Hollande. Déroute de la représentation et de l’Etat de droit

Les analyses et explications multipliées à l’extrême dans le seul but de nous aider à comprendre les évènements tragiques de 2016 qui nous ont sidérés n’ont fait qu’embrouiller les esprits. Au point même que ce qui constitue les fondations de notre République, de notre Etat, de notre nation, à savoir le droit et notre constitution, est sur le point d’être emporté.

Dans les habits du Commandeur.

Depuis l’horreur de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, encore plus depuis celle du 13 novembre, les analyses, explications, avis, multipliés à l’extrême dans le seul but de nous aider à comprendre ces évènements qui nous ont sidérés, mais aussi les mesures politiques prises ou proposées dans la foulée, n’ont fait, en mêlant arguments et contre-arguments, qu’embrouiller les esprits, ouvrir des polémiques, les entretenir.

Au point même que ce qui constitue les fondations de notre République, de notre Etat, de notre nation, à savoir le droit et notre constitution, est en train d’y perdre en clarté.

 

Dans la déchéance de la nationalité c’est le droit qui est déchu.

En ce qui concerne le droit, la grande juriste Mireille Delmas-Marty avait déjà relevé les effets d’un attentat sur les responsables politiques. Dans ‘’Liberté et sureté dans un monde dangereux’’  (Seuil. 2010), elle a décrit  « l’hypothèse d’un effet indirect  des attentats du 11 septembre 2001 qui auraient en quelque sorte libéré les responsables politiques, symboliquement et juridiquement, de l’obligation de respecter les limites propres à l’Etat de droit ». Une phrase qui s’applique à ce que veut faire Hollande de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité, et que critique publiquement la professeure au Collège de France.

 

Le symbole n’a rien à faire dans la constitution. 

En ce qui concerne la constitution, on est étonné de voir Hollande et Valls trouver comme seule explication « le symbole » à leur souhait de constitutionaliser l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Ce que dénonce fort justement Geneviève Gaillard, députée des Deux-Sèvres : « Le symbole n’a rien à faire dans la constitution ».

Mais, plus instructif encore, un collectif, dans lequel on retrouve Madame Delmas-Marty, a lancé un appel refusant un projet d’état d’exception permanent qui « ne vise pas à encadrer les pouvoirs exorbitants de l'exécutif et malmène les principes de l'Etat de droit ». Précisant, après avoir expliqué les principes de ce qu’est un Etat de droit,  que «  Rappeler ces principes ne signifie pas que le droit doit ignorer les situations exceptionnelles. Mais toute mesure d'exception doit rester fidèle à ces principes, au risque de basculer dans un régime non démocratique ».

Sauf que sous Hollande la « nécessaire proportion de la répression a été outrepassée », comme le souligne le juriste Daniel Lochak, cité par l’avocat Jean-Jacques Gandini, dans son article dans Le Monde diplomatique de décembre, rajoutant ceci dans un paragraphe titré ‘’Une conception prédictive de la justice’’: « Le dispositif inquiète d’autant plus qu’il substitue à la notion d’activité celle de comportement, à propos des assignations à résidence ». 

 

Hollande dans les chaussures de Mitterrand. 

La constitution, base de l’unité du pays, ne saurait souffrir d’être manipulée dans un souci bassement politique. Or, de nombreux commentaires reprochent à Hollande ses calculs cyniques en vue de 2017, et de vouloir  chausser les Berluti  de François Mitterrand pour mieux troubler les citoyens, déjà passablement perturbés, comme le montre le vote croissant des catholiques pour le Front National. Cela a été dit de son discours au Mont-Saint-Michel : « Hollande tente de s’inscrire dans les pas de Mitterrand » (Julien Chabrout dans le Figaro), et de ses vœux du 31 décembre : « Il y avait à ce moment-là dans le ton de François Hollande beaucoupdu Mitterrand de 1988, celui qui avait été à l’époque réélu autour du thème de la "France unie".(in JDD).

A vouloir endosser les habits du Commandeur, n’est-ce pas montrer qu’au fond on doute de sa propre garde robes, car, comme le dit le dicton populaire, l’habit ne fait pas le moine. Imagine-t-on Mitterrand rejoindre  en scooter la mère de sa fille secrète ? Imagine-t-on désormais Hollande capable de faire l’union de la gauche ?

Par contre, ce que plus personne ne discute, c’est ce qu’il a fait de la représentation élective. Une grande illusion.

 

La représentation en échec.

Cela se dit depuis longtemps, notre pays souffre d’un défaut de représentation. On en est en effet revenu à une critique de notre démocratie comme elle pouvait se pratiquer autrefois, lorsqu’elle était accusée d’être purement formelle pour les uns, laissant le champ libre à la manipulation des masses pour les autres. Sauf qu’à l’époque, c’était la dualité d’avant la chute du mur à Berlin qu’ont relevée des politistes comme Pierre Rosanvallon  et Florent Guénard, notamment dans la revue Esprit de janvier 2008,  et qui correspondait à celle, politique, ancrée dans la division de l’époque, monde libéral contre monde communiste.

Il en va désormais autrement, et les deux grands partis dominants en France peuvent se voir reprocher de pratiquer à la fois un système de représentation purement formel, mais aussi tout autant basé sur la manipulation des masses.

Comment ne pas appliquer l’analyse à Hollande qui, censé  être celui qui fait lien pour notre société, se voit désormais comparé à Nicolas Sarkozy, dans sa façon autiste de gouverner. Il n’entend ni les électeurs, pourtant audibles, les régionales l’ont montré, ni ceux des  siens qui voudraient le voir revenir, au moins sur quelques points importants, sur le chemin de ce qu’aurait du être une politique de progrès. Est-il encore temps d’utiliser les termes de gauche, ou de socialiste, puisqu’un premier ministre, qui mène une politique de droite, bien qu’issu du PS, veut voir disparaître le mot, dont on voit mal par quoi il souhaite le remplacer ?

Sensé représenté le peuple qui l’a élu pour faire une autre politique que Sarkozy, Hollande revient par ses méthodes de décision et de gouvernement à ce que la représentation était sensé remplacer, le pouvoir sans contrôle du prince. Et ce prince qui veut se faire réélire en 2017, il surfe sur les drames du pays pour se construire et se vendre comme un produit de marché, une autofiction fabriquée de toute pièce artificiellement. La représentation n’est plus qu’une dérive, une usurpation, une illusion. Le représentant ne faisant plus corps avec le représenté, la dérive, l’aventure, sont désormais possibles.

D’où cette crise politique dont nous ne sortons plus, ces masses, (comprendre les citoyens), soit s’abstenant, soit votant contre leur propre intérêt, comme l’a analysé en 2004 Thomas Frank pour les Etats-Unis, dans son ouvrage publié chez Agone : « Pourquoi les pauvres votent à droite ».

Voilà le résumé de ce livre par l’éditeur : « À la fin des années 1960, la concurrence internationale et la peur du déclassement transforment un populisme de gauche (rooseveltien, conquérant, égalitaire) en un « populisme » de droite faisant son miel de la crainte de millions d’ouvriers et d’employés d’être rattrapés par plus déshérités qu’eux. C’est alors que la question de l’insécurité resurgit. Elle va embourgeoiser l’identité de la gauche, perçue comme laxiste, efféminée, intellectuelle, et prolétariser celle de la droite, jugée plus déterminée, plus masculine, moins « naïve ».

Cette métamorphose s’accomplit à mesure que l’inflation resurgit, que les usines ferment et que l’« élite », jadis associée aux grandes familles de l’industrie et de la banque, devient identifiée à une « nouvelle gauche » friande d’innovations sociales, sexuelles et raciales ».

De plus en plus de socialistes s’alarment de la situation créée par Hollande. Il suffit de les compter sur la question de la déchéance de nationalité pour s’en rendre compte. La question, contrairement à ce que leur dit Valls, qui trouve qu’ils s’égarent au nom des grandes valeurs, montre que le salut ne peut venir que d’eux.

«Près de 80% des députés socialistes sont contre, ainsi que tous les commissaires aux lois PS» a dit Bernard Roman, député pourtant proche de François Hollande, à L’Obs. Tous les électeurs de 2012 les attendent pour retrouver foi en la gauche et faire front.

 

Elevons nous contre ces Valls qui veulent nous enfermer dans ce qu’ils appellent « une guerre ». Non, nous ne sommes pas en guerre. Ou si nous le sommes la bataille à mener est celle du savoir, de la culture, du partage, de l’égalité des chances et des réussites, la seule bataille pour que ceux qui sont nés sur notre sol, et ceux qui souhaitent y vivre, participent au destin de notre pays.

Ne nous laissons pas enfermer dans ces reflexes de repli sur soi qu’on cherche à provoquer. Les politiques qui utilisent cette arme n’ont qu’un objectif, leur intérêt personnel. Ils ne cherchent qu’à sauver un siège, un poste, une élection, à garder ou à prendre le pouvoir, mais en faisant, tous, allégeance au libéralisme européen et à ses dérives anti-démocratiques.

C’en est assez des Valls, des Hollande, des Sarkozy, des Le Pen, des Wauquiez, et des Philippot. Place à la citoyenneté.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.