L'ogre et la mémoire

Il était une fois un ogre atteint du syndrome d'analgésie congénitale. Toujours affamé.

Il était une fois un ogre atteint du syndrome d'analgésie congénitale. Toujours affamé. Pour satisfaire des besoins toujours grandissants, il en vint à manger ses propres entrailles. Son analgésie le rendait insensible à la douleur, son inconscience lui cachait sa folie. Après les entrailles viendra le cœur. Le monde occidental est cet ogre. Mises en garde et avertissements, rien n' y fait. Crainte de déplaire et manque de courage de dirigeants pleutres ou bornés, et l ' atroce "festin" continue. Une majorité de citoyens résignés confite dans la mollesse des sentiments et le conformisme, accepte d'être menée par des démiurges grotesques qui ont flairé les miasmes de l'époque, les petites peurs et les passions tièdes. Elle se tient dans un endormissement cotonneux, celui des grenouilles plongées dans une casserole d'eau encore tiède .... Toute à ses peines domestiques et à ses compassions médiatiques, elle oublie l' Histoire et ses enseignements, reste alors la seule mémoire du court terme qui tient éloignée le passé et rend improbable l'avenir. Le temps est à la gestion de boutiquier, au modernisme frelaté. Point de vision, point de projets qui brisent les servitudes imposées par l'ogre. Viendra nécessairement le moment de la rupture quand bien même celle-ci doit s'avérer brutale. Brutale et imprévisible. Et l'Histoire ignorée trouvera à nouveau sa place. Pour nous instruire.

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