Cris et chuchotements à Nouvelle Donne

Adhérent de Nouvelle Donne, d‘un âge qui ne m’entraine pas à briguer le moindre poste, j’ai trouvé dans l’article de Yannick Sanchez de Mediapart (1) matière à trier, car il y dedans à boire et à manger questions témoignages.

Oui, ce qui m’a le plus dérangé, en le lisant, c’est la reprise brut de décoffrage d’informations émanant d’adhérents ou d’anciens adhérents sur certains conflits ayant été sources de violences verbales.

La plupart du temps, ces violences émanent de militants minoritaires ne supportant pas de ne pouvoir imposer leurs idées. Et parfois la violence appelant la violence, de ceux qui finissent par ne plus supporter.

Ces minoritaires avaient, soit une solide expérience de ce genre de situation et sachant l’imposer, dans l’espoir d’emporter le morceau, soit au contraire aucune. Dans ce cas, parfois embarqués dans ce jeune parti qu’est Nouvelle Donne sur l’espoir du renouvellement des pratiques politiques, ils ont entendu celle ci comme le droit à toute idée d’être égale à toute autre. Ces militants et ces minoritaires n’ayant sans doute jamais lu les quelques pages écrites par Karl Jaspers sur la discussion en politique, la vie de groupe s’en ressent. Je me suis permis de mettre en annexe le résumé  que j’ai fait du texte de Jaspers.

J’ai vécu dans l’une des commissions de Nouvelle Donne la très forte pollution d’ambiance créée par une ou deux personnes. Elles se réclamaient généralement de la sociocratie, une théorie nouvelle pour moi mais que j’ai regardée de plus près.

La Sociocratie, introduite au départ dans Nouvelle Donne par Patrick Beauvillard, que Yannick Sanchez a rencontré, est issue dans sa partie contemporaine des théories managériales (2), dans ses fondements anciens de l’idéologie des Quakers. Elle prône en politique la participation au fonctionnement du pouvoir de toutes les parties qui composent la société, y compris de ceux qui sont minoritaires. Très bien. Qui  n’adhère pas au principe ?

Mais c’est après que ça se complique. Car, après ce hors d’œuvre que nous rêvons tous de digérer, arrive le plat de résistance : le vote par consentement. Qui, comme l’explique le site sociocratie.net, est à préférer au consensus. Pourquoi ? Parce que « le consensus, c'est tout le monde dit oui ; le consentement, c'est personne ne dit non ». Essayez de prendre une décision, de faire fonctionner une commission, de faire voter une assemblée de 1000 personnes, un parti de 10 000 adhérents sur ce principe. Si ça marche, champagne !

Et donc, ça a très vite coincé la dessus à Nouvelle Donne. Et donc, nous arrivons à Patrick Beauvillard, qui a en effet démissionné en janvier du parti. Mais plutôt que d’interpréter ses raisons, ou d’écouter celles qu’il transmet oralement, allons voir les explications qui sont à la source de cette décision et qu’ont trouve sur son blog en date du 19 décembre dernier, sous le titre : « Je ne voterai pas les statuts de Nouvelle Donne ». (Pour mémoire c’est à lui qu’avait été confié la tache de réunir et d’animer une commission appelée « Les Architectes » et qui a construit l’usine à gaz chargée d’aider à la préparation de ces statuts pour soumission aux votes des militants.

Après avoir reconnu « Des innovations énormes » dans les statuts, il y trouve « quelques éléments rédhibitoires qui feront de Nouvelle Donne un parti comme les autres ».

Au positif :

« La décision par consentement fait son entrée dans les règles de fonctionnement ! C’est une avancée majeure ».

Au négatif :

« Les adhérents l’ont choisi… Mais je n’aime toujours pas le tirage au sort ! »,

« La clause de non cumul entre un mandat électif et un mandat au « Conseil Citoyen » est parfaitement ridicule ! … En fait, les professionnels de la politique à Nouvelle Donne ne pourront avoir qu’une seule place : A la tête de l’exécutif ! »,

« Je souligne une erreur tactique dont les conséquences peuvent être importantes : Dans le cas où le consentement ne peut être obtenu… on opte pour un suffrage majoritaire ! Alors je prends les paris : il n’y aura jamais de consentement !

« Pour la base, on privilégie le consentement. Mais pour le Bureau National, on reste dans un insupportable classicisme autocratique »…

« Donner une chance à Nouvelle Donne, c’est rejeter ces statuts de manière à forcer que l’on remette le métier sur l’ouvrage ». (2)

Les statuts ont été approuvés à la majorité des adhérents. En janvier, Patrick Beauvillard a démissionné.


L’expérience que j’ai vécue, et que je vis encore à Nouvelle Donne en tant que militant de base, me rappelle ce que j’ai pu lire de ce qu’a vécu Podemos en Espagne. Ouvrir une voie pour construire un projet alternatif issu de mouvements non organisés mais mobilisateurs, comme Los Indignados, entraine obligatoirement des déceptions de la part des spontanéistes présents au départ, dès qu’un schéma d’organisation se met en place pour prolonger et transformer ce qui n’était même pas un essai politisé.

Mais, on le voit bien avec Nouvelle Donne, on ne gère pas un parti comme un réseau social. Podemos amené à se structurer, il en découle ce que Le Monde du 25 décembre dernier rapporte comme l’existence d’un malaise : « La refonte des structures n’est pas sans inquiéter les militants de base. L’élection fin octobre de Pablo Iglesias avec 88,6 % des suffrages sur une liste fermée avait déjà créé un certain malaise. « Au début, nous discutions des vrais problèmes du quartier mais, depuis quelque temps, on ne parle plus que d’organisation », raconte Alberto Pajares, du « cercle » de Podemos du quartier de Malasaña, dans le centre de Madrid ».

L’alternative est donc très vite spontanéisme versus organisation. C’est bien là la source des dissensions à Nouvelle Donne. Utopisme intégral contre tentative de construire un projet. Et derrière l’utopisme se cache parfois l’ego vite contrarié. Et derrière l’ego contrarié se cache parfois gout du pouvoir ou soif d’exister. Parfois par un titre seul. Un militant, tendance sociocratie, n’a pas hésité à mettre sous son nom, en bas d’un article: « Ancien candidat au rôle d’architecte ». J’ai commenté en suggérant de rajouter « Abonné au gaz ».

Ce genre de militant déçu peut très vite jouer au Troll. Et la psychologie du Troll est perturbante, par exemple sur une liste de diffusion.


Donc, oui, Nouvelle Donne tangue parfois un peu-beaucoup. Mais le congrès du 31 janvier a été vécu comme un succès. Ca s’organise, en dépit du temps perdu en réunion, occasionné par ceux qui prennent la parole sans l’avoir demandée, ceux qui n’acceptent pas que leur idée ne soit pas reprise. La vie de parti, en quelque sorte.

Et ça commence à devenir intéressant. Comme cette réunion organisée par le ‘’Lab Nouvelle Donne du 92-Centre’’, lundi 2 mars, sur le thème ‘’Relancer la croissance pour faire baisser le chômage : Leurre, idée fausse ou indépassable évidence ?’’ Avec Jean-Marie Perbost, l’un des économistes de Nouvelle Donne.

J’y ai appris que le taux d’emplois est en fait comparable dans la plupart des pays européens, malgré des taux de chômage différents, que le taux d’emplois est le même dans tous les pays, y compris aux USA, etc. Des informations peu relayées par nos spécialistes de plateau, sur l’ensemble des chaine TV, où ils nous racontent que les emplois sont repartis à la hausse ailleurs, sauf en France. Et que... et que...

 Alors, oui, on peut se poser des questions sur Nouvelle Donne. Mais un parti, même nouveau, est fait de personnes. Et se pose donc la question de la complexité humaine. Et  des manœuvres, et des ego, et des frustrations. Ce n’est pas le plus intéressant.

 

http://www.mediapart.fr/journal/france/010315/departs-et-querelles-ternissent-nouvelle-donne

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociocratie

http://www.inovane.fr/beauvillard.net/je-ne-voterai-pas-les-statuts-de-nouvelle-donne/

 

La discussion politique.

K Jaspers* 

- Généralement les discussions ne vont pas au fond du sujet.

- On se lance des formules à peine justifiées. On change souvent de sujet.

- Les phrases n'ont pas de centre d'intérêt commun.

- On se laisse guider par l'émotion.

- À chaque instant on répond à côté de ce qui vient d'être dit.

- Et on n'arrive à aucun résultat.

- On se contente d'arrêter la discussion ou de se tourner le dos....

- Une seconde raison de l'échec des discussions est que les opinions sont également justifiées. ..

- Pour savoir dans quelles mesures elles le sont, il faut une discussion réussie, au bout de laquelle les opinions évoluent et se transforment.....

- Quand on est de bonne foi... le bon interlocuteur aide intellectuellement son adversaire.

- Cette attitude a pour obstacle l'attachement à des intérêts concrets, la volonté d'avoir raison et la fixation a des clichés vides de sens. On n'écoute plus, donc on ne répond pas.

- Et quand la résistance est une véritable foi, celle ci vient s'affirmer sans appui. elle est elle même la volonté de vérité....

- La discussion politique souffre enfin de l'étroitesse ou de  la fantaisie des conceptions de l'avenir...

 - L'imprévisible est l'un des éléments de l'histoire, mais nous ne pouvons l'inclure dans notre attente, ni surtout dans nos calculs.

- Face à l'incertitude de l'avenir, le contenu des discussions politiques doit élever son niveau.

- Cette incertitude nous oblige à fixer nos regards sur les réalités connaissables actuellement, dans lesquelles les hommes clairvoyants reconnaissent les germes de l'avenir....."

*Karl Jaspers (1883-1969) est, parmi les philosophes de tendance existentialiste, celui qui a conçu le système le plus achevé et le plus proche de la métaphysique. Ce texte est extrait  d’un ouvrage qui a eu pour origine une série d’émissions radiodiffusées.

 

 

 

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