Zaki Laïdi Théorise un Macron préparateur

On dit de Zaki Laïdi qu’il s’est engagé en faveur d’une modernisation de la gauche française. Modernisation signifiant, quand on regarde ce qu’il écrit, alignement pur et simple sur les principes néolibéraux de la mondialisation. Si pur que le voilà membre de la République en marche, après avoir été l’inspirateur da la troisième gauche verte lancée par Cohn-Bendit en 1999.

On dit de Zaki Laïdi qu’il s’est engagé en faveur d’une modernisation de la gauche française. Modernisation signifiant, quand on regarde ce qu’il écrit, alignement pur et simple sur les principes néolibéraux de la mondialisation. Si pur que le voilà membre de la République en marche, après avoir été l’inspirateur da la troisième gauche verte lancée par Cohn-Bendit en 1999.

 

Gauche, troisième gauche verte, macronisme, on se demande où on risque de le retrouver dans quelques années. La tribune qu’il vient de confier au Monde pour défendre le talent de « réparateur » de Macron, en donne une idée. Encore plus à droite que ce centre droit auquel il semble appartenir aujourd’hui, puisque c’est là qu’il positionne la politique économique du gouvernement : « La politique économique du gouvernement trouve son centre de gravité au centre droit » ?

On peut le supposer puisqu’il n’hésite pas à reconnaitre aussi, sans peur de se contredire, que « nombre des mesures prises depuis juin relèvent du programme de la droite ».

 

Macroniste du jour, donc, ce que justifie sa phrase : « La gauche et la droite ne constituent plus des ensemble homogènes », mais Macroniste trouble, puisqu’il avait écrit quelques lignes plus haut : « Le clivage droite gauche ne s’est pas volatilisé ».

 

Et pour ceux qui ayant lu le livre de Macron, « Révolution », s’attendait à une rupture, Zaki les renvoie à leurs chères études. Peut être à Sciences Po, où il enseigne lui même.

« On peut dire que Macron concrétise une réalité en gestation depuis dix ans : la convergence croissante entre le centre gauche et le centre droit sous l’effet de la globalisation ».

 

Attendez vous après ça à autre choses que des lendemains qui déchantent.

Mais il faut bien avoir l’air de comprendre ce qui se passe. Donner une signification au monde auquel on appartient, surtout quand on est militant enseignant.

 

Vous apprendrez donc que la force de la France était d’être un Etat réparateur. On réparait les dégâts de la maladie, les dégâts du chômage… mais que ce modèle réparateur est ébranlé. Pour des questions d’inadaptation « à un monde nouveau fondé sur l’innovation », où : « les inégalités naissent en amont et dés le plus jeune âge ».

 

Devant un mur ébranlé, vous faites quoi ? Vous l’étayez, faites appel à un maçon, consolidez, ou abattez pour reconstruire. Zaki Laïdi propose fort justement de s’attaquer à la source des inégalités qu'est notre mauvais système de formation, à la source des insuffisances de notre système de santé, qui tient à un « dispositif de prévention insuffisant ».

Est-ce si nouveau ? Il me semble avoir lu cela bien des fois depuis que je m’intéresse à la vie de mon pays. Mais jamais suivi du moindre effet. La faute à la malchance. Qui s’inscrit dans les changements de gouvernements, de députés, d’experts, de mode, de défaut d’évaluation financière… Que sais-je encore ?

 

Mais Zaki Laïdi est optimiste. « Tout l’enjeu pour Macron est donc de faire passer la France d’un système qui répare à un système qui prépare. Là, l’auteur est satisfait. Je le sens. Moi même à sa place je le serais, car une bonne formule est toujours appréciée. Signe d’intelligence. Dont ne manque pas Laïdi, puisqu’il trouve que la démarche du Président « est en tout point conforme aux thèses de la Prédistribution très en vogue dans la gauche américaine ». Alors, si c’est en « vogue », vogue la galère.

 

Car si la République en marche, si le premier ministre, si Macron, sont dans cette vogue là, il y a tout à parier que le manège ne tournera pas longtemps. Les belles idées ne suffisent pas. Il faut encore se donner les moyens pour les faire appliquer. Et les moyens, Macron ne se les donne pas. On l’a vu pour le projet de classes à effectifs réduits d’élèves, qui a tout simplement finit par déshabiller l’école de Pierre pour habiller l’école de Paul. Se les donner, ces moyens, voudrait dire faire rentrer dans les caisses de l’Etat l’argent de ceux qui trichent, qui ne payent pas l’impôt, qui ont des comptes à Singapour où autres lieux accueillants à la triche, ceux qui s’évadent fiscalement et ne veulent pas aller en prison, lorsqu’il sont pris. Et cela nous ne le verrons pas. 

On attendra encore longtemps l’ère de la « préparation ». Le projet Macron de réforme de l’université qui remet en cause l’idée même d’égalité, en période de disette budgétaire, en témoigne. Un projet qui ne sera en rien « préparateur » dans son application. Puisqu’il sera impossible d’accueillir, par manque de moyens, une population d’étudiant-e-s hétérogènes. Une partie ne franchira pas la porte.

Et que restera-t-il à faire alors, sinon à « réparer », Monsieur Laïdi ? Quant aux élèves des grandes écoles, ils bénéficieront toujours des largesses financières de l’Etat.

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.