POUR EN FINIR DEFINITIVEMENT AVEC L'IDENTITE NATIONALE

la droite semble vouloir faire de l'identité un thème de campagne, thème favoris des xénophobes, thème régressif et sulfureux que tous lkes démocrates devraient bannir.

 

Pour en finir définitivement avec l’identité nationale !

 

 

 

Qui osera dire ou écrire qu’il n’y a pas de différenciation, pas de particularismes visibles, sensibles au sein de la population historique de l’hexagone ?
Qui peut dire ou écrire qu’une bretonne et une niçoise sont identiques, un chti identique à un marseillais, un parisien à un creusois ? Et qui peut proclamer qu’un milliardaire peut s’identifier à un bénéficiaire du RSA ?

 

c’est pourtant ce que les propagandistes de l’identité nationale essaient de faire gober au bon peuple.

 

On peut se permettre, comme l’écrivait Fernand Baudrel, l’expression « identité de la France »en envisageant une personnalisation de l’entité « France » comme sujet particulier, comme la personnalisation d’une Nation, parmi les Nations du monde, successivement , fille ainée de l’Église, patrie des droits de l’homme, impériale, libre et combattante, etc, partenaire des puissances dominantes de la planète.

 

Mais comment peut on oser faire croire qu’il puisse exister une identité nationale que chaque française que chaque français porterait comme une estampille, un label, une marque ?

 

Il en est de l’identité nationale comme du sexe des anges, un sujet absurde pour un débat qui n’en est pas moins. A moins, à moins, que, derrière ce terme et le débat qu’il instaure ne se cache quelque chose de moins correct, de moins avouable, de plus pervers et de plus dangereux.

 

L’Histoire de la France, du territoire France, comme de tous les territoires du monde est celle d’une terre d’accueil, de passage et de brassage, d’arrivées et de départs depuis la nuit des temps. Si l’Histoire écrite nous conte les faits, gestes et généalogies des familles régnantes, leur continuité et leur soubresauts, elle dit aussi les variations géographiques de son territoire et démographique de sa population. Au sein d’une Europe ouverte aux élites croisées et mouvantes, qui perdent ou qui conquièrent des territoires, les peuples subissent l’Histoire, ceux résidant sur le territoire français d’aujourd’hui, comme les autres..

 

Elle nous montre aussi comment, peu à peu, ces peuples qui résident sur ce morceau d’Europe, arrêtent de se faire la guerre, circulent, commercent et se parlent en adoptant un langage commun, sous la férule de souverains absolus qui se dotent d’un Etat solide. Puis vient le temps qui va consacrer cette fraternité entre les peuples en conceptualisant une appartenance qui transcende les particularismes, qui cimente les alliances de façon durable. Le surgissement du concept de Nation n’a rien eu d’évident. Le temps de la royauté aura été celui de la soumission des peuples au pouvoir royal, unis sous le joug d’une centralité subie. Le temps de l’émancipation aurait pu être celui de l’éclatement. Ce sera pourtant le contraire. La conscience nationale surgira de la nécessité de défendre, tous ensemble la liberté et l’égalité arrachées aux despotes.

 

L’ancrage de la Nation dans les consciences individuelles repose sur trois faits essentiels : la liberté individuelle de conscience, la démocratie dans les rapports collectifs et l’égalité entre citoyens. Il n’y a pas de Nation sans la liberté de choisir individuellement d’en être ou pas. Il n’y a pas de Nation sans un sentiment d’appartenance à une entité qui dépasse les limites du peuple au sein d’une unicité politique supérieure. La famille , le clan, la tribu, le peuple forment un continuum issu de la reproduction de l’espèce humaine. La Nation et la citoyenneté qui s’y rattache, formalisent une rupture de nature politique par l’irruption de la démocratie comme système de gestion et de régulation des rapports sociaux. La conscience du sentiment d’appartenance, la conscience de la citoyenneté, autorisent, en retour, l’émancipation individuelle des codes, coutumes, croyances portés par les traditions populaires et produit de l’égalité..

 

Un des génies de la démocratie c’est cette capacité à générer de l’émancipation individuelle et collective par le truchement de la loi conçue pour le bien commun. Et c’est par la loi égale pour tous que se constitue l’égalité. Rien de fermé dans ce système, au contraire, dès lors que rien ne vient en pervertir la fonction. Or quand les inégalités se creusent, ce n’est pas l’étranger de passage qui en est la cause, mais la perversion de la démocratie. C’est le détournement des lois par des pratiques inégalitaires de ceux qui ont les moyens économiques de le faire pour détricoter ce qui construit l’égalité . L’inégalité qui signe la faillite démocratique est la mère de tous les dangers car l’injustice sociale sécrète la révolte et la haine qui suintent de la souffrance et du malheur. On ne soigne pas la haine en voulant faire croire que nous serions tous identiques, on la cultive au contraire. On la cultive en la détournant sur ce qui est périphérique, sur ceux qui ne correspondent pas au « modèle ». Il faut , au contraire, soulager la souffrance, rendre la dignité, identifier ce qui sabote la démocratie.

 

Pour en finir définitivement avec l’identité nationale, il faut d’urgence reconstruire la démocratie, reconsidérer simplement que chaque individu vaut une voix et pas plus. Il faut d’urgence offrir les moyens de préparer l’avenir à chacune des personnes qui souhaitent s’y atteler avec leurs particularismes et leurs complémentarité.

 

Une Nation qui vit, c’est un ensemble de personnes unies au-dessus de leurs particularismes et de leurs dissensus par une conscience politique et un sentiment d’appartenance à une grande communauté solidaire. Il n y a pas d’identité là dedans !

 

Bernard crozel

 

novembre 2016

 

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