Après le drame de Sivens, Pascal Bruckner, enfile la veste d’Allègre.

Le Monde fait beaucoup d’honneur à Pascal Bruckner en le plaçant  entre E Morin et H Reeves dans un débat consacré au drame du barrage de Sivens. Il y déverse ce dégout des autres qui s’empare quelques fois dans la vieillesse de « ceux qui commencent en subversifs pour finir en grincheux » (de Pascal Bruckner lui même, dans ‘’Un bon fils’’).

Passé de la gauche extrême au sarkozysme le plus servile, le voilà aujourd’hui payant son dû à la réaction, en exerçant sa tyrannie d’essayiste contre ce qu’il nomme, « La tyrannie des idéologues verts ».

Bruckner croit-il pouvoir être entendu des lecteurs du Monde en maniant un aussi gros cliché ? Ou bien ne cherche-t-il - hors de tout dialogue productif  et par l’effet d’une formule qu’il frelate à besoin - qu’à récupérer cette frange « Tea-partiste » que regroupait il y a quelques années Claude Allègre, autre figure perdue de  l’intelligentsia nationale.

Dans une affaire au sujet de laquelle un rapport produit pour la ministre de l’écologie par deux ingénieurs  généraux des ponts, des eaux et des forêts  dit, entre autre, ceci : « Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles »,

Dans une affaire où les divergences d’opinions autorisées sont multiples (sauf bien entendu dans l’entre soi des élites politiques et agricoles régionales et nationales, (Conseil Général, Agence de l’eau, Préfet),

Dans une affaire où  les contrevérités s’accumulent  - Certains parlent de 80 agriculteurs concernés par l’irrigation justifiant le barrage, d’autres d’une vingtaine ; et les rapporteurs du ministère constatent qu’entre le moment où le projet a été conçu à la fin des années 90 et aujourd’hui, les besoins en irrigation se sont réduits, du fait de la réduction du nombre d’agriculteurs concernés -,

Dans une affaire, donc, où même Ségolène Royal, pourtant du même sérail que ces hommes du Tarn mouillés dans un conflit d’intérêts, est obligée de convenir qu’ « il y a eu une erreur d’appréciation sur Sivens »,

On se demande pourquoi Pascal Bruckner se croit obligé de s’ériger en avocat d’un dossier en déshérence ?

En fait, sa seule raison est de pouvoir délayer sa haine de l’écologie et des écologistes, traitant ces derniers de tous les noms : « On peut s’amuser de ces rebelles divagants »,  « Ce sont nos Amish hexagonaux », « nos bons sauvages ».

Accumulant les accusations contre ceux qui se sont opposés au barrage, il multiplie les procédés d’inversion.

La « tyrannie des féodalités » vient des écologistes. Mais pas des élus qui multiplient les casquettes, jusqu’à être juge et partie.

« Leur proposition (de barrage) a été démocratiquement votée » nous dit Bruckner. Comme s’il suffisait d’être élu pour devenir démocrate !

Mauvaise foi d’un homme qui n’a rien lu sur le dossier. Et ne tient aucun compte du précédent qu’a été le barrage de Fourogue, construit à l’arraché par le Conseil Général du Tarn, avant que le tribunal administratif ne le déclare illégal - Voir Nicolas Bérard, Mediapart du 3 novembre -  http://www.mediapart.fr/journal/france/291014/barrage-de-sivens-agrobusiness-conflit-dinterets-et-mauvaise-gestion

Pour Bruckner, l’arbitraire serait d’écouter des citoyens « devenus soudain décisionnaires » « au dessus des institutions représentatives ». Il n’a pas remarqué que l’une des questions de notre époque est justement celle de la représentation?

Et de délirer toujours et encore sur « l’écologiste français », qu’on reconnaît « A son aversion à peine cachée pour les ingénieurs ».

A-t-il jamais fréquenté un écologiste ? Il saurait que nombre d’entre eux ont fait des études d’ingénieurs. Qu’il existe une organisation professionnelle des ingénieurs écologues, une Union professionnelle du génie écologique, et une Association française des ingénieurs et techniciens de l’environnement (Afite).

Et, cerise sur le gâteau, Bruckner accuse « l’écologiste français » d’être « contre tout ». D’être, entre autre, « contre le charbon, même avec séquestration du CO2 ».

Ignore-t-il qu’il n’y a pas à ce jour de CO2 industriel séquestré? Sauf pour des projets de recherche. Le ministère en parle au futur comme d’une filière émergente.

L’écologie pour Bruckner, c’est comme le climat pour Allègre. Un sujet pour dire n’importe quoi. Pour être publié ?

 

 

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