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Billet de blog 27 juin 2016

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Pour une France, une Allemagne, une Europe des peuples.

Le Brexit à peine approuvé au Royaume Uni, on aurait pu attendre des grands pays européens les premiers signes d’un sursaut. Mais non, les gouvernants de ses derniers sont repartis de plus belle dans leurs travers : Surdité, déni, temporisation, hésitation, divergence. Et comme depuis 40 ans, à chaque crise, le premier mot d’ordre est d’attendre.

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Le Brexit à peine approuvé au Royaume Uni, on aurait pu attendre des grands pays européens les premiers signes d’un sursaut. Mais non, les gouvernants de ses derniers sont repartis de plus belle dans leurs travers : Surdité, déni, temporisation, hésitation, divergence. Et comme depuis 40 ans, à chaque crise, le premier mot d’ordre est d’attendre.

Une Europe échouée dans le néolibéralisme.

Merkel appelle au « Calme » ; Juncker, lui qui personnifie l’opacité, l’évasion fiscale, et comme l’écrit Eva Joly, « la politique soumise aux lobbies », essaie d’être ce qu’il n’a pas été, un chef pour l’Europe, en feignant d’apparaître ferme face à Londres ; Macron ne voit dans le Brexit « qu’un échec pour les britannique » ; Hollande tente de se refaire une virginité après n’avoir jamais rien proposé en 4 ans.

Il faut aller à Athènes pour avoir une analyse plus serrée que celle qu’on nous sert plus au nord. C’est celle de Georges Contogeorgis, professeur de science politique à l’université Panteion d’Athènes, sur Mediapart (1).

L’Europe a échoué et s’échoue. Elle a échoué sur la démocratie, le social, l’équité envers les peuples. Elle n’a réussi que sur la paix. C’était suffisant en période de stabilité mondiale qu’était l’équilibre de la guerre froide. Ce n’est plus le cas aujourd’hui dans la mondialisation.

L’Europe s’est échouée dans les marais du néolibéralisme où la finance, les multinationales et les partis politiques l’ont poussée. Une chose écrite dès ses débuts, comme l’a bien développé le livre de Dardot et Laval, « Ce cauchemar qui n’en finit pas » à La découverte. (2)

Elle s’est échouée dans les pratiques malsaines de ses institutions imparfaites : Arrangements entre pays, règles contraignantes de l’unanimité sur des questions essentielles à résoudre, comme la fiscalité, poids excessif d’une caste de fonctionnaires privilégiés à Bruxelles, etc. Et surtout dans une absence de démocratie au profit d’intérêts privés mondialisés, comme la députée européenne Eva Joly le décrit si clairement en 150 pages dans son livre « Le loup dans la bergerie » publié par Les Arènes, (3). Le loup étant celui qui n’aurait jamais du être placé à la tète de l’Union Européenne, Jean-Claude Juncker. Il est l’homme qui a mis en place au cœur du développement du Luxembourg les turpitudes qui en ont fait le plus grand paradis fiscal, lequel ne peut figurer sur la liste officielle de ces derniers, puisque cette liste ne prend en compte que les pays non européens.. On pourra donc, peut-être y mettre désormais la City, elle même le cœur d’un réseau de paradis dans le monde. D’ailleurs, Anne Michel vient d’écrire un article dans le Monde du 26 juin titré : « Londres, futur paradis fiscal en Europe ? ».

Le Chaos ou le sursaut pour d'une autre voie.

Comme l’a réclamé Eva Joly avant même que le Brexit ne l’emporte « Une autre voie doit être ouverte ». Mais cette voie à ouvrir faut-il l’attendre de ceux qui n’ont cessé de tout faire pour la cadenasser ?

On attend de Merkel un appel à une Europe unie et solidaire. Il faudra attendre. On attend de Juncker un appel à une fiscalité d’entreprise européenne unifiée. C’est demander au loup dans la bergerie de se changer en hirondelle. Il faudrait qu’il soit viré, qu’il parte, ce que demande Fabrice d’Almeida professeur à l’université Panthéon-Assas, s’étonnant que les chefs d’Etat et de gouvernement n’aient pas immédiatement poussé en ce sens. (4).

Les européens n’aiment pas ce que l’Europe est devenue aux mains des gouvernants, des hommes qui dirigent ses institutions sous la pression des lobbies industrielles et des multinationales des services. Un seul exemple. C’est l’ancien responsable de la campagne de Barak Obama qui est responsable de lobbying pour Uber à Bruxelles.

Les européens n’aiment pas ces arrangements en coulisse, qui par le biais des directives se retrouvent piégés dans leur propre pays. Un exemple donné par Eva Joly dans son livre. « Le déplacement par Juncker des services qui s’occupent du secteur de la pharmacie et des technologies médicales de la direction générale santé à la direction générale « marché intérieur et entreprise », ce qui implique une moindre surveillance en termes de santé publique, une plus grande souplesse juridico-financière ».

Les européens en ont assez que les banques dictent leur loi et favorisent l’évasion fiscale. Et les français surtout, de voir la Société Générale ouvrir « près d’un millier de sociétés offshore, dont les deux tiers via une filiale au Luxembourg ». ( Page 134 dans le livre d’Eva Joly).

Les européens attendent donc une autre voie. Ils attendent des réformes qui ne viennent pas, car ce ne sont pas ceux qui ont créé les problèmes qui les résolvent ? Les attendre de la gauche de gouvernement ? Eva Joly nous rappelle que dans les années 90 douze des quinze gouvernements qui formaient alors l’Union Européenne étaient issus de la famille socialiste. « Cette époque aurait pu être celle de l’Europe sociale et de l’harmonisation fiscale… Il n’en fut rien…. Nous avons laissé les conservateurs et les libéraux européens faire de la concurrence fiscale le moteur du marché commun, asséchant les budgets publics à la veille d’une crise dévastatrice ».

Une autre voie. Mais qui va l’ouvrir ? Ce ne peut être que les peuples. La Grèce a montré l’exemple, avant d’être contrainte par Juncker et l’Allemagne.  Depuis, en de multiples endroits, la terre a tremblé ou va trembler. A Rome et à Turin, en Espagne ou au Royaume Uni, En Autriche et au Portugal. A Paris, place de la République ou sur les grands boulevards.

Mais une fois qu’on a dit « les peuples » a-t-on avancé ? Non, si l’éclatement des forces persiste. Oui, si une convergence se construit pour porter une stratégie de confrontation. Eva Joly souhaite qu’elle se fasse sur la bataille pour la démocratie par la transparence. Pour faire sauter les boites noires de l’Europe, ces réunions à huis clos et sans compte rendu, cette gouvernance sans règles de l’Eurogroupe, sur la nécessité de revenir sur la directive secret des affaires « qui va étendre une législation existante au Luxembourg à l’ensemble des pays européens ». L’Europe a faim d’un idéal, nous dit Eva Joly, soif  de prospérité partagée, pas celle du PIB, mais une prospérité durable.

En France, nombreuses sont les ONG qui le souhaitent et les associations, une partie de la gauche approuve, les écologistes aussi, Mélenchon s’y est mis, Nouvelle Donne a défendu un programme en ce sens en 2014. Parlerons nous en 2017 d’un projet mobilisateur au nom de la France et de l’Europe ? C’est à souhaiter, puisqu’on nous dit que la suite du Brexit va nous occuper longtemps.

Une raison pour commencer à rêver d’une Europe où les nations ont leur place en toute solidarité ?. La solidarité ne peut être éclatée. Elle l’a été dans l’Europe d’hier. D’où la désaffection générale pour son modèle imparfait et inachevé. On ne le renouvellera qu’en renouvelant de l’intérieur celui des nations.

Il faudrait que les peuples appelés à voter en 2017, en Allemagne et en France, se parlent pour inventer ensemble. Il faut des coordinations nationales et des coordinations internationales pour faire une nouvelle France, une nouvelle Allemagne, une nouvelle Europe.

Une nouvelle France ? Pierre Larrouturou lance quelques idées dans un livre qui vient de sortir : « 2017 : Le chaos ou le sursaut », (Publié chez Fayard, 12€). Lui aussi en appelle au peuple : « Le peuple a fini son deuil. Il est prêt à renverser la table pour envoyer à la retraite la vieille classe politique. Il est prêt pour un  nouveau départ ». (5).

(1)         Georges Contogeorgis :   https://blogs.mediapart.fr/georges-contogeorgis/blog/250616/l-europe-politique-apres-le-brexit 

(2) Dardot - Laval:    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Ce_cauchemar_qui_n_en_finit_pas-9782707188526.html

(3)  Eva Joly :   http://www.arenes.fr/livre/le-loup-dans-la-bergerie/

(4)  Fabrice d’Allmeida :   http://www.huffingtonpost.fr/fabrice-d-almeida/brexit-europe-juncker-doit-partir_b_10671462.html

(5) Larrouturou :   http://www.fayard.fr/2017-le-chaos-ou-le-sursaut-9782213700502

(6) Nouvelle Donne et l’Europe ; https://www.nouvelledonne.fr/wp-content/uploads/2014/04/Programme-Europeennes2014_NouvelleDonne.pdf

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