Koons défendu par les truffiers de l’art.

Le monde des riches collectionneurs d’art, des quelques galeries qui les approvisionnent, des conseillers artistiques qui les assistent, est un monde discret et feutré. Pas si discret que ça, car le voilà sorti du bois, ce monde là, pour défendre le plasticien Jeff Koons et son don à la ville de Paris d’un bouquet de tulipes géantes, bouquet fort décrié par ailleurs.

Le monde des riches collectionneurs d’art, des quelques galeries qui les approvisionnent, des conseillers artistiques qui les assistent, est un monde discret et feutré. Pas si discret que ça, car le voilà sorti du bois, ce monde là, pour défendre le plasticien Jeff Koons qui, sollicité par l’ambassade des USA, a souhaité offrir à la ville de Paris une sculpture géante, en hommage aux victimes des attentats. Une initiative jugée choquante et malvenue par de nombreuses personnalités du monde culturel.

Des textes ont circulés, repris dans les médias, longuement argumentés, critiquant tout autant la façon dont l’affaire a été menée que le choix de l’artiste, le choix de l’œuvre, l’emplacement où elle devrait être mise en place. Le groupe de défense du projet, qui s’est exprimé dans le monde daté du 23 février, se garde bien d’y faire écho, sauf à écrire que: « Il faut accepter ce qui nous est offert… Au lieu d’accepter… nous voilà repartis pour un grand débat dont nous avons le secret ».

Un grand débat dans lequel ils se gardent bien de rentrer, justement. Ils préfèrent s’en tenir à une série de généralités bien pensantes, « Le peuple américain a souhaité réitérer son soutien et son amitié au peuple français », « Jeff Koons a souhaité offrir à Paris un bouquet de fleurs… un message d’espoir. Paris cité du savoir vivre, de l’hospitalité et de l’ouverture doit accepter ce geste », « Il faut accepter ce qui nous est offert, avoir l’élégance de savoir recevoir avec reconnaissance », « Peut être est-ce le moment pour Paris de renouveler son pacte séculaire avec les artistes », « Acceptons ce Bouquet of Tulips, magnifique geste de générosité transnationale », etc.

En dehors des mots utilisés, « savoir vivre », « élégance », ceux des salons chics des beaux quartiers, des ambassades, des galeries réservés au 1%, du marché de l’art, ou plus justement au milieu de l’art marchandisé, pas une seule bonne raison en faveur de l’oeuvre n’est avancée. On était en droit d’attendre un jugement sur celle ci, sa réussite plastique, son adéquation aux victimes auxquelles elle est censée rendre hommage, on aurait aimé sentir l’émotion qui en émanerait. Rien. Il n’y a rien dans cet appel qui nous retienne.

La seule justification est à extraire d’entre les lignes. Il ne s’agit rien d’autre, pour quelques personnes du « milieu » de l’art contemporain, que de pousser l’artiste Jeff Koons, le plus cher du monde, en France, où il est peu apprécié.

Et cela au frais des citoyens, pour un montant d’environ 2 millions d’euros, car Koons n’offre pas à Paris une œuvre, il en offre le concept, à charge pour des mécènes anonymes d’en faire réaliser la fabrication en Allemagne, sur fond de défiscalisation.

 

A un moment où la marchandisation de l’art par quelques uns, entre autres en France par messieurs Pinault ou Arnault, atteint des sommets, il est bon de saisir l’affaire Koons pour enfin revenir à une défense de tous les artistes sans exception. Cela passe par la dénonciation d’un entre –soi d’oligarques richissimes, plus aptes à bâtir leur image sur l’argent du contribuable que sur leur propre cassette.

 

 

PS.

J’ai emprunté l’expression « Truffiers de l’art » à la journaliste du Monde, Nicole Vulser, dans son article du 16 février.

 

 

 

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