C'est le criminel qu'il faut juger, pas le crime

Quand il y a un crime, c'est le criminel qu'il faut juger pas le crime. Quand on fait le contraire aujourd'hui dans la classe politico-médiatique mainstream et au café du commerce, on remet en cause par simplisme ou ignorance tous les fondamentaux de notre droit pénal patiemment et chèrement acquis depuis des siècles.

Si on juge le crime avant le criminel, on en vient à détruire la maison de la famille du criminel, fut-il suicidaire, ou comme il y a quelques siècles, à condamner des animaux (je rappelle que la condamnation à mort d'un animal existe dans l'Ancien testament, fondement des 3 monothéismes) ; on en vient à condamner des membres de la famille du criminel (ou prétendu tel) comme on a pu le voir ci ou là il n'y a pas si longtemps dans certains régimes !

La réponse à la question pourquoi cet assassin a tué un curé de 82 ans à l'arme blanche ? ne peut être donnée au café du commerce. Elle ne devrait pouvoir être donnée en France que par la justice.

Or, nous en sommes à un point où presque plus personne ne s'étonne de voir que les jeunes terroristes de Saint Etienne du Rouvray ont été abattus sans sommation alors qu'ils étaient armés d'armes blanches. On n'a pas pu reconnaître rapidement celui qui venait de Savoie car on lui avait tiré dans le visage :

C'est la loi du talion d'Etat qui règne aujourd'hui en France

Le criminel n'est plus un individu à juger mais il est présumé un appendice de l'entité Daech à abattre

C'est la NEGATION DE NOTRE DROIT PENAL ! On juge le crime par la vox populi alors qu'il FAUT faire juger le criminel par la justice ; et la majorité de la classe politico-médiatique non seulement l'accepte mais en fait ses choux gras.

On entend à longueur de journée ou on lit dans des posts des réactions qui relèvent de réactions animales, pas d'individus qui auraient été capables de lire Voltaire ou Victor Hugo.

La France en est là aujourd'hui. Le tweet et la mémoire courte l'ont emporté, avec le principe du "trop long - pas lu".

Le sens des proportions n'est plus à l'ordre du jour à tel point qu'il semble même irresponsable ou mal venu de l'invoquer.

Le bombardement médiatico-politique conduit le pays entier à l'aveuglement, jusque sur ses plages en été : ceux qui parlent de "guerre" en France, suite à l'action de quelques individus, peuvent-ils avoir conscience des centaines de milliers de morts en Syrie et des villes qui ont été détruites dans cette guerre, une vraie celle-là ?

Où va-t-on à la suite des apprentis sorciers qui gouvernent la France ou qui font de l'auto-allumage dans le flot continu des médias mainstream ?

Comment peut-on en venir à oublier qu'un criminel est un individu qui doit être jugé ?

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