« C’est l’heure du « trou de souris » pour Hollande » lit-on dans Libération. Mais quel est la chat qui va en faire son déjeuner plutôt que d’aller à la pèche ? Le peuple, comme en Angleterre pour le Brexit, ou pour l’élection de Trump, repoussant l’idole des élites, Hillary Clinton ? On attendra pour voir. Mais toutes les raisons sont déjà là pour que sa tète tombe dans le son de l’isoloir. L’inoxydable Sarkozy n’y avait pas échappé. Et il ne suffit pas de copier Mitterrand pour réussir a en être le clone.
Néolibéralisme et Démondialisation
Oui, comme Emmanuel Todd l’avait pressenti pour l’URSS hier, et pour les USA aujourd’hui*, les tenants du néolibéralisme peuvent chuter en France en 2017. Et les partisans de la Démondialisation pourraient l’emporter, nonobstant le journal Le Monde, qui les fustige dans ses éditoriaux.
Ce qu’ Aurélien Bernier, collaborateur régulier du Monde Diplomatique, montre clairement dans son livre « La Démondialisation ou le chaos », publié aux éditions Utopia**. Il l'explique par l’impasse où nos démocraties sont arrivées au travers de quelques exemples dont celui de la Grèce : « Même un gouvernement progressiste ne peut plus visiblement se soustraire à l’ordre mondial ».
Ecrit avant l’élection de Trump, son ouvrage listait bien le fait que « Faute d’avoir le choix, on participe au système néolibéral, sans pour autant adhérer à ses principes de compétition acharnée, d’injustices et d’inégalités, sans cautionner ses crimes et sa barbarie ». Mais à la fin, le saut dans l’inconnu finit par être non pas la solution, mais la réaction inéluctable du peuple asphyxié. Le Vote pour le Brexit et l’élection de Trump éclatent comme un coup de tonnerre dans les médias étonnés, soudain apeurés que les citoyens se mettent à penser : « Pourquoi ne pas tenter la même chose demain ? ».
C’est que pense aussi Thomas Piketty qui écrit dans Libération : « Il est urgent de réorienter fondamentalement la mondialisation ».
Quel homme de droite, engagé dans les primaires, osera remettre en cause sa pensée idéologique ? Aucun. Il suffit de lire leurs programmes. Et quel homme de gauche au pouvoir est à même de freiner son ardeur ? Aucun. Ainsi, de Michel Sapin, qui, alors que les députés ont durci la fiscalité des actions gratuites demande à la majorité de changer d’avis en deuxième lecture.
Comme l’écrit Emmanuel Todd : « Le modèle français, ce n'est pas le modèle d'une élite qui lâche lorsqu'il est encore temps, c'est celui d’une élite qui se fait couper la tête ». Le bourreau électoral est-il secrètement en train d’aiguiser la lame de la guillotine ?
C’est possible, car nos politiques n’ont pas le temps de lire les analyses pertinentes, comme celle de Pierre-Yves Geoffard de l’EHESS, qui reconnait dans Libération*** que « l’urgence est d’apporter une réponse progressiste au désarroi populaire. Car si les seules créations d’emplois sont, en haut de l’échelle, destinées aux plus mobiles et qualifiés et, en bas de l’échelle, constitués de petits boulots précaires, la crainte du déclassement est justifiée, tout comme le vote qui se tourne vers les seules propositions prenant acte de cette peur ».
Le hasard d’un rangement m’a fait tomber sur les journaux que j’avais mis de coté au moment des élections de 2012. Toutes les raisons du vote annoncé pour 2017 y figurent déjà en quelques jours. Car on se demande quelles actions ont suivi les belles paroles alors prononcées. Comme celles de Hollande à Tulle le 6 mai : « Certains (de ceux ayant voter pour lui) avaient eu tant de déceptions, les mêmes tant de souvenirs cruels. Je suis fier d’avoir été capable de redonner espoir. J’imagine ce soir leur émotion ». Qu’imagine-t-il aujourd’hui ? Où encore ces mots : « Chacune et chacun, dans la République, sera traité à égalité de droits et de devoirs. Aucun enfant de la République ne sera laissé de coté, relégué, discriminé (…) Trop de fractures, trop de blessures, trop de ruptures, trop de coupures ont pu séparer nos concitoyens, c’en est fini ».
A 6 mois de la fin du mandat de Hollande, qui pense aujourd’hui que ses paroles étaient vraies, sincères, inspiratrices d’applications. Pas un Français ne le pense. L’espoir promis a été enterré, il a fallu attendre 54 mois pour que le Conseil d’Etat finisse par condamner le contrôle au faciès que Hollande avait promis d’abolir mais qu’il n’a pas eu le courage d’imposer. Pour les droits et les devoirs rien n’a changé. 54 mois de mandat et Balkany circule toujours impuni dans les rue de Levallois. N’avait-il pas dit en 2012 après l’élection de Hollande : « On est blindé, on en a vu d’autres ». En effet. Blindé au as le Balkany et sa Baraka marocaine. Pendant ce temps comment est traité « le peuple d’en bas » ? Je vous laisse répondre. Quand aux enfants de la République qui ne seront pas "laissés de coté", ils viennent de vivre 54 mois de bonheur sous Hollande, jamais discriminés, dans l’emploi, dans la rue. Il attend qu’ils votent pour lui ?
Pour un patriotisme de décolonisation.
Qui osera à gauche marcher dans les chaussures d’un Bernie Sanders qui soutient un élu musulman pour la présidence du parti démocrate; avoir le courage d’oublier son investiture à venir pour les législatives pour s’affirmer, avoir le courage d’annoncer la reconstruction de la gauche, avoir le courage de réguler l’argent des élections en France, de s’engager et de proposer un jury citoyen pour suivre la mise en action de ses promesses politiques ?
Qui aura le courage de répondre au peuple abandonné? Celui de mettre en place des mesures s’opposant au libéralisme de Bruxelles, de plus ou moins démondialiser ? Celle ou celui qui engagera le combat intellectuel destiné à former et à engager les citoyens sur un combat de progrès, puis à entrer dans un combat électoral, nous dit Aurélien Bernier dans son ouvrage ?* . Ajoutant que le première étape est de cesser de croire que la rupture nationale est incompatible avec l’internationalisme. Mais qu’il est le seul à permettre, aujourd’hui encore, une prise de pouvoir démocratique. Et que cela impose de sortir de la domination des firmes multinationales. Et de réveiller un patriotisme de compétition, l’idée que la France puisse reprendre une place centrale dans l’Histoire, en mettant fin à la domination du capitalisme, ce qui demande un puissant moteur de changement, comme l’a été le patriotisme des mouvements de décolonisation en Afrique et en Asie au XXe siècle.
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*** http://www.liberation.fr/liseuse/publication/15-11-2016/1/#1528324