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Billet de blog 14 avril 2018

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Dix questions au président Macron.

Mr le Président. Vous sembliez éviter les journalistes. Mais vous semblez avoir changé d’avis et vouloir vous montrer davantage. Après vous être soumis aux questions d’une chaine télévisée vous répondrez demain au créateur de Mediapart, Edwy Plenel. Le citoyen que je suis souhaite vous posez quelques questions en attendant. Les voici.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mr le Président. Vous sembliez éviter les journalistes. Mais vous semblez avoir changé d’avis et vouloir vous montrer davantage. Après vous être soumis aux questions d’une chaine télévisée vous répondrez demain au créateur de Mediapart Edwy Plenel. Le citoyen que je suis souhaite vous posez quelques questions en attendant. Les voici.

1) Cela fait près de vingt ans, peut être même davantage, que les chefs d’Etat demandent aux Français de faire des efforts, prônent l’austérité ; la raison en étant le manque de moyens de l’Etat. En partie dû à quelque 70/80 milliard par année d’évasion fiscale, fraudes, optimisation fiscale. Que proposez vous, en dehors d’une austérité qui atteint ses limites, pour que l’Etat retrouve des ressources qu’il a perdues et puisse à nouveau mener une vraie politique économique et sociale ?

2) La France se glorifiait autrefois d’avoir des services publics efficaces partout présents sur le territoire ; et les Français avaient l’impression de constituer une communauté solidaire dans laquelle chacun, en principe, avait sa chance. Il n’en va plus de même aujourd’hui, après la fermeture des bureaux de La Poste, celle de très nombreux hôpitaux en région, la fermeture aussi de certains tribunaux, celle de nombreuses écoles de campagne. En gros donc, le recul de la présence des services publics auprès des Français.

Si on rajoute à cela, la confrontation des citoyens, et notamment des couches sociales les plus fragiles, à des systèmes de communication et d’information dématérialisés, pour cause de réduction du nombre de fonctionnaires, ne pensez vous pas nécessaire que l’Etat regagne la confiance des Français par plus de proximité ?

3) Il n’est pas interdit de penser que les réponses aux deux questions précédentes conditionnent l’arrêt des dérives populaires vers les propositions extrêmes qui gagnent à chaque scrutin électoral davantage de voix. Le président Hollande, le PS, le PR ont été balayés lors de la dernière présidentielle. Si vous deviez décevoir les Français, qui pourrait encore prétendre faire barrage au Front National  en 2022 ?

4) Mr le président, vous même et vos ministres n’avez de cesse de vouloir transférer les codes de l’entreprise au monde politique et à l’administration publique. Peu d’entre eux ont une réelle expérience de l’entreprise. Bruno Le Maire passe de l’ENA aux affaires Etrangères puis au service de Villepin et poursuit une belle carrière politique à droite.

Edouard Philippe passe de l’ENA à la fonction publique, puis effectue un passage dans l’entreprise Areva où sa responsabilité est en fait une activité de lobbying en faveur du nucléaire auprès des parlementaires. Aucune responsabilité industrielle donc. Vous même, pouvez vous affirmer que votre expérience dans une banque d’affaire, comme spécialiste de fusions-acquisitions, vous a donné une réelle compétence sur ce qui constitue la pratique managériale d’un responsables d’entreprise, et notamment dans une PME ?

5) Mr le Président, On pouvait lire dans le journal l’Humanité du 8 décembre dernier ceci : « Tandis qu’un groupe d’« experts » présidé par Gilbert Cette estime que le SMIC est trop élevé à 1150€ nets par mois et qu’il augmente trop vite en ne suivant que l’inflation mesurée par l’INSEE, il est bon de rappeler que cette attaque contre le salaire minimum intervient après la suppression de l’ISF à la demande du président de la République ». N’est-il pas dommageable pour l’image du Chef de l’Etat que vous etes, d’apparaître ainsi comme le président des riches ? Et pensez vous que les retraités que vous avez remerciés de leur effort sur la CSG, vous ont entendu ?

6) Mr Martinez, Secrétaire Général de la CGT, affirme que vous estimez qu’on n’a pas besoin des corps intermédiaires, et qu’en conséquence vous avez une attitude monarchique. Raymond Soubie, invité du journal les Echos le 23 mars dernier, n’a pas l’air d'être d'un avis différent, en affirmant que vos prises de décisions se différencient de tous les systèmes antérieurs, particulièrement de ce que préconisait la loi Larcher de « modernisation du dialogue social » de janvier 2007. Que leur répondez vous ?

7) Plusieurs de vos propositions de réformes récentes suscitent des opposions parfois très affirmées. Nous nous en tiendrons à deux d’entre elles, celles concernant la justice et celle concernant le SNCF.

8) Justice.

A Pau, comme l’a rapporté le journal Le Monde du 11 avril, 250 avocats du barreau se sont engagés dans un mouvement de grève illimité contre la réforme de la justice, annoncée début mars par la garde des sceaux, Nicole Belloubet.

Le Texte prévoit notamment la fusion des tribunaux d’instance et de grande instance, le transfert de certaines compétences d’une Cour d’appel à l’autre dans une même région, la création d’un tribunal criminel départemental avec des juges professionnels pour désengorger les cours d’assises, ou encore le développement des plates-formes privées de médiation. ils craignent la disparition des petits tribunaux et des petites cours. Me Paulian le bâtonnier de Pau a parlé devant la chambre correctionnelle de « Privatisation de la justice », de « désert judiciaire »«d’ atteinte aux libertés individuelles »… Pouvez vous les rassurer ?

9) Réforme de la SNCF.

Une question préliminaire Mr le président. Votre projet de réforme, qui ne figurait pas – entre parenthèses- dans vos propositions de campagne, est porté par votre ministre des transports, Elisabeth Borne, qui paradoxalement a été durant des années en charge à la SNCF de la direction de la stratégie. Bernard Thibault, l’ancien responsable syndical, n’a pas manqué de relever ce paradoxe qui consiste à demander à la responsable à l’origine des échecs de la SNCF, de mener ces réformes. N’a-t-il pas un peu raison ?

Maintenant quelques questions supplémentaires.

La SNCF, c’est l’Etat. Un Etat seul actionnaire. Et cet Etat actionnaire touche des dividendes lorsque les comptes de la SNCF sont, soit déficitaires, soit bénéficiaires ? Est-ce normal ? Ne serait-il pas normal que cet argent participe à l’allégement de la dette de la SNCF ? Ne peut-on donc pas s’étonner de la duplicité d’un Etat qui réforme pour cause de déficit... un déficit qu’il a lui même contribué à aggraver ?

Autre illustration de la façon dont la dette de la SNCF ressort davantage de l’Etat que du statut de cheminot. Un statut d’ailleurs régulièrement revu à la baisse depuis 10 ans. La presse à écrit fin mars que « L’Etat annonçait une commande de 100 rames de TGV à Alsthom. Bruno Le maire affirmant : « En tout état de cause la décision est prise, elle sera effective ». Que pensez vous de l’état d’esprit des Français pris entre une telle annonce et ce qu’ils entendent chaque jour sur cette société nationale déficitaire, donc mal gérée et souffrant du statut supposé privilégié de ses employés. ?

10) Mr le Président. Depuis quelques décennies, on assiste régulièrement à un dénigrement de la puissance publique, supposée mal fonctionner, de ses agents, supposés privilégiés, le tout débouchant sur des mesures d’austérité, d’allégement du nombre de ces agents, avec toujours derrière, l’affirmation que le management privé serait meilleur, que privatiser serait la solution. Peut-on le croire vraiment ? Ou ne s’agit il pas de donner au privé ce qui lui a toujours échappé, les activités de service public. Et chaque fois que cela se produit, n’est-ce pas sacrifier l’intérêt général défendu par le service public, au profit des intérêts privés. Ca été les autoroutes hier. Ce sera dit-on Aéroport de Paris et la Française des jeux bientôt. Y aura-t-il une fin à une tendance que les Français apprécient peu ?

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