Rêveries d'un antinucléaire... (03)

L’acharnement contre les installations hydroélectriques et contre les émissions de gaz carbonique, au nom du respect de l’environnement, relèvent de la « fabrique du mensonge » avec pour but de faire accepter l’énergie nucléaire comme source d’électricité respectueuse de l’environnement.

Nous en sommes là. Avec Nicolas Hulot nommé ministre d’Etat, il s’agit de parachever la récupération de l’écologie, récupération qui va jusqu’à une forme de constantinisme[1]. Désormais les membres de l’appareil d’État sont les gardiens de l’orthodoxie écologiste et parmi eux se trouvent en bonne place les adeptes du nucléaire.

Cela pourrait être une bonne nouvelle. À la lecture des préambules de la constitution actuelle on pourrait penser que les individus ont raison d’accorder leur confiance à l’État, d’autant plus qu’une charte de l’environnement (de 2004) est venue s’ajouter à la déclaration des Droits de l’Homme de 1789, et au préambule de la constitution de 1946.

« L’État (le Léviathan) naît lorsque les individus acceptent de confier leur volonté à une force supérieure en échange de la sécurité. Or, la sécurité suppose l’usage possible de la violence contre ceux qui la mettrait en danger[2]. »

À propos de l’usage de la violence lisons le Parisien du 15 août 2017.

Le titre d’abord « Déchets nucléaires : à Bure, la manif tourne à l’affrontement avec les gendarmes ». Et en sous-titre : « Selon le collectif des opposants au projet Cigéo, on compte «six blessés graves» dans les rangs des manifestants. Deux gendarmes ont été blessés. »

Où l’on voit :

1°) que la lutte contre le nucléaire est souvent assimilée à ce genre de lutte sur le terrain

2°) que se risquer à le combattre met en jeu son intégrité physique, voire sa propre vie.

3°) que « le nucléaire » pour arriver à ses fins, dispose de la violence « légitime », celle de l’État.

Il est tout à fait instructif d’examiner ce qui se passe à Bure à la lumière de la charte de 2004, dont voici les trois premiers articles.

Article 1er  –  Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

Article 2 –  Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.

Article 3 –  Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.

 

En 2007 c’était le Grenelle de l’environnement qui allait asseoir définitivement ( ?) l’autorité de l’Etat en matière d’écologie[3]. Le moment était particulièrement bien choisi puisqu’à cette époque Areva, en comptant sur « le renouveau avéré du nucléaire » et vraisemblablement sur l’oubli de la catastrophe de Tchernobyl, se lançait à la conquête du monde[4]. Le chantier de l’EPR de Flamanville allait démarrer, il était hors de question de parler du nucléaire.

 

En 2015 la Conférence de Paris sur le climat (COP 21) s’est déroulée alors que les nouvelles en provenance de Fukushima étaient (elles le sont toujours) alarmantes au point qu’un journal comme Sud-Ouest pouvait titrer : « Fukushima, quatre ans après : une "catastrophe illimitée" dans le temps[5]. »

La question du nucléaire était exclue du champ des discussions.

J’en retiendrai la volonté de rétablir la continuité des cours d’eau[6] et de lutter contre les émissions de CO2. L’acharnement contre les installations hydroélectriques et contre les émissions de gaz carbonique, au nom du respect de l’environnement, relèvent selon moi de la « fabrique du mensonge[7] » avec pour but de faire accepter l’énergie nucléaire comme source d’électricité respectueuse de l’environnement.

Comment est-il possible de duper tant de monde à ce point ?

(à suivre)

 

[1] Du nom de Constantin : la religion chrétienne est devenue « religion d’Etat » à partir du règne de Constantin Ier le grand, l’empereur romain. L’Eglise est devenue romaine.

[2] http://la-philosophie.com/letat-detient-le-monopole-de-la-violence-legitime-weber

[3] L’équivalent du premier Concile de Nicée ?

[4] (https://reporterre.net/IMG/pdf/document_de_reference_2007_-_areva.pdf

[5] http://www.sudouest.fr/2015/03/11/fukushima-quatre-ans-apres-une-catastrophe-illimitee-dans-le-temps-1854698-5010.php

[6] Le 13 novembre 2009, Chantal Jouanno, secrétaire d’État chargée de l’écologie, a annoncé le lancement du plan national pour la restauration de la continuité écologique des cours d’eau. http://www.onema.fr/plan-national-pour-la-restauration-de-la-continuite-ecologique-des-cours-d-eau-0

[7] Stéphane Foucart, La fabrique du mensonge - . Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger, Collection Folio actuel (n° 158), Gallimard, 2014

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