La Seine n'est plus à vendre!

L'avis récent du Conseil d'Etat sur le projet de passerelles habitées sur la Seine, un crochet du droit qui devrait sonner la fin d'une mauvaise initiative de la ville de Paris, relevant un déni de respect de l'environnement, un déni de démocratie, un déni de sérieux administratif et un déni de solidarité métropolitaine.

Communique de l’association La Seine n’est pas à vendre (18/02/2019)

Dans son édition du 16 février, le journal Le Monde* commente un récent avis du Conseil d’État qui stipule que la procédure retenue par la Ville de Paris dans le cadre de "Réinventing Cities" pour construire trois “passerelles habitées” sur la Seine à Paris est entachée d’irrégularité. Cet avis suggère à la Ville, soit d’annuler l’opération, soit de refaire une consultation qui respecte la procédure de la Commande publique. Un “crochet du droit”, en quelque sorte, contre les projets de passerelles innovantes !

Cet avis ne nous a pas surpris. Au-delà du rappel au droit, la légèreté d’une initiative plus inspirée par la communication et le marketing que par l’analyse urbaine met en lumière quatre dénis :

D’abord un déni écologique et environnemental : la méthode proposée — cela ne doit rien coûter à la Ville, aux investisseurs de trouver le modèle économique, aux ingénieurs et architectes de dessiner un bel ouvrage conduit immanquablement à équilibrer l’opération en construisant des bâtiments sur les bords de  Seine. A l’heure du réchauffement climatique, toutes les villes fluviales du monde prennent en considération le fait que les fleuves et cours d’eau sont des couloirs de ventilation et de rafraîchissement des quartiers denses et qu’il ne faut pas édifier de bâtiments sur leurs berges, considération renforcée à Paris par le classement au patrimoine mondial de l’Unesco du site de la Seine au centre de Paris.

Un déni de démocratie ensuite qui a consisté à faire voter au Conseil de Paris l’adhésion de Paris à Reinventing Cities et une subvention de 200 000 € à verser aux organisateurs de la compétition sans que soient précisés les sujets que la Ville de Paris proposerait. C’est par voie de presse qu’élus, citoyens de la ville et du monde ont appris qu’il était envisagé de réaliser trois passerelles habitées sur la Seine d’ici 2024. Cette proposition, jusqu’alors absente de tout document de programmation urbaine de Paris, n’a fait l’objet d’aucun débat préalable.

Un déni de professionnalisme : la lecture des éléments dévoilés par l’article du Monde interroge sur le degré de sérieux et d’anticipation de l’administration parisienne face aux  difficultés auxquelles se heurterait immanquablement ce projet, notamment dans les relations avec les établissements publics de l’Etat, Voies Navigable de France, Port Autonome, tout cela dans un contexte de relative opacité sur la gouvernance de l’ensemble des acteurs concernés par le fleuve.

Un déni enfin d’appartenance à la métropole : Paris détient le record mondial de ponts sur un fleuve — 36 ponts sur 13 km, un tous les 500 m en moyenne —, alors que, dès que l’on franchit le boulevard périphérique, il faut faire 4 à 5 km en moyenne pour trouver un pont. Bâtir trois ouvrages dans Paris à l’heure du Grand Paris, alors même que la ville fait partie de la Métropole et participe à l’Axe Seine, n’est pas très solidaire ! Propriétaire d’un beau pont en mauvais état entre Charenton et Ivry, le Pont aux Câbles, la ville de Paris pourrait proposer à ces deux villes et au Conseil Général du 94 d’en faire une belle passerelle innovante de liaisons douces entre ces deux villes.

L’avis du Conseil d’Etat est le premier avis concernant une procédure d’appel à projets innovants. La ville serait bien inspirée d’en tenir compte et de siffler la fin de cette mauvaise partie, l’image nationale et internationale de Paris mérite mieux.

 

Le bureau de l’association La SEINE N’EST PAS A VENDRE

* Grégoire Allix, "Paris doit revoir ses projets de ponts publics-privés, Le Monde du 16/02/2019.

                                      

 

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