lettre ouverte aux élus de la métropole du grand Paris

La seine et ses affluents sont le berceau de l'agglomération parisienne et pourtant, ce sont les grands oubliés du discours et du projet de la métropole du grand Paris. Il est urgent d'ouvrir, comme cela se fait dans toutes les métropoles fluviales un débat citoyen sur la Seine Paris le grand Paris et les territoires amont et aval du fleuve.

Lettre ouverte aux élus de la Métropole et du Forum Métropolitain

 L’association La Seine n’est pas à vendre s’est récemment élevée avec d’autres et de très nombreux habitants, contre certains projets parisiens de Réinventer la Seine. Face à cette mobilisation, la Ville de Paris a commandé une étude à l’APUR et a annoncé la mise en place d’un atelier Seine en janvier 2019 afin de dégager une vision globale de la Seine dans Paris pour les prochaines années. Elle sursoit aux projets contestés dans l’attente des conclusions de cet atelier où  associations et institutions seront invitées à participer. Un autre projet à Nogent sur Marne initié par Réinventer la Métropole, soulève un tel tollé local qu’élus, promoteurs et architectes doivent revoir leur copie !

  Ces messages n’ont manifestement pas été entendus partout.

 Le président de la Métropole a annoncé au récent SIMI vouloir lancer une troisième session de Réinventer la Métropole en 2019 sur le thème : « Construire au bord de l’eau ». La proposition doit être examinée lors de la présentation du rapport de Roland Castro « Du grand Paris au Paris en grand » aux Maires de la Métropole le 11 décembre prochain.

 Nous sommes convaincus que ce n’est ni une bonne idée, ni une bonne façon d’engager un débat sur les enjeux de la Seine pour le Grand Paris.

 Réinventer la Seine, dont les textes empruntent aux écrits d’Antoine Grumbach, mais dont la méthode dit souvent le contraire, s’est, malgré quelques propositions intéressantes, limité à un chapelet d’opérations immobilières locales sur foncier public dont on ne comprend pas toujours la cohérence et l’intérêt public.

 La Seine, et plus généralement l’intégralité du réseau des voies d’eau irriguant le territoire du grand Paris dont ils sont géographiquement et historiquement l’élément fondateur - ne parle-t-on pas de Seine Saint Denis, de Val de Marne, de Hauts de Seine, de Seine et Oise -, sont les grands oubliés de ce Grand Paris Métropolitain, comme si l’eau ne participait pas au territoire.

 Que ce soit dans le projet de SCOT ou dans le rapport Castro on cherche en vain l’énoncé d’une problématique, un paragraphe un peu structuré qui jetterait les bases d’une réflexion, d’une vision des relations que la Métropole entretiendrait avec ses voies d’eau et la Seine. Seuls le Schéma directeur régional d’Ile-de-France (SDRIF) et le Schéma rrégional de cohérence écologique (SRCE) y ont consacré, dans leurs objectifs stratégiques, recommandations écrites et prescriptions cartographiées. Antoine Grumbach, dans ses nombreuses contributions, a mis par ailleurs en perspective l’ambition d’une métropole mondiale ouverte sur la mer dont la Seine est l’épine dorsale ; son engagement a commencé à porter ses fruits sur la grande échelle de Paris au Havre, mais semble encore ignoré des responsables métropolitains.

 Pourtant, d’autres métropoles « fluviales » en France, Rennes, Nantes, Toulouse, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, sans parler des autres grandes métropoles européennes, ont depuis longtemps engagé ce débat, chacune avec ses propres modalités, en s’efforçant d’associer institutions, collectivités, universités, entreprises et citoyens. Commissions thématiques, conférences citoyennes, études et plans-guides, musées hors-les-murs et fêtes, ont permis d’inspirer, d’irriguer l’action ; les résultats commencent à se manifester avec inventivité.

 Il est temps de se préoccuper de la Seine, des canaux, de la Marne, de l’Oise et de leurs affluents. De nombreuses opportunités sont à saisir : fret fluvial, loisirs, Seine comme paysage, comme patrimoine, vecteur de mobilités, éléments de composition de l’urbanisation écoresponsable de ses rives et soucieuse des risques d’inondation. Une prise de conscience avait déjà commencé avec notamment le Festival de l’Oh du Val-de-Marne et d’autres initiatives populaires exprimant la compréhension de ce qu’est un fleuve, aussi bien la gestion de l’eau que sa géopoétique et l’envie de s’y impliquer.

A l’heure des enjeux climatiques, de la prise de conscience de l’importance des trames vertes, noires et bleues dans la perspective de territoires résilients, de la redécouverte de ce que les fleuves apportent aux territoires urbanisés qu'ils traversent et à leurs habitants de tous âges, la Métropole du Grand Paris ne peut se contenter d’une idée « ludique et originale » par des appels à construire sur les bords des voies d’eau.

La Seine n’est pas à vendre propose que soit organisé un débat public et citoyen sur La Seine et ses affluents, afin de développer une vision collective porteuse d’un projet à la mesure du Grand Paris, avec les ouvertures nécessaires sur l’aval et l’amont. 

 Le 10 décembre 2018,

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.