Social : l'enfumage macronien

Reprise d'un article de Guillaume Duval paru dans le mensuel Alternatives Economiques n°386 de janvier 2019

Tournant social ou pas de la Macronie ? Les faits: " le RSA ne sera pas davantage revalorisé en 2019 qu'en 2018. Le gouvernement ne revient pas non plus sur la forte baisse programmée de l'APL, qui va pénaliser les plus précaires, notamment les jeunes. Les chômeurs, dont la réforme programmée de l'assurance chômage vise à réduire les indemnités, ne tireront eux non plus, aucun profit de ce plan… Les mesures en faveur des heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées vont leur compliquer significativement la tâche en dissuadant les entreprises de créer de nouveaux emplois" ( voir le rapport du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques des députés JP.Georges et J.Mallot du 1er juillet 2011 sur l'effet d'aubaine pour les employeurs d'une telle mesure ).  Mécaniquement, "les heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées apporteront un surcroît de revenu d'autant plus important que le salaire de base est élevé ( effet constaté avec cette mesure prise sous Sarkozy). Par ailleurs, la non-imposition de ces heures ne profitera pas réellement aux smicards, bien souvent non imposables; là encore, l'avantage sera croissant avec le salaire…. L'arrêt des hausses des taxes sur le carburant va d' abord profiter aux plus riches : 45% des personnes du premier décile ( les 10% des français les plus pauvres) n'ont pas de voitures, tandis que les 10% des ménages les plus riches en possèdent 1,6 en moyenne, dont l'usage est plus polluant " ( grosses cylindrés, SUV, 4X4 )…. Pas de hausse du SMIC " mais une hausse de la prime d'activité de 100 €. " Risque :  "servir de prétexte aux employeurs pour refuser des augmentations de salaire auxquelles elle se substituera transférant ainsi progressivement la charge de la rémunération des salariés vers les contribuables. De plus ces 100 € tout comme les primes désocialisées n'entreront pas dans le décompte des indemnités de l'assurance chômage ou de l'assurance maladie, ni dans le calcul des retraites…. Enfin, en ce qui concerne les retraités, l'annulation de la hausse de la CSG pour les pensions comprises entre 1200 et 2000 € corrige certes une injustice flagrante. Mais le gouvernement n' a pas remis en cause la mesure la plus inique : la non-revalorisation en 2019 des retraites au niveau de l'inflation."

" Plus généralement,  la plupart des mesures annoncées contribuent à assécher les finances de l' Etat et de la protection sociale en les privant de ressources à des niveaux significatifs. Comme ces pertes ne sont pas compensées par une hausse des prélèvements sur les revenus des plus aisés, elles se traduiront nécessairement par un recul des services publics et une baisse des prestations sociales qui impacteront au premier chef les plus démunis "

Note personnelle: concernant la suppression des cotisations maladie et  assurance chômage remplacée par une hausse de la CSG de 1,7 point, apparemment un gain de pouvoir d'achat pour les salariés. Le non-dit: la mise hors circuit des partenaires sociaux. Le gouvernement est ainsi maître du "jeu" et peut modifier quand bon lui semble les taux sans rendre de compte à personne ( idem le projet de retraites par points ). De manière générale, baisse ou suppression des cotisations sociales qui sont des revenus différés, s' avèrent des pièges qui se refermeront sur les classes sociales les moins aisées. De même, le prélèvement direct de l'IR sur les revenus encourage le sentiment de non consentement à l'impôt déjà trop présent. C'est un coup supplémentaire donné à la Solidarité nationale, fondement essentiel qui maintient vaille que vaille un certain équilibre dans notre Pays. Toutes ces mesures font partie d'une stratégie néolibérale délibérée . Elles tendent à transformer notre Société pour la "verser" dans une Société de confrontation entre individus où " le meilleur gagnera", à l'américaine.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.