Le monde d’après Quelle promesse ?

Qui imaginera les étapes de la mutation souhaitée, en réunira les acteurs, sera en mesure de résister à ce monde d’hier qui ne voudra pas disparaître ? Ne retrouverons nous pas très vite les tenants du monde d’hier, et ceux qui le contestaient, aux avants postes, tant les chefs des deux camps ont déjà montré qu’ils savaient s’entendre sur le dos de ceux qu’ils enrôlaient.

Tous ceux qui critiquaient avec raison le monde d’avant cette crise de pandémie mondiale, et qui voient dans celle-ci une chance de changer de système, tentant d’imaginer le « monde d’après », sont-ils des optimistes ou des naïfs ? Ce qui est certain c’est que l’aventure ne sera pas facile.

 

Car ce monde pourrait-il changer ? Pourrait-il trouver une unité à se penser qu’il n’a jamais connue ? C’est cette question que l’optimisme réformateur (ou révolutionnaire) glisse sous le tapis.

 

La mondialité de la crise sanitaire, elle, ne cache pas, si on fait effort de voir, que le monde d’hier, en rien dérangé par la barbarie quotidienne à ses frontières, soit incapable demain, et c’est de nous que je parle, d’être affecté par cette barbarie non disparue, ou remplacée par d’autres.

 

Les égoïsmes personnels : « Moi je continuerai à prendre l’avion, demain comme hier, car les voyages sont ma vie », dit cette femme de cadre sup ; les égoïsmes nationaux, « Les Américains surenchérissent pour acheter les masques commandés par la France », lit-on dans la presse ; la bêtise éternelle de nos chefs, « ceux qui sont réanimation sont ceux qui n’ont pas respecté le confinement », dit le préfet Lallement, sont d’ores et déjà une entrave à la construction de ce monde d’après, si nécessaire. Mais si lointain.

 

L’histoire est là, pour nous apprendre que le programme du CNR, déjà imparfaitement mis en place en 1945, (relisons les articles de Camus dans Combat), apparaissait encore en 2007 comme devant « être défait méthodiquement », pour le vice-président du Medef, Denis Kessler, que Sarkozy avait promis en 2008 de réguler les marchés financiers, pour n’en rien faire ensuite, que pour François Hollande, la finance était son « ennemie », pour mieux se coucher devant elle pendant 5 ans.

 

L’histoire est donc là pour nous faire entendre prudence. Mais je me range de tout cœur derrière ceux qui nous disent que « L’enjeu de cette crise est de planifier la mutation de l’économie », comme l’universitaire Cédric Durand.

 

Reste à voir qui imaginera les étapes de cette mutation, en réunira les acteurs, sera en mesure de passer à l’action et de résister à ce monde d’hier qui ne voudra pas disparaître ?

Et reste à voir si dans les reconstructeurs on ne retrouvera pas, et les tenants du monde d’hier, et ceux qui le contestaient, tant les chefs des deux camps ont déjà montré qu’ils savaient s’entendre sur le dos de ceux qu’ils enrôlaient.

 

Et reste encore l’autre danger, que l’on sent derrière beaucoup de ceux qui criaient hier, et on les comprend, contre le monde d’avant, et qui voient dans la crise actuelle et à venir encore, matière à crier toujours plus fort, et à excommunier au nom de leur église, avant même que la messe soit dite ; ce danger de l’intolérance coutumière des « mains sales », profiteuses de toutes les crises, qui rêvent de s’emparer d’un pouvoir qu’ils n’auraient jamais réussi à prendre en période de calme.

 

Le dévoilement des limites n’a que peu souvent débouché sur le dépassement de celles-ci. Espérons que pour une fois, il en ira différemment.

 

 

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