Jean Lasalle. La longue marche de l’espoir politique.

Avant de reprendre son chemin sur ce tour de France à pied qu’il a entrepris en avril, mené  par une intuition forte qui le porte à la rencontre des citoyens, Jean Lassalle a voulu faire étape à Paris pour rendre compte, ne pouvant plus garder pour lui seul ces paroles entendues et qu’il a commencé à recueillir dans des « cahiers d’espoir ».

De l’urgence.

Nous vivons dans un monde d’urgence, de court terme, de nanosecondes, dans lequel plus rien ne peut se construire à partir d’une réflexion qui ne prend pas son temps.

 La spéculation financière se fait « à haute fréquence » par des systèmes automatisés. Dans la nanoseconde. Conséquences, un krach éclair en 2008. 900 milliards de dollars disparus en 20 minutes.

Les actionnaires des grands groupes internationaux ont pris le pouvoir et exigent des rendements élevés et rapides des entreprises. Comme on dit, le court terme à remplacer le long terme. Et pour y arriver les entreprises  sacrifient une partie de leurs investissements et la qualité des emplois.

Les expressions les plus lues dans les médias sont : « programme d’urgence », « l’urgence écologique », « une urgence économique », « l’urgence énergétique », etc.

L’urgence est partout. Elle s’impose. Elle nous gouverne.

Conséquence, comme le dit le député du MoDem, Jean Lassalle, « l’Occident, l’Europe, les pays qui ont fait le pas de la démocratie ne vont pas bien ».

Dans l’urgence on ne prend pas les bonnes décisions. La crise de l’euro en est un bon exemple.

Dans la crise, et l’urgence de la crise, les solidarités  explosent, les égoïsmes prennent le dessus, les décisions prisent un jour sont revues dès le lendemain. On s’agite à l’intérieur du champ et, comme le dit dans son langage imagé cet élu que certains jugent hétéroclite: « On a fermé la barrière après que le cheval soit sorti ».

Et cette urgence qui empêche, elle entrave jusqu’au travail du député, qui souffre de n’avoir pas le temps de pousser les dossiers liés à son territoire, de voir, bien souvent, son temps de parole limité à deux minutes, de devoir courir entre sa circonscription et Paris, cette capitale si loin de ces provinces qu’on n’y entend plus les citoyens. Paris, l’édredon qui étouffe.

Et de la marche. Pour une politique de l’écoute.

C’est un peu tout ça qui a poussé Jean Lassalle, seul député du MoDem, sur les chemins et les routes de France pour une marche à la rencontre des citoyens.

« Une crise terrible et profonde accable notre pays, suscitant le repli sur soi, et générant une profonde angoisse qui distend jour après jour nos liens sociaux, parfois les plus intimes ».

« Face aux questions qui inquiètent les Français, j’ai décidé de me rendre à pied à la rencontre de ceux que l’on n’écoute plus. J’estime qu’il y a beaucoup à faire hors de l’hémicycle et qu’un énorme travail doit être entrepris pour essayer de répondre aux aspirations de nos concitoyens.», a-t-il déclaré le 9 avril 2013 à l’Assemblée nationale, avant de se mettre en route.

Ajoutant : « cette marche, empreinte d’humilité mais déterminée, est guidée par le souci d’entendre la souffrance, le doute, mais aussi les aspirations et l’espoir des Français. Elle est mue par la conviction que le jour où l’Homme retrouvera l’Homme, chemin faisant, paisiblement, ils reconstruiront un dessin partagé. ».

Après 1300 km parcourus à travers le nord de la France, il a trouvé nécessaire de faire son premier rapport d’étape samedi 15 juin, dans une salle du palais Bourbon. Une salle remplie d’adhérents du Mouvement Démocrate et de citoyens sans carte politique, venus l’écouter.

L’Homme. Cette aventure meurtrie.

Au long de ses 1300 km, Jean Lassalle a rencontré chaque jour plusieurs dizaines de personnes, des hommes, des femmes, des jeunes ; travailleurs, entrepreneurs, élus ; et a recueilli, « loin des joutes politiciennes », dans ces conversations engagées, des témoignages, prolongés par les « Cahiers de l’espoir »,  bientôt consultables sur Internet.

Inspirés des cahiers de doléances, ces cahiers se sont imposés à lui au fil de sa marche. Ils sont, dit-il, « un appel à la créativité, à la richesse, au dynamisme des femmes et des hommes qui font notre pays ».  Des cahiers, rédigés individuellement ou en groupe, pour réfléchir ensemble sur ce qui paraît essentiel aux gens. Des paroles de citoyens qui seront utilisés par Jean Lassalle pour en sortir des propositions. « Pour dégripper le moteur en panne ».

Qu’a-t-il entendu au cours de cette longue marche ? Tout d’abord, des citoyens meurtris,  qui ne se sentent pas écoutés, en colère face à cet État qui disparaît de leur paysage.  Des hommes et des femmes qui, trouvant qu’il n’y a plus de ligne, ne savent plus où ils sont, ni qui ils sont.

Et Jean Lassalle nous met en garde contre ce degré d’exaspération qui met sous pression le pays tout entier. « La cocotte-minute est au bord de l’explosion » lui a confié une femme, comme l’a rapporté le Républicain Lorrain, qui poursuit dans son article du 12 juin « l’élu suscite une sympathie aux antipodes du ‘’ tous pourris’’ si complaisamment décrié ».

Ce qu’il entend à propos des hommes politiques sur ces routes de France c’est : « On vous déteste ». « Vous faites des campagnes comme si rien n’avait changé ». « Vous nous prenait pour des demeurés ».

Il n’y a plus rien qui fasse lien a constaté Jean Lassalle dans son périple. Les gens ont peur. Inexplicablement ils ont même peur désormais de leurs voisins lui ont-ils confié.

Et  qu’a-t-il entendu sur l’Europe ?  Il a trouvé peu de gens pour la défendre. « La France va prendre ses ordres à Bruxelles » est ce qui revient le plus souvent. Inquiétant pour l’année prochaine si nos élites ne réagissent pas.

Mais rien n’est peut-être totalement perdu, rajoute-t-il, « car au bout d’un moment d’écoute, après avoir pu se confier librement, on sent bien que tous ces gens ne demandent qu’à espérer ».

« On ne sait pas où conduira votre action disent les gens, mais surtout ne déformez pas nos propos, dites la vérité ».

Avant de reprendre son chemin, mené par une intuition forte qui le porte, Jean Lassalle nous a dit  que malgré tout il gardait confiance. « Je pense qu’il y a des solutions qu’on n’a pas explorées ».

 

Jean Lassalle, où la longue marche de l’espoir politique.

 

 

Voir :

 http://www.ledeputequimarche.fr/blog/

et

http://la-marche-2013.over-blog.com

 

 

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