LETTRE OUVERTE AUX ENSEIGNANTS & SCIENTIFIQUES CONCERNES (PAR LE DANGER NUCLEAIRE)

La lecture de l’appel des scientifiques dit des 400 (voir billet précédent) avait de quoi réjouir ceux des étudiants en Sciences qui étaient pris de doute sur la clairvoyance ou l’intégrité morale des travailleurs de ce vaste domaine. Ils ont cru qu’enfin on allait débattre au sein de l’Université de la place de la Science dans notre Monde. Il y a eu des tentatives orales pour établir le contact avec des enseignants jusqu’à ce qu’il faille se rendre à l’évidence : sans un tract pour bousculer, au moins, les signataires de l’appel il ne se passerait rien.

Il n’y a pas eu de réponse à ce tract, si ce n’est quelques conversations « privées », ici ou là. Mais nous n’en sommes pas restés là. Les grandes grèves « oubliées » de l’année 1976 devaient nous permettre à nous les « contestataires » de poser le problème autrement. J’y reviendrai dès que possible.

Je tiens à faire une remarque avant de vous laisser prendre connaissance de cette lettre ouverte. Après avoir médité sur les textes de Jacques Ellul nous ne pouvons plus dire (je ne dirai plus)comme à l’avant dernier paragraphe : « retombées technologiques des recherches scientifiques ». Nous devons dire retombées techniques, sauf si nous voulons évoquer les discours « sur » la Science.

Poitiers, le 22 avril 1975

LETTRE OUVERTE AUX ENSEIGNANTS & SCIENTIFIQUES CONCERNES (PAR LE DANGER NUCLEAIRE)

Nous avons eu la joie d'apprendre votre existence au sein de l'Université de Poitiers, que nous fréquentons.

Nous avons apprécié l'honnêteté intellectuelle qui vous a amené à signer pour qu'un grand débat démocratique s'instaure à propos du programme nucléaire français. Car vous n'avez pas signé pour reculer une échéance apocalyptique :

votre formation heureusement vous empêchera d'avoir des visions d'apocalypse, du moins tant que vous n'aurez pas étudié ce problème.

Quant à nous, si nous vous adressons cette lettre c'est que nous vous croyons tous, quelle que soit votre spécialité, conscients des difficultés que soulève la transmission de votre propre savoir, et ce alors même que les destinataires, nous les étudiants, semblent préparés à le recevoir.

Nous croyons que les enseignants et les enseignés des U.E.R. -Sciences ont une place privilégiée pour aborder les problèmes posés par la  diffusion des informations à caractère scientifique.

Nous croyons qu'ensemble ils peuvent contribuer activement à la démocratisation du débat sur le nucléaire. Parce que nous pensons et espérons que d'autres débouchés s'offriront dans d'autres domaines de la Science et que nous sentons confusément que des problèmes de même nature s’y poseront, il nous semble souhaitable d'ouvrir des débats le plus rapidement possible sur la transmission des Savoirs Scientifiques et les contrôles des "retombées" technologiques des recherches scientifiques.

Dans l'attente d'une réponse favorable de votre part, c'est-à-dire l'organisation de débats entre les usagers de l'Université, veuillez agréer, Mmes, Mlles, MM les Scientifiques des U.E.R.-Sciences de Poitiers, l'expression de nos sentiments respectueux.

Des étudiants en Sciences.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.