Il arrive aujourd’hui ce qui s’est passé autrefois, au sortir de la seconde guerre mondiale, et dont à témoigné Albert Camus dans ses articles de Combat (Folio essais). La classe politique qui gouverne ou qui ambitionne de gouverner la France est d’un autre temps, mais veut, pour se maintenir, domestiquer la presse libre.
En 1945, c’était cette vieille France des radicaux d’avant-guerre qui cherchait à reprendre les rênes du pouvoir. Camus écrivait donc des vérités qui dérangeaient sur Daladier ou sur Herriot.
Aujourd’hui, c’est contre cette vieille France politique de gauche et de droite qui, née dans la Ve République est toute occupée à se partager les pouvoirs, que Camus s’élèverait. Et que s’élève Médiapart.
En 1945, le gouvernement cherchait à domestiquer la presse en jouant sur les quotas du papier.
En 2013, il joue sur les finasseries fiscales pour assommer la presse indépendante qui se développe sur les technologies de l’internet.
La grande règle morale des anciens parlementaires de 1945 était que rien n’engage jamais à rien.
Aujourd’hui, la grande règle morale de nos hommes politiques est, qu’après avoir repris la règle ancienne à leur compte, ils l’a prolongent par le déni de leur propre parole et de leurs propres engagements. Et surtout, de leurs propres principes moraux. Mais ils ne supportent pas que cela doit montré du doigt.
Le Président précédent, ou ses ministres, s’en prenaient à la presse en instrumentalisant la police ou la justice.
Le Président actuel, ou ses ministres, de façon plus insidieuse, instrumentalisent le fisc.
On ne peut pas dire que nous aillons gagné grand chose au changement. Sauf à dire que nous y avons gagné, dans un oxymore douloureux, la perte de nos illusions.
Reprenons ce qu’écrivait Camus en aout 1945. « Le jugement populaire viendra. Il démontrera à ces hommes que La France s’est lassée jusqu’au cœur et que le temps est venu pour ce pays de se donner, sous peine de mort, des gouvernants dont il puisse enfin ne plus sourire ».
En 1945, Camus avait encore au coeur un espoir qu’il perdra plus tard.
En 2014, quel espoir nous restera-t-il, si nous laissons le peu de presse vraiment libre qui nous reste, se faire assassiner au coin d’un couloir de Bercy, comme au coin d’une rue ukrainienne ou moscovite.
Le combat aux cotés de Médiapart est donc en fin de compte un combat pour la dignité citoyenne. Sans information libre il n’y a plus de citoyenneté possible.
C’est pourquoi nous ne pouvons accepter de ce gouvernement de gauche qu’il ramène la presse d’opinion à une situation qui fut celle qu’elle avait avant la loi de juillet 1881, qui, votée au Parlement, donna à la presse de notre pays un statut que chaque régime affaibli a depuis tenté de rogner.