NOUVELLES FORMES DE LA DIPLOMATIE

Du 24 au 26 août aura lieu, à Biarritz, une rencontre des dirigeants des pays les plus riches du monde, qui, ensemble, constituent ce que l’on a désormais pris l’habitude d’appeler le G 7. Sans doute est-ce l’occasion de réfléchir à ces formes nouvelles de la diplomatie.

Des rencontres personnelles, en-dehors des institutions

Ces rencontres entre les dirigeants des grands pays ont lieu dans des espaces informels, en-dehors des formes institutionnelles de l’exercice des pouvoirs. Il s’agit, finalement, d’une des formes de la personnalisation des pouvoirs. Mais, si l’on prend la peine de faire attention à cette dimension personnelle, voire amicale, des rencontres entre les dirigeants des pays qui se réunissent comme, cette année, à Biarritz, il s’agit bien d’une personnalisation des pouvoirs – voire d’une sorte de retour à la monarchie. D’ailleurs, que la rencontre ait lieu à Biarritz est, en soi, révélateur : il ne s’agit pas, pour les dirigeants, de se réunir dans des capitales et dans des résidences publiques, mais il s’agit de se rencontrer dans des espaces de vacances et de loisirs. Ces rencontres sont des rencontres personnelles qui se déroulent hors des espaces institutionnels, ce qui est une façon de neutraliser le rôle des institutions, voire de les faire disparaître. C’est que ne nous trompons pas : si ces nouvelles formes de la diplomatie se déroulent, ainsi, dans des lieux de vacances, c’est aussi pour les faire échapper aux manifestations des contre-pouvoirs, des oppositions, c’est une façon de les faire échapper à l’emprise du débat public, même si, à Biarritz, des mouvements politiques qui se situent eux-mêmes en-dehors des partis sont bien décidés à ne pas laisser la rencontre se dérouler dans le calme, même si ces mouvements entendent bien manifester leur désaccord, leur opposition, leur rejet de ces formes de la diplomatie qui se déroulent en-dehors des institutions.

 Une façon de faire échapper la diplomatie au politique

En se réunissant ainsi hors des cadres institutionnels, les dirigeants de nos pays font échapper la diplomatie au politique. Il s’agit, en quelque sorte, de réduire la diplomatie à n’être plus qu’un ensemble de relations amicales, hors du politique – à la fois hors du débat public et de l’expression des contre-pouvoirs et hors de ces formes de contrôle que le politique exerce sur les pouvoirs. En imaginant, ainsi, depuis 1975, de se réunir régulièrement dans des « sommets » comme celui de Biarritz, les dirigeants des pays les plus riches, ceux que l’on appelle les pays les plus industrialisés, échappent aux logiques institutionnels du politique : la diplomatie, en quelque sorte, en se réduisant à des rencontres dites amicales, ne donne pas au politique le moyen de penser la diplomatie, de la maîtriser, de lui donner une signification.

 L’uniformisation des cultures politiques

Si ces rencontres peuvent avoir lieu, si nos dirigeants peuvent ainsi se parler, sans doute est-ce le signe d’une uniformisation des pratiques politiques. En trouvant des mots pour se parler, en imaginant des projets à partager, des logiques de pouvoir à mettre en commun, les dirigeants de nos pays manifestent une sorte d’uniformisation des cultures politiques. La politique ne met plus en scène une confrontation ou des échanges être des pays porteurs d’identités politiques différentes : la diplomatie se fonde sur des échanges entre des cultures politiques devenues assez semblables ou assez proches les unes des autres pour pouvoir être mises en commun. Cette uniformisation des cultures politiques est une manière d’engager une sorte de déni des différences, des distinctions, des oppositions, des conflits. Mais, en réalité, si l’on y regarde de près, il y a une grande différence entre la paix et la diplomatie qui sont des formes de sublimation politique des conflits et des tensions entre les pays et les rencontres personnelles entre les dirigeants qui sont des formes de déni des conflits et des tensions dans l’uniformisation des cultures et des langages politique du mondes. Finalement, ces sommets ne sont qu’une manifestation de plus de la mondialisation qui est, en réalité, un nom que l’on donne à l’uniformisation – et, si l’on situe cette évolution dans l’histoire, à la généralisation du libéralisme dans le monde.

 L’écart se creuse entre les pays riches et les autres

Sans doute est-ce là une signification majeure de l’organisation de ces sommets : ils accentuent la coupure entre les pays riches et les autres. Alors que des organisations comme la Société des Nations puis, en 1945, l’O.N.U., avaient été imaginées pour permettre des rencontres entre tous les pays afin d’éviter les guerres et d’étendre les formes de la diplomatie, les sommets comme ceux du G 7 accroissent la différence entre ceux qui y participent, les pays riches, et les autres, qui se trouvent, ainsi, rejetés à l’écart de ces formes nouvelles de la diplomatie. C’est grave, parce que, de cette manière, la diplomatie devient, finalement, une source de conflit majeur.

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