Coronavirus Une question de temps

Ce coronavirus nous met face à un mur, le mur du temps, qui tout à coup, prend son temps. Il nous transforme en sentinelle, face à un désert des Tartares que nous n’avions pas imaginé… Une seule certitude. Nous n’avons pas l’éternité pour nous décider. Juste un peu de temps… Le temps de l’engagement est arrivé.

 

Ce coronavirus nous met face à un mur, le mur du temps, qui tout à coup, prend son temps. Il nous transforme en sentinelle, face à un désert des Tartares que nous n’avions pas détecté. Nous voilà donc à notre fenêtre, attendant ce temps qui n’a pas de visage. Essayant d’en apercevoir l’ombre. Perdons-nous notre temps dans cette attente ? Je vous laisse le temps d’y réfléchir. Jusqu’à ce temps des cerises que nous avons tous hâte de retrouver pour le chanter en famille et avec nos amis retrouvés.

 

Nous voilà donc élevés au rang de capitaine, capitaine de notre confinement, clé d’une attente qui nous questionne. Nous voilà tous, transformés en non-héros buzzatien, costumés en soldats inutiles, de garde, assignés à nos écrans, attendant les consignes pour télétravailler, cherchant dans la multitude de messages de quoi prolonger l’illusion d’une communauté plus aisée à fréquenter que nos camarades de chambrée, lorsque nous en avons. Femme et enfants soudains incontournables dont nous protège seulement un court instant d’isolement dans le seul m2 du gite, encore protecteur.

 

Et si nous voulons y échapper, il nous reste soit à tenter de comprendre, et nous pouvons prendre tout notre temps pour le faire, soit à éructer contre. Mais contre quoi ? Mais contre tout. Notre voisin, le météo, la police qui nous contraint, en nous verbalisant…

Et surtout, surtout, contre ce président qui, qui ? qui quoi ? Mais qui est un incapable, bien sûr. Et on le lui fait dire, violemment, sur Facebook, avec les champions de l’éructation en chambre, avec les inquisiteurs politisés, les religieux d’échafauds, les importateurs de djihad, les zélateurs de fatwas comme droit suprème.

 

Mais que faire au nom de notre humanisme chancelant, de notre démocratie corrodée, face à ce coronavirus, qui, tel un Napoléon, s’est couronné lui-même, sans nous avoir consulté ? Que faire, pour bouter loin de nous ce Covid-19, autre nom de ce prince animal, nouveau maitre impérial de notre monde, irrespectueux de nos frontières* et de nos souverainetés ?

Nous sommes bien démunis, nous, dont on nous disait que nous étions promis aux plus belles technologies, à qui on vendait, les meilleurs jours, une possible éternité.

 

Et nous voilà au bord du gouffre. Précipités dans un temps de maladie et de mort.

Nous qui disions que le temps c’était de l’argent, nous voici noyés dans un temps obligé qui va nous appauvrir, nous faire rêver d’un bon vieux temps, oubliant qu’il était dur pour beaucoup d’entre nous. Sauf qu’il n’y a pas de machine à remonter le temps, que le temps s’écoule sans possibilité de retour. Que l’éternel retour n’est que roman ou philosophie spéculative. M’en pardonne le grand Nietzsche.

 

Sans retour possible, rien d’autre à faire que de regarder vers le futur, cette projection d’un temps bourré d’incertitudes. Il s’en faudra de quelques semaines, une façon de décompter ce temps sans corporéité, ou quelques mois, (nos experts ne sont pas très experts en matière de temps), pour savoir si nous remettons au sommet les mêmes incompétents, ou si nous en changeons, histoire de nous donner de l’espoir. Pour savoir si nous changeons d’époque ou si le temps reprend son cours, inexorablement. Pour imaginer un nouveau monde bâti sur de nouvelles règles, ou si nous retombons paresseusement dans les anciennes ornières du marché.

Une seule certitude. Nous n’avons pas l’éternité pour nous décider. Juste un peu de temps. Je vous laisse user du vôtre pour construire la réponse à la question qui se posera à nous tous :

Dans quel monde je veux que mes enfants vivent ? Et que dois-je faire pour qu’il advienne ?

Le temps de l’engagement est venu.

 

 

° Il paraît que la présidente du RN envisage de demander que le Covid-19 soit reconduit à nos frontières, hésitant à proposer celle de la Méditerranée, puisque nous n’en avons pas une avec la Chine.

 

 

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