Infantilisme à tous les niveaux

En ces temps dérisoires de triomphe d’un capitalisme où nous avons glissés dans le narcissisme consumériste, les âges humains sont nivelés vers le puérile. Nous vivons dans un éthos d’infantilisme provoqué. Dès lors, n’est-il pas normal que nos gouvernants ne nous apparaissent que sous cet angle ? Alors, se posent deux questions : que vont-ils faire ? Qu’allons-nous faire ?

En ces temps dérisoires de triomphe d’un capitalisme où nous avons glissés dans le narcissisme consumériste, les âges humains sont nivelés vers le puérile, a écrit en 2007 Benjamin Barber dans son livre « Comment le capitalisme nous infantilise », (Fayard). Nous vivons dans un éthos d’infantilisme provoqué. Dès lors, n’est-il pas normal que nos gouvernants ne nous apparaissent que sous cet angle ? Les décisions qu’ils prennent ne sont ni pires ni meilleures que celles que la plupart d’entre nous pourrions prendre à leur place. Ni pires ni meilleures mais puériles.

Soyons lucides, et sur eux, et sur nous. Nous qui avons voté, avec pour conséquences qu’ils se disent, dans leur puérilité, légitimes, comme nous avons feint, puérilement, de croire que notre vote était porteur de légitimité.

 

Bernard Stiegler nous l’a dit lui aussi, « le capitalisme a perdu l’esprit : la misère spirituelle y règne ». Pour qui aussi, dès la fin du XIXe siècle : « le capitalisme a constitué une nouvelle forme d’économie libidinale ». (Mécréant et Discrédit. 3. L’esprit perdu du capitalisme. Galilée.)

 

Pas étonnant, donc, que tout comme nous, ces « enfants du vide » qui nous gouvernent, pour emprunter ces mots à Raphael Glucksmann (« Les enfants du vide », (Éditions Allary, 2018), aient du mal à sortir de l’impasse dans laquelle ils sont, dans laquelle nous avons été mis, mais dans laquelle aussi nous nous sommes mis, ou avons accepté par paresse d’être mis. Paresse citoyenne, paresse militante, paresse sociale…

Je vous concéderai que nos gouvernants souffrent par ailleurs d’une pathologie supplémentaire par rapport à nous, l’amour du pouvoir, l’intempérance de l’hubris, comme on dit dans les livres, cette démesure de l’action où se mêlent passion et orgueil. Et c’est bien cet orgueil, cette passion d’avoir raison en tout, qui les trahit à nos yeux et nous les rend insupportables.

Alors, se pose une question : que vont-ils faire ?

Alors, nous devons nous poser une question : qu’allons-nous faire ?

Allons-nous les laisser faire en regardant ? Accepter sans discussion que soit votée demain à l’Assemblée une loi potentiellement liberticide ?  Accepter que des travailleurs repartent au labeur sans protections suffisantes ? Accepter que des décisions soient prises sans consulter personne, partis, syndicats, associations, etc. ?

Et si nous exprimons des exigences, sommes-nous prêts à être tout aussi exigeants avec nous-mêmes ? A changer pour que tout change ?

Car si nous avons compris les raisons qui ont alimenté l’émergence de ce virus tueur ; abattage de forets pour planter à bas couts, crise climatique due, et à une production carbonée des biens que nous consommons, et à nos modes de vie carbonés dans la démesure ; transports, importations, énergie, matériaux… etc., avons-nous compris que si nous sommes le problème nous devons être la solution ?

 

Pour finir, serons-nous capables d’allier une certaine désobéissance civique, désormais nécessaire, à une désobéissance à nous-mêmes, comme le soulève Frédéric Gros dans les conclusions de son livre « Désobéir » (Albin Michel) 2017 ?

Gros qui cite la Boétie : « Je vous vois obéir lamentablement, mais sachez qu’en obéissant vous vous constituez les « traites de vous-mêmes ».

 

 

 

 

 

 

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