Le corps social est un corps désespérément mou

Le corps social est un corps mou, flasque et sans consistance donc. Je force à peine le trait.

Le corps social est un corps mou, flasque et sans consistance donc. Je force à peine le trait. La confirmation de cette qualité particulière s'est affirmée lors de la manifestation du 1er mai à Paris à laquelle j' ai participé comme simple citoyen. 40 000 personnes pour contester le sort fait aux travailleurs, à leurs droits, pour fustiger les tendances autocratiques du président de la République, pour dénoncer les politiques menées par le gouvernement et pour attirer l'attention sur les coups portés contre les libertés  ( dont celle de la Presse ). 40 000 personnes sur 2 200 000 habitants à Paris intra-muros ( 1,80 % ) et 7 millions dans la Métropole du Grand Paris ( 0,60 % ) pour alerter une fois de plus sur les conséquences extrêmes du réchauffement climatique. Incompréhensible. Le corps social est amorphe, il constate mais reste sans réaction. Il laisse passer le temps et se complaît dans un confort matériel illusoire. Le couple individualisme / consumérisme non seulement encouragé mais promu comme idéal de vie par le système politico-économique qui sévit depuis 40 ans et qui a emporté tout sur son passage, idéologies alternatives, conceptions du vivre ensemble, rapports capital- travail … ce couple donc a exclu toute représentation du Monde qui ne rentre pas dans le moule narcissique qui formate les individus. Il n' y a plus de citoyens qui s'emparent des questions politiques le concernant mais des clients-consommateurs. Quelques mouvements de citoyens ont tenté ou tentent encore, le Mouvement des Gilets Jaunes par exemple, de secouer " le cocotier ". Au mieux, ces mouvements rencontrent de la compréhension, du moins au début, au pire de l'indifférence ou de la haine. L' état quasi cataleptique de la Société nécessiterait des soins intensifs pour déclencher le réveil, en douceur si possible bien que le temps manque. Cependant l'Histoire avance par ruptures, des accidents qui permettent de modifier la trajectoire. Le changement n'est jamais porté par des majorités. Trop passives. Elles s'offrent en général au vainqueur et finissent après usage par le lyncher. Rien à attendre de ce côté là et l' actualité le confirme. 

Pour en terminer avec ce sujet, un mot sur la Jeunesse. Les 15-25 ans, plus de 9 millions de personnes soit près de 14 % de la population, participent-ils aux mouvements de contestation ? Se sentent-ils concernés ? La réponse est à l'évidence non, sauf à la marge. Ainsi, en France, que sont devenus les vendredis verts qui devaient montrer la mobilisation des jeunes, leur engagement contre le réchauffement climatique ? Ces bonnes intentions ont fait long feu. Egocentrés, recroquevillés dans la sphère privée, les jeunes en majorité ne "sentent" pas que leur destin personnel et le destin collectif sont étroitement liés. Rejet de la politique et des corps intermédiaires, ils participent à la vie de la Société à travers les réseaux sociaux. Il s'y passe des "choses" difficilement cernables et signifiants. Une émergence de ce qu'on appelle une conscience politique , un partage de valeurs qui pourraient déboucher sur des actions politiques au sens noble du terme ? Les optimistes répondront que oui.

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