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Billet de blog 27 janv. 2016

La Grèce révèle une Europe en phase finale.

« La commission doit examiner la possibilité de…* ». « Jean-Claude Juncker étudie des moyens d’assistance pour…* ». Depuis combien d’années entend-on ce genre de phrases à propos de tout, annonçant éternellement des actions qui, lorsqu’elles sont suivies d’effets, soit arrivent trop tard, soit sont inefficaces ? De l'Italie à la Grèce, c'est la même litanie européenne impuissante.

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« La commission doit examiner la possibilité de…* ». « Jean-Claude Juncker étudie des moyens d’assistance pour…* ». Depuis combien d’années entend-on ce genre de phrases  à propos de tout, annonçant éternellement des actions qui, lorsqu’elles sont suivies d’effets, soit arrivent trop tard, soit sont inefficaces  ?

Ces effets d’annonce concernent ces temps ci essentiellement le problème des réfugiés et des migrants. Hier l’Italie était concernée. Aujourd’hui, et en pire, c’est la Grèce.

Après avoir constaté que les responsables européens ont été incapables de résoudre à temps la plupart des questions qui se sont posées à l’Europe dans le passé, constatant aujourd’hui qu’ils se montrent incapables de proposer la moindre action appropriée dans la question des réfugiés, doit-on penser que s’en est fini avec cette merveilleuse idée d’une Europe pour la paix ?

C’est désespérant ! Mais chaque jour tend à donner raison aux eurosceptiques, et tord à ceux qui ont à ce jour, contre vents et marées, défendu l’idée européenne comme affirmation d’un nouveau modèle de concevoir les rapports entre les Etats et le progrès pour les peuples.

Les responsables politiques, que ce soit au niveau de l’Europe ou des Etats, semblent désormais incapables de faire face à leurs responsabilités. On pourrait en dire autant des hommes politiques des Etats-Unis comme de ceux d’autres pays. La faute à leur oubli du sens de leur mission et de l’éthique de leur engagement, à leur soumission, chaque jour plus évidente, à des intérêts privés, ceux des multinationales, de la finance et des banques.

Dès lors, l’absence de cohérence et de facteurs de convergence rendent impossible tout projet politique solidaire et la possibilité de répondre aux crises qui surgissent de tous cotés : crises économiques, sociales, religieuses, terroristes.

Et tout s’enflamme comme dans une réaction en chaine. La guerre d’Afghanistan, où les USA n’ont rien réglé, s'est prolongée par la guerre d’Irak, où leur intervention a relâché par milliers dans la nature les soldats de l’armée de Saddam Hussein, désormais sans emploi et sans avenir, disponibles pour toute aventure. De la guerre de Lybie, menée par la France et d’autres pays de la façon la plus inconsciente imaginable, on est passé à la Syrie, où des pays occidentaux ont appuyé des éléments de rebellions composites, au risque de s’y bruler les doigts. Ce qui n'a pas manqué d’arriver avec la création de l’Etat islamique par des rebelles jouant du fanatisme religieux comme arme de guerre pour créer un Califat qu’ils voient conquérir le monde des mécréants. Pour des raisons tactiques, l’Europe, terre d’immigration, leur paraît un lieu à investir, car s’y sont développé, sur fond de crise économique et d’aveuglement politique, des frustrations sociales qui débouchent d’un coté sur une montée des extrêmes droites racistes, et de l’autre sur un retour du religieux porté par les fondamentalismes. Tout cela se concluant par une explosion du nombre de migrants tentant de rejoindre à tout prix une Europe supposée florissante et accueillante, dont certains Etats ont encore une économie où l’emploi est à des niveaux attractifs.

Sauf que ces derniers pays, tout autant que les autres, sont pris dans un mouvement de rejet et de doute grandissant de leurs populations à pouvoir se montrer solidaires, aucune des crises qui les atteignent n’ayant été corrigée par leurs gouvernements.

On en arrive à l’accumulation des raisons de ne plus croire en la possibilité des hommes politiques au pouvoir à maitriser un présent en crise et à offrir un avenir mobilisateur. Les crises se succèdent donc en Europe aux crises, et sa situation est tout aussi explosive que celle du monde.

On passe de la crise politique, exacerbée par l’élargissement à des pays peu préparés, à la crise économique, exacerbée par celle des subprimes en 2008. On passe de la crise de la monnaie, qui met à jour, comme l’a souligné Michel Aglietta dans son ouvrage ‘’Un new deal pour l’Europe’’, « les facteurs de divergence qui ont entrainé les déséquilibres commerciaux et industriels de la zone euro », à la crise de l’euro puis à la crise grecque, gérée de notoriété publique da la façon la plus mauvaise possible, sous le pression des banques.

On passe enfin à ce qui risque de faire tout exploser, à la crise des réfugiés qui débouche inexorablement sur la fin de Schengen, la fermeture des frontières, et cette menace depuis hier sur la Grèce d’être mise en quarantaine.

En paraphrasant René Girard, qui a théorisé la crise mimétique des sociétés et sa solution par la victime expiatoire, on pourrait dire que les Etats européens cherchent à s’exonérer de leurs propres fautes sur un Etat souffre douleur, la Grèce, endossant leur responsabilité collective.

Un phénomène d’échec à relier à un autre, qu’on peut discuter par ces temps de débat sur la question de la laïcité, théorisé par Girard également, celui  de l’effondrement du dernier effort pour remplacer le religieux, celui des démocraties capitalistes, qui serait l’échec du scientisme. (Après celui du nazisme et du communisme).

Face à cette menace de mise en quarantaine par l’Europe, c’est la stupeur et la colère en Grèce. Ce doit être également la stupeur et la colère chez tous ceux qui depuis quelques années ont tenté de soutenir les grecs face aux pressions de la Troïka. Sauf qu’aujourd’hui, la parole européenne est encore plus irréaliste. Tout comme l’aide européenne a été quasiment inexistante pour l’Italie confrontée aux migrations par la mer, elle a été à ce jour inexistante pour la Grèce, confrontée à une migration de ce type, mais puissance 10.

Si l’Europe se révèle incapable d’apporter à une Grèce, déjà affaiblie, une aide financière, humaine et organisationnelle à la hauteur du défi migratoire, les conséquences ne manqueront pas de retomber sur les autres nations du continent. Et ce jour là, on peut prédire que c’en sera fini de l’Europe. A la grande joie de ceux qui le souhaitent.

Mais s’en sera fini également des cohésions nationales. On le voit bien dans ces débats exacerbés en France autour des questions de la laïcité, des religions, de l’identité, de la légitimité politique, de la démocratie, des valeurs de la République. Le feu gagne. Les pompiers sont les pyromanes. Quelle France, quelle Europe, allons nous pouvoir laisser à nos enfants ?

* In Le Monde du 27 janv. ‘’Schengen : La Grèce menacée de quarantaine’’.

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