Les mots. A l’hôpital… et ailleurs.

Ces termes qui envahissent aujourd’hui le quotidien des praticiens, en particulier les responsables d’équipes... Demain, les praticiens doivent reprendre la main sur les administratifs, ces Pangolins de la langue.

« Écrit d’une plume élégante, l’essai (L’hôpital, une nouvelle industrie), du professeur Velut, neurochirurgien au CHU de Tours, est jalonné de ces termes qui envahissent aujourd’hui le quotidien des praticiens, en particulier les responsables d’équipes : « nouvelle gouvernance », « mutualisation », « problématique », « organisation managériale », « business model », « processus innovants », « optimisation des pratiques »… L’auteur évoque ces tombereaux de graphes, algorithmes, formulaires, courriels, tableaux Excel, qui viennent polluer la pratique de spécialistes qu’il préfère, lui, comparer à des « artisans ». La sacro-sainte « gestion » – des stocks comme des humains – n’en finit pas de parasiter « l’estime envers le flair, l’œil et la main », souligne le chirurgien. » (Extrait d’une chronique de Fréderic Potet dans Le monde du 23 mars.).

En bref, la langue est malade. Stéphane Velut en fait le diagnostic. Le virus de cette langue est la loi du « management », véhiculé par les conseillers en gestion et communication, avec l’animal relais, le Pangolin administratif.

« Le corps administratif a repris la main sur le corps empathique (les soignants), écrit le professeur Velut.

Publié en janvier 2020 chez Gallimard, son petit livre (3,90€) est utile à l’heure où le Coronavirus montre la limite de ce qui était imposé au système de santé français.

Un exemple : 100 000 personnes testées pour le Covid 19 en une semaine en Allemagne. En France seuls les cas sévères sont testés. 6 lits de soins intensifs pour 1000 habitants en Allemagne, 3,1 en France. Etc.

On attend le Président.

Mais l’espoir est là. Emmanuel nous a dit qu’il avait compris. Il a même promis dans son allocution aux Français, des « décisions de rupture ». Mais là encore il y a le jeu des mots. Ce qu’on met dedans. La façon dont on les presse. Macron nous a bien donné à lire son livre « Révolution » en 2016 ! On l’a attendu. En vain.

Il écrivait : « Notre monde a donc, au fil des décennies, vu les logiques marchandes et financières prendre le dessus. Et les États sont devenus des bureaucraties qui tentent de résister ou d’accompagner cette réalité économique sans en avoir la pleine maitrise ». On le trouvait bon analyste. Et on a attendu. Ou plutôt, on a vu la vanité des mots, leur aspect « poudre aux yeux ».

On attend donc de sortir du confinement pour voir s’il y aura vraiment un après Coronavirus. Et voir si les mots en ressortent guéris, à l’hôpital et ailleurs. Et voir si les actes du Président sont enfin conformes à ses mots.

 

 

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