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Billet de blog 21 mai 2022

pour une PEPPP rapide

Face au dérèglement climatique , un politique écologique de prévention et de protection des populations est nécessaire à très court terme. Les grands chantier du long terme peinent à se mettre en oeuvre mais le court terme est oublié. Cette PEPPP, c'est ce qui peut nous éviter collectivement beaucoup de destruction , de souffrances et de morts

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Pour une PEPPP

Une politique écologique de prévention et de protection des populations

Le changement climatique s’affronte en deux temps, le temps long pour lequel nous savons que la réduction drastique des émissions de co2 est la clé et le temps court, celui de la protection des populations faces aux évènements climatiques violents générés par ce dérèglement irrévocable en cours.
Une politique écologique de prévention et de protection des populations s‘inscrit dans le temps court, celui de l’adaptation à des phénomènes inexorables qui mettent en danger les populations. C’est une politique d’acceptation du réel qui ne peut souffrir de retard ou de tergiversations. On ne peut se contenter de viser le temps long seul, en laissant les dégâts et les souffrances s’accumuler d’année en année sans penser les adaptations nécessaires. On doit mettre en œuvre dès aujourd’hui les mesures que nécessite le temps court. Les quatre éléments contre lesquels il faut impérativement se prémunir sont la chaleur, le feu, la sécheresse et l’inondation.

Face à ces quatre éléments, des mesures d’aménagement du territoire, des systèmes de sécurités et d’organisation des collectivités et des citoyens sont à prendre le plus rapidement possible en s’appuyant sur ce qui existe déjà en structurant ce qui ne l’est pas et en investissant là où il le faut.

 La particularité des phénomènes attendus est qu’ils sont circonscrits à des petits territoires. On peut être en sécheresse localement pendant qu’un peu plus loin on est en inondation, à l’échelle d’un bassin versant. C’est donc obligatoirement une architecture de décision, d’organisation et d’investissement gérée par les collectivités à chaque niveau de responsabilité selon une subsidiarité intelligente en non aveuglément centralisatrice.


Les inondations :

Nous avons vu dès l’été 2021 comment des villes européennes ont dû être partiellement évacuées, comment des infrastructures et des territoires ont été gravement détruites par les inondations.  Les pluies diluviennes de 2021 ne sont que les prémices du développement plus important dans les années à venir de ce phénomène. Les pluies intenses sur des zones géographiquement limitées que le réseau hydraulique est dans l’incapacité d’évacuer à l’aval des bassins versants sans débordement.

Il y a une explication à cela, depuis des décennies tous les travaux sur les cours d’eau ont visé un seul objectif : évacuer le risque de crue vers l’aval. Or bien évidemment les villes structurées autour de leur rivière ou fleuve avec des quais en dur et des ponts multiples deviennent les seuls freins au passage des crues. Et la crue envahie les bas quartiers de la ville et s’étend sur des centaines d’hectares de culture en amont de l’étranglement urbain. A moins d’imaginer de gigantesques travaux de creusement des canaux de dérivation nécessaires pour laisser passer la crue, personne n’imagine défigurer les villes en surélevant suffisamment les berges, en cassant les ponts actuels pour en reconstruire de plus hauts, en endiguant les bas quartiers anciens, etc.

Il faut donc reprendre le problème à la source de la crue, dans le chevelu du réseau amont du bassin versant et considérer le bassin versant comme un système cohérent. Tout le monde connait l’adage : « les petits ruisseaux font les grandes rivières », il s’agit simplement d’en comprendre la portée réelle sur le terrain. Il est possible et simple de calculer les volumes d’eau en m3/seconde / vitesse du courant que les points d’étranglement urbains peuvent accepter sans débordement majeur. A partir de ces volumes, il est possible de limiter le débit de chaque rivière, de chaque ruisseau, de sorte que le cumul total de ces débits ne dépasse jamais celui de l’étranglement urbain. On obtient cela en limitant techniquement le débit maximum de chaque cours d’eau par la mise en place de buses de section calculées pour que n’en sortent que les m3 souhaités. Ces buses sont surmontées par les levées de terre qui vont retenir les eaux excédentaires, le temps que le débit amont retrouve un régime acceptable.  Contrairement aux barrages, les buses laissent passer la faune aquatique sans obstacle de dénivelée. Plus ces « bassins d’orage » sont édifiés en amont et moins l’étendue noyée et l’impact de la crue sont importantes. De l’ordre de quelques ares sur les ruisseaux à quelques hectares sur les rivières importantes. Très loin des kilomètres carrés en amont des villes. De plus, les temps de retour à la normale restent de l’ordre de quelques heures à quelques jours, très loin des quelques semaines des grandes crues.

La réalisation d’un tel aménagement se heurte au découpage administratif du territoire de chaque bassin versant qui a favorisé, pour chaque collectivité, la technique de la patate chaude vers le voisin aval. L’urgence politique est donc de donner les capacités politiques et les prérogatives de maitrise d’ouvrage aux agences de bassin, pour qu’elles soient les chefs de file des plans d’aménagement anti-crue. Les moyens techniques sont à la portée de n’importe quelle entreprise de terrassement et parfaitement assumables par les pme locales. La clé de la sécurité des populations est en tout cas éminemment politique.

En se qui concerne directement les villes, elles doivent être associées à cette politique anti-crue en investissant dans des bassins de rétention d’eau de pluie provenant des toitures et des chaussées imperméables, de sorte que les villes ne participent plus à l’augmentation de la crue par déversement direct et instantané des eaux de pluie dans les cours d’eau. Cet investissement anti-crue sert aussi d’investissement anti-sécheresse pour assurer la surconsommation des végétaux en cas de canicule. De plus il concoure à organiser, à partir de ces bassins des ilots de fraicheur destinés aux urbains surchauffés.

La chaleur :

On n’attendra pas plusieurs générations pour que s’opèrent sur nos organismes les mutations nécessaires à notre adaptation aux chaleurs extrêmes.

Les « dômes de chaleur » apparus au Canada, mais aussi en Aquitaine sont des phénomènes nouveaux qui se cumulent localement avec des canicules plus vastes. Ces sont, heureusement, des phénomènes temporaires mais qui peuvent avoir des conséquences mortelles sur les fractions les plus fragiles de la population urbaine et rurale.

Pour protéger la population de la chaleur excessive, il existe deux volets à réaliser. Le premier concerne les aménagements extérieurs, le second, les aménagement intérieurs.

En extérieur urbain, les zones de fraîcheur plantées, qui jouent sur l’évapotranspiration des végétaux doivent être pensée avec des inter-distances faibles afin que la population puisse aisément les rallier.
Elles peuvent être complétées par des « Haltes fraîcheur » faites d’abris, de kiosques aux toits végétalisés (servant également aux parcours piétons, les jours de pluies). Cette politique de fraîcheur doit s’accompagner de bassins de récupération d’eau de pluie répartis dans la ville, complétés éventuellement de fils d’eau et de toute taille, depuis la fontaine jusqu’au plan d’eau.

Si nécessaire, les sols de ces zones peuvent être rafraîchies par des réseaux enterrés d’eau fraîche, en circuit fermé puisée soit dans la nappe phréatique, soit en fond de rivière (ce qui joue sur la température du sol sans évaporation et permet de condenser l’humidité de l’air à la surface du sol non imperméabilisé)

La couverture anti-solaire des rues les plus exposées peut être une solution saisonnière.

 L’isolation par l’extérieur des bâtiments qui évite de subir la nuit le rayonnement chaud des parois de maçonnerie sert également au confort thermique des logements et bureaux et évite les climatisations.

En intérieur, il faut prévoir des locaux d’accueil rafraichis de façon passive afin de ne pas consommer d’énergie ; ou tout au moins, le moins possible en bannissant les systèmes de climatisation par pompe à chaleur. Il peut s’agir de bâtiments bien isolés et rafraîchis par puits climatique, mais peuvent aussi être réaménager les caves ou anciennes carrières là où elles existent.

Les incendies :

Les incendies et particulièrement les incendies de forêts sont principalement la conséquence des canicules et cumulent avec ces phénomènes des émanations de fumée, de CO2 et de chaleur. La logique de compter sur des canadairs à bout de souffle pour être à l’abris des incendies est en passe d’être obsolète. Il y a, dans ce domaine, des initiatives et des aménagements à réaliser rapidement. Des décisions politiques doivent être prise rapidement. Tout d’abord, clarifier les responsabilités dans la gestion des forêts. A l’opposé du démantèlement en cours de l’ONF, il faut au contraire lui donner les moyens humains et matériels d’assurer la sécurité collective des populations. Pour ne pas tomber dans une centralisation paperassière il devrait être co-décisionnaire dans chaque département avec le conseil départemental. Si les collectivités locales et les propriétaires ont le mot à dire dans l’exploitation forestière, la sécurité collective doit être considérée comme faisant partie du domaine régalien lui revenant au niveau de chaque délégation départementale.

Les aménagements vont être essentiellement la systématisation des corridors coupes feux dont l’entretien et le désherbage sera du ressort de l’ONF dans chaque département. Un plan départemental de rescindement sera co-élaboré entre le conseil départemental, l’ONF, les collectivités et le propriétaire concernés. Un travail de communication devra aider la population et les propriétaires à prendre conscience du développement des risques dû au réchauffement.

Il sera recommandé de limiter les dimensions des parcelles boisées à quelques hectares en s’appuyant sur la topographie du terrain et la qualité des essences forestières. Il sera recommandé de border les corridors par des plantations linéaires de Cyprès de Florence qui ont fait leur preuve (en Espagne, notamment) en ayant la capacité de se « dégazer » spontanément confrontés à une forte émission de chaleur. L’aspect paysager des corridors coupe-feu devra faire partie du cahier des charges et ils seront complétés par des réserves d’eau dont le maillage et l’accessibilité seront les principaux enjeux des discussions entre les acteurs du plan de rescindement.

Au niveau de la population, il sera proposé le recrutement d’une réserve « incendie » dotée d’une formation au feu et susceptible de renforcer les corps de pompiers dans toutes les tâches annexes     ( surveillance, transport, ravitaillement)

Au niveau départemental, un maillage de grandes réserves d’eau sera conçu pour assurer une couverture facile par les avions bombardiers d’eau dont la flotte sera renforcée et modernisée, notamment il sera mis à l’étude un modèle de super canadair. Mais les risques s’éloignant de la mer , les régions Est ou centrales privilégierons les avions terrestres.

Les sècheresses :

Dès aujourd’hui les sècheresses atteignent plusieurs départements sans suivre forcément le cycle habituel des saisons. Ce sont des phénomènes propres à l’évolution plus lente que les dômes de chaleurs mais qui peuvent générer ou faciliter les incendies. Les sècheresses posent immédiatement les questions de réserves d’eau et de la solidarité par la mutualisation de l’eau à l’échelle nationale. En effet, si les politiques des villes ; notamment ; développent les plantations pour maîtriser les températures cela suppose une capacité à anticiper une sécheresse ou à faire appel à la solidarité des territoires proches pour un approvisionnement rapide en eau. Car il ne faut surtout pas oublier que les arbres ont besoin d’eau et rien ne serait plus grotesque qu’une politique de verdissement en vue de limiter la chaleur en ville, soit détruite par une sècheresse.

Plusieurs mesures permettent de répondre à ces phénomènes :

  • Le stockage local de l’eau de pluie. Plutôt que de laisser les toitures déverser l’eau de pluie dans des réseaux aboutissant aux cours d’eau (ce qui accentue les phénomènes de crue) l’investissement dans des bassins de rétention au sein des villes, offre la possibilité de puiser dans une réserve sans puiser dans les nappes phréatiques qui peuvent être déjà impactées par des sècheresses successives ou une exploitation supérieure à leur capacité de régénération. Ces bassins peuvent devenir des lieux de loisirs urbains paysagers. Ce type de stockage n’est pas nécessairement couplé au réseau d’eau potable et peut servir à l’alimentation de tout ce qui ne nécessite pas d’eau potable par un réseau indépendant.
  • L’interconnexion générale des réseaux d’eau départementaux et à l’échelle inter-régionale entre les zones réputées excédentaires en eau et les zones en sècheresse endémique
  • Un plan d’adaptation des cultures irriguées aux capacités des ressources en eau locales et l’interdiction des arrosages aériens (au profit de l’irrigation au sol)
  • Sur la base des statistiques d’évolution du phénomène à l’échelle nationale, prendre toute disposition pour l’investissement dans des ateliers solaires de dessalage d’eau de mer. Cela peut paraître à première vue, énorme de part notre habitude à voir de l’eau partout en France, mais rien ne prédit que la courbe de consommation se réduise suffisamment pour rester en dessous de la courbe de la ressource. Les ponctions dans les fleuves ont leur limites, renforcées par les besoins de refroidissement des centrales nucléaires et factuellement, la seule ressource en eau qui augmente structurellement, se trouve dans les océans et certainement plus dans la mer de glace. Le pire serait de devoir rationner l’eau potable en ville au risque de voir apparaître un risque de mortalité par déshydratation dans la population. Devant un tel risque, l’investissement doit être fait sans attendre le manque

Cet ensemble de mesures proposé ici se veut explicatif et non limitatif de ce qu’une politique de bien être des populations doit faire au plus vite pour éviter d’avoir à invoquer, dans les commentaires des évènement, la déesse fatalité, devant les destructions, les drames humains et les morts.

Bernard crozel

Mai 2022

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