Plus que jamais une vision globale et ambitieuse du grand Paris s'impose !

Alors que les perspectives d'un projet global du Grand Paris semble passer au second plan des priorités gouvernementales, je publie ici un texte écrit il y a un an avec Antoine Grumbach.

Note sur le projet métropolitain du Grand Paris

Antoine Grumbach, Bernard Landau, 18/09,2017

 Au cours des deux siècles passés l’histoire de Paris et de sa Région a connu des étapes décisives pour son développement: les années 1850-1870 du Paris d’Haussmann, le milieu du 20ème siècle et l’organisation de la Région parisienne de Paul  Delouvrier. Un nouveau cycle  s’est ouvert au début du 21ème siècle: la métropole du Grand Paris. Le Président de la République doit prochainement fixer le cap de cette jeune métropole appelée à prendre toute sa place dans le concert des grandes métropoles mondiales. Les décisions prises aujourd’hui vont permettre de porter une vision à long terme  et d’écrire collectivement son récit.

Ne négligeant pas l’importance des questions d’organisation politique et de gouvernance de l’ensemble des collectivités qui composent le Gand Paris, la présente note se concentre sur trois thèmes qui nous semblent essentiels pour contribuer à définir un projet global que le foisonnement fertile des nombreux chantiers en cours et l’accueil en 2024 des jeux olympiques ne suffisent pas à incarner.

  1. S’inscrire dans l’histoire et la géographie des lieux : construire le futur, c’est d’abord s’appuyer sur le passé. La géographie physique constitue le marqueur des identités métropolitaines, qui, en Ile de France, sont gravées dans une multi polarité de territoires, riches de culture, d’histoire, de patrimoine, de  grands et beaux paysages. Ils façonnent aux yeux du monde le socle exceptionnel et attractif du Grand Paris.
  2. Mettre la transversalité au service du projet  et en choisir les outils: les métropoles du 21ème siècle devront être sures et résilientes, économes en ressources, intelligentes et connectées. Seule une approche à grande échelle permettra d’impulser les énergies nécessaires pour atteindre ces objectifs. Pour cela, les logiques transversales de projet doivent prévaloir sur les approches cloisonnées, sectorielles ou strictement fonctionnelles.
  3. Relancer la recherche urbaine, écrire le récit : alors qu’il devrait rayonner comme un des grands laboratoires mondiaux des enjeux métropolitains, l’aménagement du territoire Français semble en panne d’idées. Un programme de recherche accueilli au sein d’une fondation public/privé, dont il faudra définir les contours et objectifs, contribuera à définir les moyens de traiter dans toutes ses dimensions l’espace du vivre ensemble métropolitain adapté au monde actuel. D’autres initiatives doivent être imaginées pour en écrire collectivement le récit.

La vertigineuse croissance des agglomérations de la seconde moitié du 20ème siècle, projection spatiale de la mondialisation en cours depuis près de 30 ans, porte sur le devant de la scène une civilisation urbaine inédite, celle des métropoles et mégalopoles. Echelles métropolitaines et mégapolitaines sont indissociables. Paris, Londres et Rotterdam façonnent la mégapole ouest européenne. Ces grandes conurbations occupent désormais une place essentielle, légitimée par la récente COP 21, aux cotés des Etats pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui,

 Porter une vision s’inscrivant dans l’histoire et la géographie du territoire

Projeter le futur c’est d’abord évoquer le passé. Trop de drames que nous avons connus sont aussi le fruit de la faillite de l’organisation des territoires.

Travaillant sur le plan d’extension de Paris, Claude Nicolas Forestier disait déjà en 1921: « Il y a peu de villes comme Paris qui aient le cadre admirable qu’est ce grand jardin naturel d’Ile-de-France (….). Sa conservation doit être une des préoccupations les plus importantes du programme de l’extension ». Les qualités de ce grand paysage restent un atout exceptionnel pour la métropole du Grand Paris. Les rendre lisible, conforter les trames vertes et bleues du territoire métropolitain pourraient être la projection pour le grand Paris du 21ème siècle de ce qui a inspiré le réseau d’espaces verdoyants d’Adolphe Alphand pour la jeune métropole que fut  le Paris du 19ème.

L’ADN de la Métropole est inscrit dans les très nombreuses centralités historiques qui maillent le territoire. Une mairie et un clocher tous les cinq kilomètres composent  l’armature du récit visant à construire une métropole multipolaire, multi culturelle, façonnée par l’accueil de plusieurs générations de migrations qui en ont nourri la richesse et le dynamisme.

Créer une « cité de la métropole », en partenariat avec toutes les entreprises engagées dans ce vaste chantier fédérera l’écriture collective d’un grand récit. Lieu d’expositions temporaires d’actualité, de débats, de colloques ouverts au milieu universitaire, aux entreprises, aux collectivités, au grand public, et lieu de la mémoire vivante du Grand Paris, elle sera à la fois une vitrine et un outil efficace de communication et d’adhésion à ce défi. Une grande exposition de lancement de la cité pourrait être organisée en 2019, à l’image de l’excellente exposition tenue au Centre Beaubourg sur La Ville en 1994 dont l’introduction, sous la plume de Françoise Choay, annonçait déjà par son titre « le règne de l’urbain, la mort de la ville ».

2. La transversalité au service du projet

La gouvernance intégrée suppose une vision de l’interdépendance des grandes problématiques liées à la transformation des territoires: cohérence territoriale, vitalité économique, enjeux environnementaux, système des mobilités et de l’intermodalité.

L’élaboration d’un SCOT métropolitain, fixant le cadre des grands équilibres d’un territoire multipolaire, celui des solidarités interterritoriales et la place de son cœur historique pour les  20 prochaines années est le premier chantier. Document stratégique d’un type nouveau, prenant appui sur les révolutions numériques et technologiques de notre époque, il devra rester ouvert à des modifications et des évènements imprévisibles.

Sujet majeur, les engagements de la Cop 21 et leurs conséquences sur les politiques territoriales, énergétiques et environnementales doivent être au cœur de la démarche. Qualité de l’air et pollution, place et rôle de la nature, amélioration énergétique du cadre bâti, qualité des logements, politique des déchets, autant de questions qui concernent la qualité de vie des habitants métropolitains.

La perspective d’une « gouvernance intégrée pondérée » de la MGP, et la suppression sur son périmètre des départements, permettront de renforcer l’action publique sur ces questions stratégiques. Pourquoi, dans un premier temps, ne pas inventer une structure opérationnelle dédiée au sein de la Métropole en s’appuyant sur les moyens d’une partie des services départementaux réorganisés selon une logique de projet et non de thématiques fonctionnelles. Elle aurait pour mission d’impulser les politiques, réfléchir à la trop grande fragmentation des grands syndicats techniques de génie urbain, libérer et créer les synergies indispensables  aux nouveaux défis en s’appuyant sur le cycle vertueux des nombreuses initiatives engagées dans les territoires.

3. Relancer la recherche, écrire le récit.

Au terme du mouvement de décentralisation lancé dans les années 1980, la France a engagé depuis les années 2000 un processus de mutation de son organisation territoriale.  Dans ce débat national, la région parisienne occupe une place singulière.

Toutes les grandes métropoles mondiales sont portuaires. L’objectif de fonder « une région capitale » conduira,  à terme, à associer région Ile de France et Normandie. «  Paris, Rouen, Le Havre une seule et même ville dont la Seine est la Grande Rue », disait Bonaparte en 1802.

Après 10 ans de vifs débats, la jeune Métropole du Grand Paris a vu le jour en janvier 2016. Des réseaux de transports lourds plus importants que tout ce qui a été réalisé depuis 50 ans sont en chantier. Les investissements nécessaires à l’accueil des jeux Olympiques de 2024 bénéficieront à des territoires parmi les plus fragiles du nord et de l’est métropolitain. Une profusion de projets innovants à l’étude voit le jour, d’autres, très nombreux déjà en chantier, redessinent l’archipel métropolitain. Tout cela fait-il pour autant un projet ?

Comment reterritorialiser les espaces de la mondialisation ? Cette question se pose dans des contextes chaque fois singuliers sous toutes les latitudes, elle est celle du monde de demain. La communauté internationale a manifesté son intérêt pour les ambitions de la France. Les nécessaires réformes institutionnelles qu’il faut poursuivre pour rendre plus efficace la démocratie et l’action publique appellent un travail plus approfondi sur les enjeux.

Au-delà des égoïsmes, résistances locales et mouvements centripètes qui se sont légitimement  exprimées ces dernières années, la poursuite du projet métropolitain pose la question de l’énoncé du projet d’ensemble offrant à tous «  le grand récit de la Métropole ». Les débats passés ont témoigné de l’inquiétude face aux changements. Il importe de relancer en France la recherche aujourd’hui en panne sur l’actualité de « l’aménagement du territoire » en redonnant à cette institution l’ambition qui l’accompagna pour les trente glorieuses.

La question des moyens et des objectifs d’un programme de recherche action accueilli par un institut public dans un partenariat public/privé, mis en réseau avec des comparatifs mondiaux et les réseaux d’instituts et de structures opérationnelles doit être posée. Quelques rares institutions  privées (Microsoft, Nec) se sont engagées dans cette voie, le GAFA semble vouloir également s’impliquer, il serait suicidaire pour les Etats de rester inactifs  ou  à côté de ce mouvement.

 

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