Prescrire, liste noire annuelle des médicaments, nicotine et sevrage tabagique

En publiant sa dernière liste des médicaments plus dangereux qu’utiles, la revue indépendante Prescrire actualise chaque année tous les médicaments actuellement sur le marché pharmaceutique tout en proposant si cela est possible une alternative aux traitements actuels.

En publiant sa dernière liste des médicaments plus dangereux qu’utiles, la revue indépendante Prescrire actualise chaque année tous les médicaments actuellement sur le marché pharmaceutique tout en proposant si cela est possible une alternative aux traitements actuels.

Nous restons toujours étonnés qu’une revue indépendante soit obligée de faire le travail d’organismes d’État chargés de la pharmacovigilance comme la haute autorité de santé dont l’ancien directeur Jean-Luc Harousseau vient d’être nommé président de la Fondation des entreprises du médicament, créée par le LEEM, syndicat des industries pharmaceutiques:

https://www.mediapart.fr/journal/france/010219/l-ancien-directeur-de-la-haute-autorite-de-sante-rejoint-l-industrie-pharmaceutique

On se souvient particulièrement de l’année 2004 lorsque Merck retira le Vioxx du marché pharmaceutique suite à un grand nombre de décès spécifiques à la classe des coxibs, nouvelle classe d’anti-inflammatoire non-stéroïdien :

https://www.letemps.ch/economie/sagas-2004-68-pilule-vioxx-gangrene-lindustrie

À cette époque, je suivais particulièrement cette pharmacovigilance car pourquoi traiter un rhumatisme avec une molécule qui allait entraîner des problèmes cardiaques ! Comme indiqué dans le précédent article du Temps, Novartis avait des résultats très concluants pour l’une de ses molécules anti-inflammatoire, le Prexige, également un coxib :

« Novartis a concentré ses essais cliniques sur la preuve de la diminution des effets secondaires gastro-intestinaux, apportés par Prexige. L'étude Target, publiée moins de deux mois avant le retrait du Vioxx du marché, attestait d'une réduction de 79% des effets secondaires de ce type. Le médicament a déjà été approuvé dans 21 pays sur la base d'études cliniques réalisées sur 31 000 patients. Daniel Vasella, PDG de Novartis, a pourtant officiellement gelé l'ensemble du projet. »

Nous sommes en 2004 et nous voyons la décision de Daniel Vasella qui avait certainement d’autres informations plus alarmantes car la pharmacovigilance canadienne retirera le Prexige le 4 octobre 2007 "en raison des possibilités d'effets indésirables graves sur le foie" :

http://canadiensensante.gc.ca/recall-alert-rappel-avis/hc-sc/2007/13168a-fra.php

On distingue ainsi la différence entre les systèmes de pharmacovigilance au Canada par exemple en comparaison avec celui de la France dont l’un des anciens responsables rejoint l’industrie pharmaceutique.

Alors que Philippe Even et Bernard Debré publiait leur « Guide des médicaments utiles, inutiles ou dangereux » en 2012 :

http://www.carevox.fr/medicaments-soins/article/medicaments-utiles-inutiles-ou

nous retrouvons le même paradoxe, des médecins responsables de la santé des patients en première ligne pour dénoncer des dérives insupportables et les intérêts du lobby pharmaceutique. La seule réponse du système de santé a été de radier Philippe Even du conseil de l’ordre des médecins, ce qui en dit long sur les interactions entre système de santé et industrie pharmaceutique.

Fin 2012, on pouvait aussi constater que le service de pharmacologie médicale et clinique du CHU de l’hôpital de Toulouse alertait sur l’utilisation de vaso-constricteurs pour le traitement du rhume alors que des solutions salines devaient être le premier recours pour de tels traitements :

http://www.carevox.fr/sante-maladies/article/traitement-du-rhume-et-serum

Dans la dernière liste des médicaments plus dangereux qu’utiles publiée récemment par Prescrire, je me suis particulièrement intéressé au sevrage tabagique impliquant la nicotine. La sentence de Prescrire est la suivante :

« Sevrage tabagique. Un médicament autorisé dans le sevrage tabagique est à écarter car il n’est pas plus efficace que la nicotine et expose à plus d’effets indésirables. En aide médicamenteuse au sevrage tabagique, la nicotine est un meilleur choix. ● La bupropione (Zyban), un amphétaminique, expose à des troubles neuropsychiques (dont des agressivités, des dépressions, des idées suicidaires), des réactions allergiques parfois graves (dont des angiœdèmes, des syndromes de Stevens-Johnson), des dépendances, et des malformations cardiaques congénitales en cas d’exposition de l’enfant à naître pendant la grossesse (n° 221 p. 652-657 ; n° 339 p. 26-27 ; n° 342 p. 271 ; n° 377 p. 206-207). »

On constate d’abord que la bupropione est commercialisé depuis 2001 (source  Wikipedia) et qu’il aura fallu une vingtaine d’années pour arriver à cette conclusion :

« Le bupropion (parfois appelé bupropione), commercialisé sous les marques Zyban, Wellbutrin, Voxra, Budeprion et Aplenzin par le laboratoire GlaxoSmithKline, est un psychotrope psychorégulateur prescrit en tant qu'aide au sevrage tabagique et antidépresseur. Accompagné d'un soutien et d'un suivi psychologique, il a obtenu en France une autorisation de mise sur le marché (AMM) en tant qu'aide au sevrage tabagique en août 2001 ».

La sentence de Prescrire en dit long sur l’efficacité des traitements pour le sevrage tabagique notamment sur la pseudo efficacité des deux molécules (« pas plus efficace »).

En effet, en suivant les études qui visaient à démontrer l’efficacité des différentes formulations contenant de la nicotine (chewing-gum, patch-tests, spray nasal, « vaccins »), aucune d’entre elles ne montrent une supériorité à un placebo…et notamment une étude publiée début 1989 dans la revue britannique the Lancet montrant une « efficacité » qui fait sourire :

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0140673689916711

« After 1, 2, and 3 months of treatment 41, 36, and 36%, respectively, in the nicotine group were abstinent. The corresponding figures in the placebo group were 19, 20, and 23%. « 

«Après 1, 2 et 3 mois de traitement, 41, 36 et 36%, respectivement, du groupe nicotine étaient abstinents. Les chiffres correspondants dans le groupe placebo étaient de 19, 20 et 23%. »

Sans oublier les effets secondaires dermatologiques :

25% des sujets avec des réactions cutanées en comparaison à 13 % du groupe placebo …qui contenait 1 mg de nicotine :

« The patches were generally well tolerated, although 25% of subjects in the nicotine group and 13% in the placebo group had transient local erythema after application of the patch. »

«Les patchs ont généralement été bien tolérés, bien que 25% des sujets du groupe sous nicotine et 13% du groupe placebo aient présenté un érythème local transitoire après l'application du patch. »

Ma correspondance à l’éditeur fut publiée immédiatement dans la célèbre revue britannique car comment faire des comparaisons de l’efficacité et des réactions cutanées avec un « placebo » contenant 1 mg de nicotine !

Or après plus de trente années, on constate maintenant l’abandon du « vaccin nicotine » depuis seulement quelques années car la nicotine peut se révéler sensibilisante et provoquer des réactions anaphylactiques comme je le résumais dans mon chapitre d’immunologie (« Nicotine and Immunology » Sudan BJL, Sainte-Laudy J) publié dans le livre de Ronald R. Watson aux USA en 1990…:

https://books.google.fr/books?id=5ePEDE1-r5YC&pg=PA113&dq=nicotine+and+immunology++bernard+sudan&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjmiu7NsafgAhXVBGMBHV25DggQ6AEILjAB#v=onepage&q=nicotine%20and%20immunology%20%20bernard%20sudan&f=false

et aussi dans mon article de Carevox du 7 janvier 2014 sur les derniers faux espoirs d’un vaccin nicotine :

http://www.carevox.fr/medicaments-soins/article/les-derniers-faux-espoirs-d-un

En vérifiant dans le « Guide de 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » de Philippe Even et Bernard Debré de 2012, la sentence était déjà claire… : pour le bupropion (Zyban) E4 efficacité modeste, incertaine, inconstante, souvent marginale et le risque R3 risques notables, divers, fréquents, pouvant conduire à l’interruption des traitements alors que pour la nicotine, l’efficacité est en E4… et le risque en R2 : risques modérés, mais effets secondaires assez fréquents !

http://www.carevox.fr/medicaments-soins/article/medicaments-utiles-inutiles-ou

En conclusion, les fumeurs devraient réfléchir un peu et ne pas alimenter toute une chaîne qui profite de leur innocence pour les attendre tranquillement au moment d’une retraite écourtée…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.