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Billet de blog 13 novembre 2013

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Bonnets rouges et benêts rouges. N’abandonnons pas le rouge à la droite.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pourquoi trop « d’intellectuels » de gauche ont ils le verbe si retenu, le réaction si molle, la chronique si convenu. L’interview de Gaël Brustier, politologue, chercheur, et membre du Parti socialiste, dans Libération de ce jour, nous en donne un exemple.

Questionné après trois pages consacrées à la contestation des bonnets rouges de Bretagne, et à la récupération/manipulation par l’extrême droite des contestations, c’est le chercheur qui s’exprime là ou on aurait souhaité entendre le militant. (http://www.liberation.fr/politiques/2013/11/12/l-imaginaire-collectif-a-bascule-a-droite_946515 ).

Donner, comme il le fait, comme explication première à ce qui est en train de se passer que « les représentations sociales ont basculé à droite », expliquer que « le moteur de la droitisation, ce sont les paniques morales », « d’une partie de la population, qui se pense menacée dans ses valeurs », n’est-ce pas une façon de ne pas poser la seule bonne question qui vaille, celle des erreurs et des responsabilités, celle du pourquoi ? Car n’y a-t-il pas des questions qui méritent d’être formulées ?

Et puisque Gaël Brustier, à juste titre, fait au passage une comparaison avec ce « qui opérait déjà à la veille de la seconde guerre mondiale »,  je l’encourage à élever son analyse au niveau de celles que nous ont données sur cette triste époque de notre histoire qui va de 1932 à 1944, Jean Zay et Albert Camus. (Voir mon post précédent).

Il n’y a rien à redire vraiment à ce que dit Gaël Brustier. Mais son propos n’est-il pas trop distancié ? A écrire qu’on ne peut gouverner si on est « sous le feu nourri de l’idéologie du camp d’en face », « que toutes les défaites politiques sont d’abord des défaites de la pensée, ici, de la pensée de gauche, face à un magma idéologique droitier », «  qu’on a une  politique économique centriste », est-ce suffisant ?

 A l’aulne de cette phrase de Camus, je ne le pense pas : «  On voit l’intelligence chercher des justifications à la peur, et les trouver sans peine, puisque chaque lâcheté a sa philosophie. L’indignation se calcule, les silences se concertent, l’histoire n’est plus que le manteau de Noé qu’on étend sur l’obscénité des victimes » (In « écrits libertaires », Edition indigène).

 On aimerait voir notre politologue militant parler plus haut,  interpeler plus fort, et enfin proposer.

Parler plus haut, car il ne suffit pas de constater que la politique économique menée est centriste. Il faut en réclamer une autre, plus progressiste, et soucieuse de justice sociale.

Interpeler plus fort, notamment ce gouvernement qui, soit ne réalise pas les réformes annoncées par le candidat Hollande, soit les réalise à 20 % seulement. (Réforme bancaire, réforme fiscale, etc.)

Proposer, à tous ceux qui  ne se résignent pas « aux renoncements démocratiques et sociaux de la droite et de la gauche », fort justement pointés par Edwy Plenel, (http://www.mediapart.fr/journal/france/111113/la-gauche-l-extreme-droite-et-la-xenophobie ), ni à cette « déraison d’une extrême droite xénophobe et autoritaire »,  qu’ils aient le courage de s’exprimer et de s’opposer, comme  cela vient justement de se produire lors d’une émission de Thierry Ardisson sur Canal+ (Lire Rue89 du 30 octobre). (http://www.rue89.com/zapnet/2013/10/30/soudain-chez-ardisson-discours-fn-limmigration-secroule-247074 ).

Et si « c’est toute la gauche européenne qui est en crise », comme nous le dit Gaël Brustier, ce n’est pas une raison pour ne rien faire, ni ne rien proposer.

Autrefois, il n’y a pas si longtemps, le rouge se portait à gauche. N’est-ce pas la couleur de la rose socialiste ?  De l’oublier, Hollande en paie le prix, mais au final c’est toute la France qui paiera.

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