Prévoir dès aujourd’hui les urgences d’après confinement

Il y a désormais un consensus sur la nécessité « d’en sortir ». De cette crise sanitaire. De ce système qui a failli. La pandémie a pour bon d’avoir contraint les tenants de la conservation néolibérale, critiquée par beaucoup, à les rejoindre. « De l’autre côté de l’eau », comme on dit à Bordeaux.

 

Commençons par enfoncer une porte ouverte. La crise est de chaque époque. En tout. Dès lors, est-il pertinent de parler de crise politique aujourd’hui ? Je pense que oui. Car si le terme est la plupart du temps improductif, il y a désormais un consensus sur la nécessité d’en sortir, de cette crise. Du système. La pandémie a pour bon d’avoir contraint les tenants de la conservation d’un système critiqué par beaucoup d’autres à les rejoindre. « De l’autre côté de l’eau », comme on dit à Bordeaux.

La prudence toutefois est de mise, car on connaît la facilité avec laquelle les paroles s’envolent dès que le coin de la rue est tourné, je veux dire la fin de la crise sanitaire, ou encore le retour des idées qui dominaient contre celles du renouvellement, de la réforme, de la révolution. Je vous laisse le choix du mot qui vous parle.

Et la prudence reste de mise, surtout parce que les tenants du renouvellement, de la réforme, de la révolution, ne sont à ce jour ni organisés, ni coordonnés, pour avoir une chance de contraindre les ralliés à la lucidité, de ne pas chausser à nouveau leurs lunettes d’avant, celles qui empêchent de lire la réalité de son époque, et la nécessité d’en changer.

 

La lecture des libres opinions dans la presse, les déclarations de quelques politiques, ce que l’on peut lire de cris continuels, de détestations pérennes, d’anathème constants, d’excommunications figées, de damnations éternelles, d’exécrations par plaisir, sur Facebook, et aussi j’imagine sur Twitter, que je ne regarde pas, n’entraine pas à l’optimisme.

Car, au-delà du bilan qu’il faudra faire de cette crise sanitaire, au-delà des fautes qu’on peut reprocher à ceux qui nous gouvernent, il ne faudra pas oublier de remonter le cours du temps, pour y débusquer toutes ces décisions, prises sous Chirac, sous Sarkozy et sous Hollande, d’affaiblissement de l’hôpital, de l’école, de l’université, de la solidarité sociale, de la fonction publique, des régimes de retraite, de la sécurité sociale, du paritarisme, en gros tout ce qui a été fait pour défaire le modèle social français, bâti en 1945 sur le programme du Conseil National de la Résistance, déconstruction qu’avait demandée Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, le 4 octobre 2007.

 

Dés lors, il ne s’agira pas de créer des tribunaux d’exception, d’excommunier, car l’excommunication n’est que la révélation d’une église, mais de tout faire pour que le Président soit sous contrôle, qu’il se sente pieds et poings liés par sa promesse de « décisions de rupture », et que ce ne soit pas lui mais nous qui définissions ces ruptures ; pour que les lobbys restent, a vie, confinés, pour que ce soit non pas la France de la finance qui renaisse, mais la France des solidarités, celle où l’impôt est payé sans échappatoires, où le marché, qui n’est que l’autre mot du néolibéralisme, soit tenu en laisse par l’intérêt général.

 

Il faudra donc veiller à ce que notre Assemblée cesse d’être une assemblée croupion, traitresse à sa finalité qui est de servir la nation. Ce qui implique une autre façon de faire de la politique, une autre organisation des contrôles, une réforme dans leur composition des Conseils constitutionnel et de la Cour de comptes, trop souvent portés à pencher du côté du conformisme dominant.

Il faut donc, dès aujourd’hui demander l’organisation d’un réel dialogue social, pour ne pas perdre de temps, (comme ça a été le cas aux premiers jours de la pandémie), à la fin du confinement, dans la réorganisation de la vie du pays, économique et sociale.

C’est maintenant qu’il faut anticiper les décisions à prendre, imaginer des chaines d’approvisionnement, les moyens de répondre aux besoins d’argent des entreprises, des institutions diverses, et des gens.

 

Il existe un comité pour conseiller le président dans sa gestion de la pandémie. Il lui en faut un, immédiatement, pour préparer un programme sur lequel il appuiera ses décisions à venir, nécessaires au redémarrage de la nation « en sortie de guerre ».

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