Coronavirus Crise sanitaire et morale

Cette crise du coronavirus n’est pas qu’une crise sanitaire, c’est aussi une crise morale. En ce sens qu’elle éclaire deux choses, la faillite morale d’un monde ancien, et le besoin d’un retour à une morale, que l’utilitarisme technique et financier n’a cessé de réduire au cours des 40 dernières années...

Cette crise du coronavirus n’est pas qu’une crise sanitaire, c’est aussi une crise morale. En ce sens qu’elle montre bien deux choses, la faillite morale d’un monde ancien, d’une ancienneté que certains ne demandent qu’à poursuivre, et le besoin d’un retour à une morale, que l’utilitarisme technique et financier n’a cessé de réduire au cours des 40 dernières années, pour mieux affaiblir la gestion du bien public, dans l’espoir de se l’approprier après faillite des solidarités.

 

Le règne de l’avoir ayant déchu la possibilité d’être, c’est la société tout entière, le monde tout entier, qui, gagnés par le virus du court terme, ont été entrainés dans la pandémie du coronavirus, d’où qu’il soit venu, animal porteur ou erreur de laboratoire.

 

Le mal est lié à l’énigme d’un surgissement a dit le philosophe Paul Ricoeur. Alors d’où vient le mal qui nous frappe. Il vient, en ligne directe, d’un libéralisme tombé dans l’ultra de son dépassement, d’un capitalisme tombé dans l’ultra de son exacerbation, et d’une théorie économique qui a fait croire qu’elle pouvait être utile, maquillée de mathématique et de chiffres, par l’école de Chicago et toutes les écoles qui s’en sont inspirées, comme celle de Tirole à Toulouse.

 

Car dès lors que la finance s’est trouvé libérée, qu’elle a franchi les espaces du monde sans contrôle, qu’elle a copulé avec les grands groupes qui, d’internationaux sont devenus mondialisés ; dès lors que ces groupes sont devenus plus armés que les États, en matière d’influence ; dès lors que les partis politiques se retrouvaient désarmés, qu’a-t-il resté aux hommes politiques à faire d’autre, que de plier genou à terre et de faire allégeance, puis encouragés souvent par la corruption, de déconstruire, pièce par pièce, ce qui avait été une construction commune,  l’utopie des jours heureux, l’État social, la solidarité. N’est-ce pas Monsieur Denis Kessler ?

 

La lecture des philosophes peut être bonne pour y voir clair dans ce qui advient. Allant voir ce que mes livres disaient du mal, je suis tombé sur cette phrase trouvée dans l’introduction du « Mal » de Paul Ricoeur, écrite par Pierre Gisel : « La question qui n’ a cessé d’accompagner Ricoeur , tout au long de sa réflexion et de ses travaux philosophiques : la réalité du mal comme mise en cause d’une certaine manière de penser »

 

Il nous faudra promptement nous pencher sur ces manières de penser au sommet du système, qu’il nous faudra payer demain, au-delà des malades et des morts d’aujourd’hui. Une manière de penser qui fut aussi la nôtre, citoyens consommateurs. Des manières qui ne semblent pas avoir disparues, quand on observe écrits et paroles de quelques futurs Jupiter.

 

Je laisse le tir final à Guilhem Causse, qui a écrit hier soir dans la lette de la revue Études* ceci : « les économistes, actionnaires et banquiers ont poussé à délocaliser des pans entiers de productions vitales et à soumettre hôpitaux et recherche aux lois du marché. Quant à nous, n’avons-nous pas voté sans assez réfléchir, acheté à bas prix, ignorés les appels des soignants, des associations d’aide aux exilés... L’Europe de la recherche médicale est en ordre de marche tandis que celle de l’économie peine à se remettre en cause. Gageons – mais cela ne sera pas sans la participation d’une majorité d’entre nous – que comme l’utopie d’une Europe sans guerre et plus fraternelle avait pu devenir réalité après la seconde Guerre mondiale, celle d’une Europe plus respectueuse des autres continents et de l’environnement, naitra de cette crise. N’y a-t-il pas parmi nous, de nouveaux De Gasperi Schumann, Monnet et Adenauer ?

 

Plusieurs articles méritent votre lecture dans cette lettre qui me semble en accès libre.

https://www.revue-etudes.com/article/notre-part-a-l-oeuvre-commune-guilhem-causse-22588

 

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