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Billet de blog 29 oct. 2013

Face à la catastrophe de Fukushima, par Naoto Kan, ancien premier Ministre du Japon

Bernard Elman
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Il me semble très important de communiquer un article de Naoto Kan, ancien premier ministre du Japon, qui prend une position très clairement antinucléaire.

http://www.huffingtonpost.com/naoto-kan/japan-nuclear-energy_b_4171073.html

J’ai trouvé le lien sur la page Facebook du groupe Fukushima Information フクシマ情報 ainsi que la traduction en français que je vous invite à lire. Avant de donner l’article, j’emprunte au message d’accueil du groupe Fukushima Information les lignes suivantes.

« Le but de ce groupe, d'origine francophone, est de rechercher et partager des informations sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, sur toutes ses conséquences, tant au Japon qu'en France et partout dans le monde et, de manière plus générale, sur les accidents nucléaires et leurs conséquences. »

Traduction de l'article écrit par Naoto Kan dans le Huffington Post en date du 28 octobre 2013.

Face à la catastrophe de Fukushima

L'accident qui s'est produit dans la centrale de Fukushima Daiichi est le plus grave de l'histoire de l'humanité. Dans le réacteur N° 1, les barres de combustible ont fondu en cinq heures environ après le séisme ; le combustible a fondu entièrement et percé la cuve du réacteur. Les cœurs ont également fondu dans les réacteurs 2 et 3 dans la centaine d'heures qui a suivi l'accident. À peu près au même moment, des explosions d'hydrogène ont eu lieu dans les réacteurs 1, 3 et 4. Chaque bâtiment de réacteur comporte une piscine de combustibles pour stocker le combustible usé. À un moment donné, on a aussi failli avoir une fusion des combustibles nucléaires de ces piscines. Une fusion survenant dans une piscine de désactivation, à l'extérieur d'un réacteur, entraîne le rejet direct dans l'atmosphère d'une quantité phénoménale de matières radioactives. Qu'un tel rejet se prolonge, et le scénario du pire se met en place : une situation où 50 millions de personnes dans un rayon de 250 kilomètres autour de Fukushima, dont Tokyo et sa région métropolitaine, auraient dû être évacuées. Par chance, grâce aux efforts infatigables et à l'abnégation des travailleurs de TEPCO, des Forces d'autodéfense, des pompiers et de la police pour alimenter en eau de refroidissement les réacteurs et les piscines de combustibles ça n'a pas été jusque-là. En fait, nous sommes passés à deux doigts du pire scénario. Si c'était arrivé, le Japon aurait basculé pour longtemps dans le chaos et l'énorme quantité de matières radioactives émises aurait également touché d'autres pays. Avant l'accident de Fukushima, persuadé qu'aucun accident nucléaire ne pourrait arriver tant que les mesures de sécurité étaient correctement observées, j'avais favorisé l'énergie nucléaire. Mais après avoir été confronté à un accident véritable et, en tant que Premier ministre, avoir été à deux doigts d'ordonner l'évacuation de 50 millions de personnes, mon point de vue a radicalement changé aujourd'hui. De graves accidents d'avion peuvent faire des centaines de victimes, mais, à part une guerre, aucun autre événement n'est susceptible de provoquer l'évacuation de dizaines de millions de personnes. Quelles que soient les mesures prises pour éviter les accidents, elles n'empêcheront jamais un accident de se produire, en particulier si des facteurs humains comme le terrorisme sont pris en compte. En fait, ce n'est pas si difficile d'éviter un accident dans une centrale nucléaire : il suffit de supprimer les centrales. Et cette décision appartient à tous les citoyens. Il y a un autre problème. Exploiter des centrales nucléaires signifie aussi produire des déchets nucléaires. Il faut d'énormes ressources financières et énormément de temps pour traiter les déchets nucléaires. Cela signifie que nous laissons cet immense problème des déchets nucléaires à la charge des générations futures. Pour nos enfants et petits-enfants, nous n'avons pas d'autres options qu'abandonner totalement l'énergie nucléaire Nous, les humains, avons créé des armes nucléaires capables de nous exterminer - c'est un paradoxe fondamental de notre existence. Beaucoup a été fait pour prévenir les guerres nucléaires. Un exemple en est le Traité de non- prolifération des armes nucléaires. D'un autre côté, les lois qui régissent les centrales nucléaires, hormis celles qui interdisent le nucléaire à des fins militaires, sont essentiellement laissées à la discrétion de chaque pays. Je crois qu'on a besoin aussi d'avoir des règles internationales sur la construction des centrales nucléaires. Il y aura des accidents nucléaires un jour, quelque part, même si personne ne peut dire ni où, ni quand. Pourrons-nous éviter une telle situation catastrophique où de nombreuses personnes seront obligées d'évacuer à cause d'un accident ? Est-il possible de traiter les déchets nucléaires en toute sécurité ? Nous avons besoin de règles internationales pour répondre à ces inquiétudes. L'humanité peut obtenir suffisamment d'énergie sans avoir recours à l'électricité d'origine nucléaire --en utilisant des énergies naturelles comme l'énergie solaire, l'éolienne et la biomasse. Pour aider à freiner le réchauffement climatique, nous devons arrêter aussi bien l'utilisation de l'énergie nucléaire que celle des combustibles fossiles. Si tous les pays faisaient vraiment des efforts pour développer de nouvelles technologies, je suis certain qu'il serait parfaitement possible, d'ici cinquante ans, de couvrir tous nos besoins en énergie avec des énergies naturelles. Au nom de l'humanité et de notre planète Terre, nous devons résolument nous tourner vers le zéro nucléaire. J'en suis fermement convaincu.

Naoto Kan

Traduit par Janick Magne et Mimi Mato.

Article original en anglais: http://www.huffingtonpost.com/naoto-kan/japan-nuclear-energy_b_4171073.html

Par : Fukushima Information フクシマ情報

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