Bernard Lamizet
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Billet de blog 15 juil. 2021

La guerre, la violence et le virus

Le 12 juillet 2021, le président de la République a prononcé un discours. Ma première intention était de ne pas y prêter plus d’attention qu’aux autres, mais, finalement, il peut être important de bien le lire, afin d’en faire apparaître les significations.

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La posture du héros

Dans son discours, le président explique qu’il n’a pas eu le temps de parler, parce qu’il a beaucoup voyagé, écouté, rencontré. De cette manière, il se donne, dès le début de son propos, l’allure du héros. Cela peut se comprendre, d’abord, dans la logique de guerre adoptée tout au long de ce discours, mais, ensuite, parce que nous sommes en juillet 2021, c’est-à-dire à moins d’un an de l’élection présidentielle.

Cela montre que ce discours confond plusieurs places : il entend apparaître comme un discours de héros, mais, en même temps, il est un discours de nationalisme vantant la position économique de notre pays, et il s’agit d’un vulgaire tract électoral, comme il y en a beaucoup.

Un discours de guerre

C’est qu’à la posture du héros, le président ajoute la tenue d’un discours de guerre. Nous ne sommes plus dans une logique d’information sur la santé, mais nous sommes dans une logique de violence. Le président emploie des termes comme « combat », « civisme », « mobilisés ». Il s’agit d’une logique de combat. Mais à cette logique de combat s’articule celle du nationalisme, depuis toujours associée aux discours de guerre. C’est ainsi que le président évoque l’idée que la France devrait « vacciner le monde ». Cette posture conquérante se situe à une grande distance d’un discours sur la santé. Ce n’est pas pour conquérir ni diriger qu’auparavant, les vaccins avaient été imaginés, mais c’est pour empêcher les épidémies de se propager. Dans une logique de concurrence, vieille comme le libéralisme et la logique du marché, le président donne une signification particulière à la perspective qu’il ouvre sur le passe sanitaire : celle de la domination, de la sanction et de la répression.

Passe sanitaire, contrôles et sanctions

Finalement, M. Macron veut faire de la médecine un auxiliaire de la répression : il se sert de la vaccination et du soin pour donner à la médecine une fonction policière. La médecine n’est plus là pour soigner ni pour contribuer à guérir, mais elle s’inscrit dans une logique de guerre et de contrôles ou de menaces de sanctions. En effet, il ne s’agit plus, pour la médecine, de rassurer ou de faire disparaître la peur de la maladie, mais de menacer. Au lieu de libérer ou de soulager, la médecine devient destinée à renforcer l’aliénation. Au lieu d’utiliser la médecine pour guérir celles et ceux qui sont atteints d’une maladie ou qui en sont menacés, le président l’utilise comme une des sources de son pouvoir. Il ne s’agit plus de médecine, mais bien de domination. C’est ainsi que cette obsession du contrôle et de la sanction permet de mieux comprendre le rôle du « passe sanitaire » : comme le passeport, il n’est là que pour contrôler les voyages, les parcours, les déplacements ; comme d’autres instruments de domination, il n’est là que pour nous assujettir davantage, pour nous déplacer de la place de citoyens vers celle de sujets. 

Un discours qui confond tout

Nous attentions un discours sur la santé, et nous avons entendu un discours sur l’économie et sur l’emploi. Encore faut-il préciser les choses. Contrairement à ce que dit le président, ce n’est pas le Covid qui « a détruit 300 000 emplois en 2020 », ce sont les dirigeants des entreprises, et ils ne l’ont pas fait pour contribuer à guérir ou à protéger de la menace sanitaire, mais pour maintenir leurs profits – ou les augmenter davantage.

C’est ainsi que le discours du 12 juillet parle de la croissance, de l’augmentation de la durée du travail, de la menace de certains travailleurs qui peuvent refuser les contraintes qui leur sont imposées, afin de conserver leur identité et leur dignité. Par ailleurs, le chef de l’État évoque la suppression des régimes particuliers de travail et de sécurité sociale, afin de garantir l’égalité, mais, bien sûr, il s’agira d’une égalité par le bas, d’un nivellement par le bas, au lieu d’être une garantie de l’égalité par le haut. À cela il importe d’ajouter que ces statuts particuliers, que le président veut supprimer, n’ont pas été octroyés à ceux qui en bénéficient, mais qu’ils ont été acquis et que l’on ne revient pas sur un acquis, car, alors, il s’agit d’un vol.

Un discours de répression

Le président nous explique que les soignants qui ne veulent pas se faire vacciner, parce qu’ils peuvent avoir des réserves sur l’utilité du vaccin ou sur les risques dont il est porteur, ne pourront plus travailler et ne seront plus payés. Il ne s’agit plus de tenter de les convaincre, mais il s’agit de les obliger sous peine de sanctions. Sans doute parce qu’il doit bien se rendre compte de la faiblesse de son argumentation, le président adopte la seule position qui lui reste : celle du pouvoir. Nous sommes, une fois de plus, dans un état de surveillance, dans une société du contrôle. Par ailleurs, se posera une question simple : qui assurera le contrôle ? S’agira-t-il de la police ? Mais quelles sont les compétences de la police pour contrôler la santé des personnes ? Et la police n’a-t-elle pas autre chose à faire que surveiller le passe sanitaire ? Et si ce n’est pas la police, le risque est grand de voir n’importe qui occuper cette place de répression.

Substituer la morale à la médecine

De cette manière, la morale se substitue à la médecine. C‘est qu’il ne s’agit plus seulement d’un discours de pouvoir et de menace, mais bien d’un discours de morale. Le vaccin et le passe sanitaire ne sont plus présentés comme des instruments de santé, mais comme des impératifs. Or, quand nous sommes soumis à des impératifs, nous sommes dans une logique de morale. Cela a deux implications majeures. La première, c’est que, de cette manière, en nous imposant un ordre moral dont il serait le garant, le président nous interdit toute posture de rationalité, toute distance critique. La morale remplace la critique et, ainsi, empêche le débat. Le discours du président continue à s’opposer à la discussion et aux confrontations, aux échanges, pour se réduire à obliger et à interdire. L’autre implication d’un tel discours, c’est qu’en se situant dans la logique de l’état d’urgence, le président suspend nos droits et notre liberté. C’est ce qui marqué par une autre obsession du président tout au long de son discours : le nationalisme. « Nous sommes une grande Nation », dit-il, appelant à son secours des références comme celles des « Lumières » ou celle de la science et la figure de Pasteur. Mais, une fois de plus, il s’agit d’un vol, car, justement, ceux que l’on appelle « les Lumières », au dix-huitième siècle, qui ont préparé la Révolution par leur engagement critique, ont justement dénoncé les logiques de pouvoir, et la science a toujours été là pour mettre les pouvoirs à distance et pour dénoncer leurs abus, en cherchant à nous en protéger par le savoir qu’elle nous permet d’acquérir. Quant à Louis Pasteur, certes il a imaginé la vaccination, mais rappelons-nous que c’était, justement, pour permettre à la République de prévenir du mal, et non pour lui donner un instrument de répression et une place triomphante. 

Un discours de combat au sujet du travail

Enfin, le président entend rappeler ce qu’il appelle le « modèle social français ». Mais, une fois de plus, il s’empare de ce modèle social au moyen d’un vol, au lieu de s’y conformer ou de s’en servir pour orienter son action politique. En effet, un modèle social est destiné à alléger les contraintes au lieu de les aggraver ou de les alourdir. Or, le président va se servir de ce modèle pour accroître la pression sur celles et ceux qui travaillent en alourdissant leur temps de travail et en faisant d’elles et d’eux les instruments d’allègement de la dette, donnant, ainsi, une dimension morale à l’économie et en confondant, une fois de plus, la dette des personnes, dont ils cherchent à se libérer pour échapper à son emprise, et la dette des économies publiques qui peut être un instrument de dynamisme économique. Le discours de combat du président, qui répète le mot « travail » nous fait curieusement penser à une association de sinistre mémoire, « travail, famille, patrie ». Peut-être cette répétition du mot « travail » comme seule approche de l’économie nous permet-elle de donner sa place réelle au discours du président et de mieux en comprendre les significations implicites.

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