Hollande, Borloo, Bayrou. Unis dans l’erreur.

François Hollande, homme de gauche, n’a servi ni la France, ni la République, ni la Démocratie, dans sa peur, et de l’extrême gauche, couleur Mélenchon, qu’il a supposée redoutable, et du monde de la finance, dont il disait qu’elle était son véritable ennemi, mais qu’il n’a pas voulu affronter.

François Hollande, homme de gauche, n’a servi ni la France, ni la République, ni la Démocratie, dans sa peur, et de l’extrême gauche, couleur Mélenchon, qu’il a supposée redoutable, et du monde de la finance, dont il disait qu’elle était son véritable ennemi, mais qu’il n’a pas voulu affronter.

La peur de l’extrême gauche, et les positions idéologiques figées de certains, dans son propre camp, l’ont empêché de travailler, d’une façon ou d’une autre, avec le seul homme, François Bayrou, qui pouvait lui apporter ce renouveau de la pratique politique qu’attendaient tous les français.

Quant à la finance, l’histoire retiendra certainement qu’il a eu peur de sa puissance. Mais Mitterrand lui même ne la craignait il pas ? A la décharge de ce dernier on dira qu’il n’avait pas eu cette opportunité de pouvoir réformer la banque et la finance à partir d’une crise  financière mondiale et européenne sans précédent.

 

Jean-Louis Borloo, par ses atermoiements incessants dans sa pratique politique ancienne, mais aussi pour les présidentielles, n’a servi ni son camp, celui de la droite, ni ce centre qui ne peut vivre par lui, puisqu’à ses yeux il ne peut être que de droite, ni la démocratie, qui ne peut exister lorsqu’on l’insulte par des pratiques bassement politiciennes ou affairistes. Sans parler de certaines personnes peu recommandables, sur lesquelles  il s’appuie ou est contraint de s’appuyer, comme dans ce département des Hauts-de-Seine où son parti est présidé par le sulfureux Santini.

Et ce n’est pas ce qui se passe à Paris, où ses rapports avec NKM fluctuent au gré des investitures, qui va améliorer les choses. Le voilà furieux contre la part trop belle faite à Marielle de Sarnez et au MoDem. Et par voie de conséquence contre François Bayrou, trouvant, comme l’a rapporté un quotidien du soir, que « Trop de Modem tue l’accord ». L’accord passé entre lui et Bayrou pour rapprocher leurs partis et créer « l’Alternative » aurait il vocation à connaître la dissension ?

 

François Bayrou, enfin, ne se sort pas mieux que Hollande et Borloo des 18 derniers mois post- Sarkozy. Battu en brèche par la gauche, qui ne lui a pas tendu la main, et par la droite, qui ne lui pardonne pas d’avoir voté Hollande, a-t-il eu peur que Borloo n’occupe tout le terrain du centre avec la création de l’UDI ?  C’est possible. Nonobstant le fait que Borloo,

oublieux de ce que l’intérêt d’un centre repose avant tout sur son esprit d’indépendance, de tolérance et de conciliation, ait affirmé que l’UDI ne pouvait s’allier qu’avec la droite.

D’où ce rapprochement entre les deux hommes qui, à la surprise générale et surtout de celle de leurs militants respectifs, ont annoncé la création d’un rassemblement UDI/MoDem appelé l’Alternative.

Que Borloo, qui nous a accoutumé à ses velléités politiques s’y soit risqué, rien d’étonnant.

Mais que Bayrou, dont chaque livre, chaque discours, chaque parole, depuis plus de sept ans  portent plus qu’un programme ; un projet d’espoir, une vision qui veut changer le destin de notre pays, construire un nouveau modèle de société, s’y soit risqué, est chose plus étonnante. Des voix s’élèvent pour pointer une vraie faute tactique de sa part.

N’était il pas devenu au cours des derniers mois cette conscience éclairée que tous les journalistes interviewaient, cette voix qu’on entendait souvent au matin à la radio, distribuant bonnes et mauvaises notes.

L’Alternative annoncée, sa voix s’éteint presque, et si elle parvient à se faire entendre, ne la voilà-t-elle pas comptabilisée, désormais, avec les voix de l’opposition.

 

Frondes électorales.

 

Au cours des sept dernières années des femmes et des hommes, par milliers, l’ont accompagné. L’UDI, à sa création, a récupéré les militants les plus à droite. Restent à ses cotés les fidèles de l’idée centriste, ceux qui partagent son pluralisme d’inspiration, son sens de la justice et de la morale en politique, la nécessité de faire l’union pour sortir de cette crise qui nous tue.

 

Et voici l’erreur, virtuelle, que constitue le changement de cap de François Bayrou devenir très réelle, dans ces tractations d’avant élections que lui impose l’UDI ou la droite. Il y gagnera peut être la mairie de Pau, sauvera quelques élus ici où là, mais voici son image fragilisée, ses militants désorientés, sa parole discutée.

 

D’autant plus  que le voici subissant malgré lui des pressions qui l’entrainent à des renoncements qu’on n’imaginait pas possibles. Le voici, lui et ses proches, amenés à tenir des raisonnements qui se contredisent d’un jour à un autre, d’une région à une autre, d’une ville à une autre.

 

Il est ainsi dit à Saint Etienne que l’alliance à droite se justifie par  l’absence de réponses crédibles portées par le maire sortant, notamment en terme de non-cumul des mandats et de moralisation de l’action publique. Mais on refuse d’appliquer cette rigueur dans des communes des Hauts-de-Seine, y interdisant des alliances avec le PS contre des personnalités dont le cumul est le fonctionnement revendiqué, et la morale politique battue en brèche par des comportements parfois condamnés.

 

Mais, pour la première fois, des militants n’acceptent pas l’oukase. Ils reprennent à leur compte l’exigence que leur chef semble avoir oubliée. Ils n’acceptent plus les jeux traditionnels de la politique, ni les accommodements qui sont des renoncements. Ils ont cru à la parole entendue. Ils l’ont parfois portée lors d’élections passées. Ils sont peut être désormais les derniers à porter cette idée du centre qui ne vaut que dans l’indépendance.

« Car il s’agit en effet de voter sur des principes et non sur des hommes ». Ce qu’écrivait déjà Albert Camus le 28 aout 1945, ils le font leur aujourd’hui.

 

Unis dans l’erreur, Hollande, Borloo et Bayrou ne peuvent plus désormais pouvoir compter, pour rebondir, que sur des erreurs encore plus grandes. Le retour annoncé de Sarkozy en serait-elle une ? Ou sur des événements encore plus graves que ceux que nous avons connus.. Un succès du FN hors norme et l’éclatement de l’UMP, ou une crise européenne que d’aucuns annoncent régulièrement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.