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Billet de blog 29 nov. 2022

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Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?

Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.

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Le 4 octobre l’État avait déposé son projet d’offre publique d’achat (OPA) auprès de l’Autorité des marchés financiers (AFM).
Le 23 novembre 2022, l’AFM a donné son jeu vert sur l’OPA simplifiée concernant la renationalisation d’EDF, 17 ans après son introduction en bourse . L'acquisition des titres des actionnaires minoritaires se fera du 24 novembre au 22 décembre 2022 au tarif de 12 euros par action.

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L'État français avait officialisé mi-juillet sa volonté de contrôler à 100% l'énergéticien français, dont il détient déjà 84%. Cette opération chiffrée à 9,7 milliards d'euros est stratégique pour l'État, qui veut construire six réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR.

La France devrait retrouver sa souveraineté énergétique, et ainsi EDF ne devrait plus être sous le joug du projet « Hercule » imposé par la commission européenne. La commission européenne, toujours obsédée par l’ouverture à la concurrence et le démantèlement des monopoles publics, ne voit pas d’un bon œil cet nationalisation d’EDF, la France peut s’attendre à des tracasseries ….

Cela ne bousculera pas l’organisation du marché et la place des fournisseurs alternatifs. La concurrence reste de mise jusqu’à ce que le dispositif ARENH prenne fin le 31 décembre 2025, EDF ne sera plus obligé de vendre son électricité nucléaire à 42 €/MWh aux fournisseurs alternatifs.

D’autre part on peut espérer qu’EDF ne sera plus obligé par la commission européenne d’acheter l’électricité des parcs éolien offshore, par exemple pour celui de Saint-Brieux détenu par Iberdrola, au prix exorbitant de 310 €/MWh.

Dans son rapport de juillet 2022, la CRE apporte des hypothèses sur les causes du différentiel de prix de l’électricité sur le marché Spot entre la France et l’Allemagne.

Les prix à terme sont plus élevés l’hiver en France par rapport à l’Allemagne, du fait du déploiement plus important du chauffage électrique en France. Ainsi, la France est souvent importatrice d’électricité pendant l’hiver tandis qu’elle exporte largement en été lorsque sa production nucléaire et renouvelable de base est moins coûteuse que celle de ses voisins européens. A la différence du prix allemand, le prix français n’est pas sensible uniquement au prix des commodités (gaz, charbon, CO2) mais à la disponibilité prévisionnelle de son parc nucléaire pour l’année à venir et en particulier pour l’hiver.

De tels écarts de prix entre la France et l’Allemagne reflètent ainsi les craintes du marché quant à la disponibilité du parc nucléaire français historiquement basse. Les acteurs désireux de couvrir leur risque de marché sont manifestement prêts à payer une prime de risque importante sur le marché français, au vues des incertitudes affectant l’hiver 2022-2023.

Les mesurettes d’effacement des chauffes eau proposées par Macron ne suffisent pas à garantir l’alimentation en électricité de la France cet hiver. Au diable la transition énergétique, pour palier à la fermeture de la moitié du parc nucléaire, le gouvernement a autorisé la réouverture des centrales à charbon de Saint-Avold (600 MW) en Moselle, et de Cordemais (2 x 580 MW) en Loire-Atlantique.

La nationalisation d’EDF, et cet apport équivalent à 2 réacteurs nucléaires, vont probablement rassurer le marché Spot , comme vient de faire l’Allemagne en nationalisant de son géant du gaz Uniper.

Toutefois EDF avec 60 milliards d’euros de dette n’est pas à l’abri d’une restructuration. En effet le gouvernement qui va être obligé d’emprunter pour construire six réacteurs de type EPR, sera peut être amener, pour réduire la facture, à céder la partie d’EDF la plus rentable au privé : Enedis. A mon avis c’est la raison pour laquelle EDF a mis 17 réacteurs en « maintenance » au cours des deux mois d’été : juillet et août. Il y a un bras de fer entre le gouvernement et les syndicats d’EDF, qui soupçonnent une scission des activités distribution et commerce.

Ce jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. En effet la veille, le parc éolien offshore de Saint-Nazaire était mis en service et la nationalisation d’EDF était autorisée. De lourds dossiers sont sur la table :

- Renationalisation du groupe,
- Relance du parc nucléaire et des renouvelables,
- Négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité,
- Gestion de la production avant les trois mois d’hiver.

D’autant que cet ancien directeur général des opérations internationales de Schneider Electric, a été proposé par l’Elysée, et n’a jamais dirigé d’entreprises. Il devra faire preuve de diplomatie dans un milieu tel qu’EDF…

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