mais la question de la relation interne au bassin versant, elle, était déjà posée.

Dans la conception actuelle « en silo » de l’aménagement du territoire, la crue est comme la patate chaude, que chaque lieu de pouvoir se refile en douce. « Plus vite çà coule, mieux on se porte et tant pis pour l’aval, qu’il se débrouille si çà déborde !! ». Cette logique va devenir mortifère si elle perdure. Ne comptez pas sur l’agriculture des vallées pour accepter le noyage des terres par de gigantesques bassins d’orage, ne comptez pas sur les sites naturels pour absorber de grands barrages. De toute façon chaque affluant peut être potentiellement porteur de la crue dévastatrice, les grands ouvrages nous feraient jouer à une sorte de roulette russe hydraulique. Il va falloir remonter vers l’amont et repenser la gestion des crues à partir de lui, c’est à dire l’exact contraire de la gestion actuelle.

On peut installer des dizaines de milliers de petits barrages autorégulés à débit maximum sur les ruisseaux amont calculés sur les capacités d’écoulement de l’aval. On peur demander aux agriculteurs de passer aux cultures sans labour qui gardent une couverte végétale capable de limiter drastiquement le ruissellement. On peut enfin concevoir des canaux de contournement de certaines zones urbaine pour doubler les capacités d’écoulement locales vers la mer. Ce sera plus utile que d’investir dans les contournement routiers. Bref, les solutions sont multiples, elles dépendent de la solidarité humaine dans l’inter-dépendance, pour être pensées, débattues et réalisées

En tout état de cause, sans un organisme démocratique, délimité par la géographie du basin versant, aucune politique cohérente de gestion des crues potentielles ne pourra voir le jour. Et pourtant c’est urgentissime.

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