Macron, Le Monde, BNP : la capture sociologique

J’ai traité dans mon dernier billet des menaces implicites posées par Emmanuel Macron dans sa tribune du Monde du 25 avril. D’abord, la possibilité de voir ressortir ce qu’avait abandonné Nicolas Sarkozy, la mise en place de la retraite par capitalisation, et comme conséquence la création de fonds de pension au profit des banques et de l’assurance.

J’ai traité dans mon dernier billet des menaces implicites posées par Emmanuel Macron dans sa tribune du Monde du 25 avril. D’abord, la possibilité de voir ressortir ce qu’avait abandonné Nicolas Sarkozy, la mise en place de la retraite par capitalisation, et comme conséquence la création de fonds de pension au profit des banques et de l’assurance. Ensuite, orienter l’épargne privée vers les banques, au détriment des livrets A et de la caisse des Dépôts, avec pour conséquence la réduction des crédits à très long terme et à taux privilégiés pour les investissements à caractères sociaux de l’Etat et des Collectivités (logement social, santé, infrastructures d’intérêt général).

Comme l’écrit le quotidien du soir : Macron, « défend dans sa tribune sa vision de la transformation de l’industrie française grâce à une nouvelle démocratie actionnariale ».

Le Monde se garde bien de  nous dire ce que cela signifie. Il ouvre ses colonnes au ministre, mais n’en commente pas les idées. Une preuve de plus que sa direction est bien en phase avec l’orthodoxie néolibérale dominante. Celle des Tirole et des Draghi.

Mais c’est pire encore. Car dans la réalité, sous couvert de « démocratie actionnariale », c’est les seuls intérêts des banques que Macron défend. Cela, Le Monde se garde bien de nous le dire. Est-ce parce qu’il compte dans ses actionnaires la BNP ?

Plutôt que de régulation, Macron nous parle de « retrouver l’esprit industriel du capitalisme ». Sauf que le chemin qu’il veut nous faire prendre n’est pas le bon. Le risque de liquidité n’a jamais été aussi grand, et il veut entrainer dans ce risque les français et leurs économies. On voit donc bien de quel capitalisme nous parle Macron. Ce n’est pas celui des entrepreneurs, PME ou « Start up », ce n’est pas l’économie au service des humains. C’est celui des banques, des assurances, de la finance. Pour lui, « retrouver le capitalisme » c’est ramasser les économies des français.

Et Le Monde, qui offre à Macron une page entière pour s’exprimer, ne commentera pas. N’exercera pas son esprit critique. Car, dévoiler les banques  derrière les propos de Macron, c’est prendre le risque qu’émerge parmi celles ci son actionnaire, la BNP. Une BNP très présente dans le livre récent d’Attac et Basta : « Le livre noir des banques », publié aux Editions ‘’Les Liens qui Libèrent’’.

 

BNP, une bombe à retardement ?

 

Le « Livre noir » nous rappelle tout d’abord que BNP avait reçu de l’Etat français une aide de 5 milliards lors de la crise de 2008. Dans des conditions qui, pour l’ensemble des banques aidées, (un coût total de 30 milliards), avaient été critiquées par la Cour des Comptes, car trop favorables aux banques. La Cour avait estimé que « le manque à gagner de l’Etat était de plus de 5 milliards ».

 On apprend aussi que l’ensemble des produits dérivés de BNP Paribas, outils spéculatifs participant à la création des masses d’argent virtuel en circulation, « totalisent 48 000 milliards d’euros, soit 24 fois le PIB de la France ».

Ce qui met BNP au nombre de ces banques françaises qui sont « des bombes à retardement », nous disent les auteurs.

Puis les informations s’enchainent à propos de notre actionnaire du Monde.

-       BNPa perdu 400 millions d’euros de prêts dans la faillite de Lehmann Brothers en 2008.

-       BNP est au nombre des 18 banques européennes jugées par le G20 comme systémiques. C’est à dire représentant un risque en cas de crise. Aux cotés de Crédit Agricole, Société Générale et BPCE.

-       Que son capital est détenu à 46% par des investisseurs institutionnels européens et 30% par des investisseurs non européens. Tous gouvernés par le rendement des fonds propres, dans l’intérêt des dirigeants et des actionnaires.

-       Que BNP a été aussi active que les banques américaines dans le système bancaire parallèle, encore appelé banque de l’ombre.

-       Qu’elle s’en est pourtant mieux tirée que les autres banques françaises dans la crise des subprimes, ne perdant que 2,4 milliards d’euros.

-       Qu’elle retirerait 6 milliards de bénéfice dans l’avantage implicite que procure la possibilité d’emprunter sur le marché à des taux plus avantageux que pour les banques de petites tailles, du fait que l’Etat agirait en garant de dernier ressort en cas de faillite. Un chiffre à rapprocher des 2,2 milliards d’euros d’impôts et taxes que la banque dit avoir payés en 2014

-       Que BNP, comme la Société générale, fait partie de la « poignée de banques qui distribuent des centaines de produits dérivés de gré à gré », c’est à dire à l’abri des regards et inscrits hors bilan. « La valeur de ces dérivés représente 20 fois la taille du bilan de BNP Paribas » nous apprennent les auteurs du Livre noir. Mais est quasiment nulle pour l’économie réelle, a noté Christophe Nijdam, ancien banquier, dans « L’Economie Politique » de février 2013.

-       Comme les grandes banques françaises et étrangères, BNP participent  à la curée de la spéculation sur les matières premières et agricoles. Elles gèrent 18 fonds à cet effet, qui pesaient 2,5 milliards d’euros fin 2012, dont plus de la moitié est gérée par BNP Paribas.

-       C’est dans le cadre de cette activité que BNP a été condamnée à payer une amende de 9 milliards de dollars aux Etats-Unis pour avoir, notamment, financé la vente de pétrole soudanais et donc « pour ne pas avoir respecté les sanctions frappant le Soudan ».

-       La banque BNP se classe apprend-on « dans les vingt établissements financiers qui investissent le plus dans le charbon ». Merci pour l’environnement, le climat,  la planète.

-       Pour rester dans le même registre on apprend également que « les placements financier de BNP émettent quatre fois plus CO2 que la France, soit 1,3 millions de tonnes de CO2/an ». Elle n’est pas seule dans ce cas. Mais observer de plus près  l’actionnaire du Monde, qui accueille dans ses colonnes Emmanuel Macron, qui nous dit vouloir réformer le capitalisme, nous permet d’ajuster la lunette.

-       Une analyse poussée du Livre noir sur les  Transactions à Hautes Fréquences (THF), qui ont eu l’honneur d’un reportage remarquable sur Canal Plus mercredi dernier, met BNP au nombre des acteurs importants de cette pratique décriée, qui représente un risque sérieux de krach boursier. Une technique surveillée par l’AMF, qui n’hésite pas à la qualifiée de frauduleuse, outre le fait que derrière c’est aussi « un risque de rupture d’égalité entre intervenants sur le marché » qui est pointé.

-       Les banques en Europe consacrent 10% de leurs actifs pour financer directement l’économie des entreprises et 15% pour les ménages. Le reste, 75% se retrouve sur les marchés financiers. BNP n’y échappe pas.

Vous ne serez pas étonné de trouver, derrière les propos de Macron dans Le Monde, les banques françaises qui attaquent l’épargne réglementée. BNP Paribas n’est pas en reste. Pour Baudoin Prot, à la tète  de BNP Paribas, « il est absolument indispensable que l’on demeure à un taux de centralisation bas et pour longtemps, pour l’ensemble du livret A et du livret de développement durable… il en va du financement des entreprises et des PME » (Entretien Le Monde 4 novembre 2010, cité dans Le livre noir). On croit rêver !

 

La capture sociologique

 

Derrière les propos d’Emmanuel Macron et de Baudoin Prot, on est donc bien dans cette capture d’une partie des forces politiques et administratives par les intérêts financiers que décrivent avec détail Christian Chavagneux, d’Alternatives Economiques, et Thierry Philipponnat, de Finance Watch, dans leur ouvrage « La capture » publié aux éditions La Découverte.

Une « capture largement sociologique du fait du système organisé de pantouflage et de la consanguinité bien connue des élites administratives et politiques et des élites financières ».

Un phénomène illustré par les aller et retour d’un nombre important de nos hauts fonctionnaires entre Bercy, ou autres administrations, et les banques. Emmanuel Macron (Rothschild), Jean-Charles Naouri (Rothschild), Mathieu Pigasse, (Lazard), par ailleurs actionnaire du Monde, François Pérol (Rothschild puis BPCE), Xavier Musca (Crédit Agricole), Emmanuel Moulin (Citigroup), Frédéric Oudéa (Société Générale), Pierre Mariani (BNP et Dexia), Henri de Castries (Axa), François de Galhau (BNP), Nicolas Namias (BPCE), etc. Plusieurs centaines d’énarques travaillent dans le secteur financier. (Olivier Berruyer, sur son site ‘’Les Crises.fr’’).

C’est cet Etat dans l’Etat qui empêche la France de se réformer. Ce n’est pas le coût du travail et autres billevesées ultra libérales que véhiculent le Medef, les Tirole, les économistes orthodoxes, les Macron, Sapin, Valls, une Troïka bien de chez nous.

Pour changer la donne, pour construire une ‘’nouvelle donne’’, le « Livre noir des banques » ouvre la voie en concluant : « Les mouvements de citoyens doivent imposer aux gouvernants d’interrompre leur lune de miel avec les banquiers ».

 

 

 

 

 

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