Vincent Bebert. Une peinture tellurique.

Une monographie des œuvres du peintre Vincent Bebert, dirigée par le philosophe Yves Michaud, est sortie récemment aux éditions Somogy. Un artiste à découvrir. Ci dessous ma participation à cet ouvrage.

Vincent Bebert; Monographie © Collectif, sous la direction d'Yves Michaud Vincent Bebert; Monographie © Collectif, sous la direction d'Yves Michaud
Il y a dans la peinture de Vincent Bebert quelque chose que je qualifierai de tellurique. Des effluves, des émanations, un feu de création, des incandescences donnent, redonnent vie à un monde qui se découvre et qui se refuse. Un monde qui est à la fois le peintre et ce qu’il peint. Un peintre qui s’ouvre autant à lui-même qu’à autre chose, à la nature, tant il se l’approprie.  

Dans cette appropriation, il façonne comme une manière de peindre qui est sa marque. Sa forme pourrait-on dire. Son style. Une marque que nul ne peut copier. 

Il faut avoir vu Bebert travailler pour se rendre compte de la lutte qu’il mène. Une lutte libre, un corps à corps avec lui même, avec le ciel et la terre, avec tout élément qui concourt à ce qui doit naitre, à l’œuvre. 

Allez voir sur internet, sur You Tube, les quelques vidéos filmées par sa compagne, Florence. Vous y verrez Bebert et sa gestuelle. Une gestuelle dont l’énergie vient tout autant de lui même que des éléments qui l’entourent, ciel et terre, cosmos. Une osmose entre l’homme et la nature, voilà ce qui se joue devant nous. L’artiste, qui parfois semble en transe, c’est à dire en état de conscience élevé, est le chaman qui intercède pour nous auprès des  esprits de la terre, en vue d’une perception élargie. 

Oserai-je écrire qu’il y a comme une charge érotique émanant de l’artiste au travail ? Je suis certain que Lacan l’aurait dit, lui qui a écrit qu’on peut saisir le « plus-de-jouir » que libère et produit l’énergie érotique. Oui, l’énergie du peintre, entièrement portée dans son acte de faire, est un acte de création érotique. Il y a rencontre entre la matière du monde et la matière de l’inconscient du peintre. Ce que Pierre Jean Jouve écrit de façon plus accessible dans En miroir : « L’émerveillement procuré par l’art est la capacité de transfert subit vers l’objet, dans une aura de joie, donc dans un état érotique de haute valeur ».  Un transfert ou une rencontre qui débouche sur une création toute de poésie. 

Car il se dégage bien de la peinture de Vincent Bebert une grande poésie.

Pour ma part, je me contenterai de reprendre quelques vers d’un poème de Salah Stétié, dans Fièvre et guérison de l’Icône, poème dans lequel je trouve des mots qui pourraient évoquer la peinture de Bebert :

 

La terre est-elle immaculée ? La terre

Par les oiseaux écrite

Et revenue à l’ombre de bleu pur

Puis réservée à la brumeuse brume

Avec les anges déchirés des paupières

Leur aile ouverte grande

Sur le sommeil du cœur

Comme une larme une goutte qui tombe

 

Alors, ce qui nous est donné à voir, l’œuvre achevée, signe un retour à la paix, même si les forces telluriques sont là. Les couleurs sont en place, les transparences rendent les noirs habitables, le dialogue avec le spectateur peut s’installer, pour longtemps. 

Le peintre est revenu au port du poète, comme l’a écrit Jean Amrouche dans Propos improvisés,  dialogue avec Giuseppe Ungaretti : « C’est un fait que le poète croit toujours revenir à un port. Un port de lui seul connu, et qui serait en quelque sorte la source même de sa poésie. Et cette source est cachée, à peu près inaccessible. Puis il retourne et disperse ses chants dans la lumière, il les donne. »  Vincent Bebert disperse ses images dans la lumière, il les donne. Dans un échange destiné à durer. 

 

Bernard LEON

 Les autres textes de cette monographie sont de Yves Michaud, Alexandre Hollan, Alain Madeleine-Perdrillat, accompagnés de fragments d’un dialogue de Vincent Bebert avec le peintre Sam Szafran.

 L'ouvrage se trouve ou peut être commandé dans toutes les bonnes librairies. A paris chez Tschann, 125 Boulevard du Montparnasse. Tel: 01 43 35 42 05.

 

 

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