Coronavirus Jeter les bases d’une réforme sociale permanente.

Serons-nous capables de tirer des conclusions de la crise sanitaire du Coronavirus ? La force des conservatismes, des structures existantes, des institutions aura tendance à retrouver ses fondements anciens. Il faudra les retourner, les défaire, les déconstruire, pour créer les formes nouvelles souhaitables. Et donc mettre en place les fondations d’une réforme permanente.

La crise sanitaire provoquée par le coronavirus a ceci d’utile qu’elle a rendu évidents tous les défauts d’un système que nombre d’entre nous dénonçaient.

Elle a déchiré le voile qu’entretenaient les forces de la conservation néolibérale sur les méfaits des décisions prises au nom d’une idéologie s’abritant derrière des auto-proclamés experts, notamment les économistes mainstream.

Elle a montré que le système de production et de consommation construit par le monde productif, (surtout celui des multinationales), financier, politique, institutionnel, (Le Conseil européen en ce qui nous concerne), avec aussi notre complicité de citoyens, était appelé à son effondrement par sa démesure et son irrationalité.

Elle a montré, comme l’a écrit Corine Lepage, que le gouvernement avait été lent à réagir, que le principe de précaution avait été ignoré, pas seulement récemment, mais depuis des années, précisant : « le gouvernement ne pouvait ignorer que, depuis 2011, Bercy avait bloqué toutes les commandes préventives de masques et de gants. »

Elle pose enfin la question : Seront nous capables de tirer des conclusions constructives du drame que nous vivons, en un mot d’élaborer une réponse commune aux crises qui nous attendent, en organisant sur de nouvelles bases les équilibres nécessaires à notre vie sociale, économique et politique.

 

Mais nous savons que la force des conservatismes des structures existantes et des institutions aura tout naturellement tendance à retrouver ses fondements anciens.

Il faudra donc continuer à retourner ces conservatismes, à les défaire, à les déconstruire, pour créer les formes nouvelles souhaitables.

Il faudra donc s’opposer au retour à la normalité de l’anormal, et cela d’autant plus fortement que les tenants de la normalité ancienne auront été amener, au cœur de la crise, à entrevoir la nécessité d’un changement, allant jusqu’à prononcer le mot de « rupture » pour mieux espérer le contrôler le moment venu

 

La pensée de Derrida est particulièrement éclairante dans ces temps présents. Le travail qu’il a effectué dans les domaines de la sémiologie, de la grammatologie et de la structure, a bien mis en avant la nécessité qu’il y a, à l’intérieur de la sémiologie, à transformer les concepts, les retourner contre les présuppositions, les ré-inscrire dans d’autres chaines… précisant : « Je ne crois pas à la rupture décisive, à l’unicité d’une coupure épistémologique. Les coupures se réinscrivent toujours, fatalement, dans un tissu ancien qu’il faut continuer à défaire, interminablement ». Cela s'applique bien au delà la spécialité du philosophe.

 

Il faut donc dès aujourd’hui prévoir de quelle façon on devra, on pourra, mettre en place un outil, un groupe de contrôle permanent des méthodes et des moyens d’action, chargé aussi d’évaluer les résultats de celles-ci.

Les forces de conservation sont inhérentes aux groupes humains, au sein desquels se constituent en permanence des regroupements d’intérêts, œuvrant ensuite à leur pérennité. Il nous faudra donc mettre en place, dès la sortie de crise, les fondations d’une réforme permanente.

Réforme d’autant plus nécessaire que les gouvernants ont ceci en commun, qu’ils sont le plus souvent autistes. Ce que la journaliste du Monde, Vanessa Schneider met en lumière dans une interview d’Yves Cochet, lequel avait dans son livre de fin 2019, « Devant l’effondrement. Essais sur la collapsologie », écrit noir sur blanc page 123, « Qu’une pandémie pourrait déclencher l’effondrement. ».

Mais il avoue aujourd’hui : « J’aurais plutôt pensé que cela viendrait d’une crise du pétrole ou d’une catastrophe climatique ».

 

D’où viendra le prochain choc ? Nous l’ignorons. Mais nous savons maintenant que tout est possible. Raison de plus pour nous préparer sérieusement à l’imprévu.

 

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