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Billet de blog 2 septembre 2014

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PS. Le débat de la rentrée. Farce d’attractions.

Depuis des années, mais le phénomène s’est accéléré en 2012, nous vivons une époque de porosité extrême entre les mots de la gauche et les mots de la droite, la pensée de droite et la pensée de gauche. D’où ces positions  sociales-libérales dans lesquelles se sont ensablées les promesses de justice sociale de Hollande.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis des années, mais le phénomène s’est accéléré en 2012, nous vivons une époque de porosité extrême entre les mots de la gauche et les mots de la droite, la pensée de droite et la pensée de gauche. D’où ces positions  sociales-libérales dans lesquelles se sont ensablées les promesses de justice sociale de Hollande.

C’est encore plus évident depuis cette rentrée, noyée sous les propos, les conseils, les analyses des médias ou des ‘’experts’’, censés nous éclairer sur ce que certains appellent « la crise de la gauche » d’autres « une crise de régime ».

Première surprise, Libération qui trouve « que les contraintes du marché sont bien moins acceptées qu’ailleurs » en France, et que « la gauche française, celle qui s’est mise hors du gouvernement, considère qu’une gauche digne de ce nom doit proposer un projet de société alternatif ». (Libération du 28 aout).

De tels propos dans l’éditorial d’un quotidien qu’on peut qualifier de gauche, faisant des frondeurs socialistes les suppôts d’une opposition au marché,  et de toute proposition alternative à la politique menée par le gouvernement un radicalisme extrême, ne veulent pas voir que la réalité du marché, pour beaucoup de français, c’est « la corruption des décideurs publics, la fraude aux subventions et aux aides publiques, les fraudes à la TVA, le travail dissimulé qui devient un outil de blanchiment d’argent », ces domaines que François Molins, Procureur de Paris, vient justement de fixer comme taches prioritaires à la nouvelle organisation du parquet de Paris. Et il ne parle pas de l’injustice fiscale, des prix de transfert, de l’optimisation fiscale des entreprises, etc.

Nous avons des sociologues en France. Certains d’entre eux ne sont pas en manque dans la jubilation du commentaire. Ainsi, toujours dans Libération (du 1er septembre), Jean Viard qui souhaite au PS et à la France, « Bienvenue au XXIe siècle ». Car « l’amour de l’entreprise peut être de gauche ». Quelle entreprise ? Il ne précise pas. Celle de Gattaz et du CAC 40, ou la PME qui paye, elle, ses impôts ? Nous n’en saurons rien. L’utilisation du générique est bien utile à qui aime le flou.

« Une partie de la gauche prend enfin acte que nous sommes entrées dans une nouvelle révolution technologique : la révolution numérique » nous dit il.

Nous sommes malheureux d’apprendre qu’il y a donc une partie de la gauche qui l’ignore encore. Des Jean-Marc Germain, Laurent Baumel, Pascal Cherki, seraient des attardés d’un autre siècle.

Pas étonnant dès lors que Jean-Marie Le Guen, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement les traite de « soi-disant socialistes ».

Le même sociologue continue, ce qui montre qu’on peut être au CNRS et penser dans un tunnel, que ce sont les « épouvantables massacres de jeunes hommes » de la guerre de 1914-1918, le « malheur des mères, des épouses et des promises, la destruction du désir démocratique chez nombre d’anciens combattants qui, du coup, ont porté les totalitarismes du XXe siècle de Moscou à Berlin et Istanbul, sans oublier Paris ».

C’est la guerre seule donc, et pas cet imbécile traité de Versailles, pas la crise économique de 1929, pas les erreurs monétaires à la source des hyperinflations d’avant le seconde guerre mondiale, qui en seraient responsables.

J’arrête avec notre directeur de recherche, car sa chronique est encore truffée d’autres perles, sous lesquelles ce qu’il  arrive à dire de sensé disparaît corps et biens dans sa farce bien relevée.

Et chacun d’y aller de son analyse fictionnelle. Ainsi François Meunier, professeur associé de finance à l’Ensae, n’hésite pas à écrire dans Le Monde que « la position d’Arnaud Montebourg, poussé à son terme logique, serait de sortir de la zone euro ». Faut-il avoir peur ?

Un autre article, de Grégoire Biseau dans Libération, met en lumière un Hollande revendiquant « une politique du résultat ». « Il veut que le malade guérisse » nous dit il. Rajoutant : « D’une certaine façon, pour lui, la fin justifie les moyens ». Mots insensés, qui auraient provoqué dans les années 50 un article cinglant de Camus. Camus qui écrivait : « Les alibis du réalisme et de l’efficacité risquent, selon moi, de nous mener aujourd’hui à une nouvelle démission ». (Camus, réponse à Domenach, le patron de la revue Esprit, dont Macron est membre du comité de rédaction aujourd’hui).

La droite, bien entendu, participe à ce jeu de farces et attrapes. Ainsi le bloggeur du Figaro, Ivan Rioufol, y va de son fiel habituel. « Les mensonges réitérés du premier (Michel Sapin) et les anachronismes du second (Jean-Christophe Cambadélis) sont quelques-uns des artifices que le PS nous réserve pour les mois à venir, avec la bienveillance acquise d’une grande partie des médias audiovisuels ».

Je passe sur les tacles aux deux caciques du PS, les considérant aller de soi, mais comment rester muet devant « la bienveillance des médias ». Pour qui se souvient des médias sous Sarkozy, on trouve qu’il y a encore de la marge dans « la bienveillance ».

Entendre par ailleurs Marielle de Sarnez, vice-présidente du Modem dire: « Qu’on ne me parle pas de politique d’austérité en France, c’est de la démagogie ! ». Au prétexte que les grecs dégustent plus que les français. Cela nous montre qu’au delà des dérives d’une gauche de gouvernement vers le libéralisme de la droite, il y a bien également une dérive du centre vers une droite encore plus radicale. Que serait donc l’austérité avec madame de Sarnez au pouvoir ?  Sans doute quelque chose issue des idées d’un des conseils en économie du Modem, celles de Jean Peyrelevade, qui a fait l’objet de mon précédant billet. La voir faire la morale au gouvernement qu’elle traite « d’immobiliste » c’est assez suave lorsqu’on se souvient des tractations de la dame avec le maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, pour obtenir son soutien aux européennes en échange d’une lettre de soutien du Modem à celui ci pour les municipales.

Mais il n’y a pas qu’elle. Devedjian se félicite, lui, que Fabius ait pointé les handicaps de la France, au nombre desquels les 35 heures, ces 35 heures que semblait remettre en question le nouveau ministre des finances, Emmanuel Macron. Mais que Sarkozy n’a jamais remis en cause. On est bien au bal des faux culs.

Et celui qui a peut être le plus la gueule de l’emploi, François Fillon, de  regretter de ne pas avoir aboli ces funestes 35 heures au cours de ses 5 ans de gouvernement.

Ce qui lui vaut un rappel à l’ordre mémoriel de la part de Pierre Briançon dans sa chronique du Monde du 1er septembre : « Avait-on oublier de l’informer qu’en 2008 Laurence Parisot, à la tête du Medef, avait réussi à trouver un accord avec la CGT et la CFDT sur un aménagement similaire à celui proposé aujourd’hui par M. Macron. Qui s’y était opposé ? Xavier Bertrand et Nicolas Sarkozy ».

La farce d’attractions provoquée par Valls and Co, qui a un peu secoué la rentrée, a trop attiré de monde pour ne pas en conclure qu’on est bien dans une société du spectacle.

Mais le tumulte va se calmer. Tous ces gens vont retrouver leur place sur les plateaux médiatiques de l'amusement. Mais c’est la France qui continuera de rire jaune.

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