L'Union Européenne, une entité géopolitique ectoplasmique

Quelles raisons objectives permettent de croire encore à la réalité d'une Union Européenne efficace sur le plan politique, économique et social ? d' une Union européenne protectrice de ses citoyens et capable d' améliorer leurs conditions de vie ?

Quelles raisons objectives permettent de croire - encore - à la réalité d'une Union Européenne efficace sur le plan politique, économique et social ? d'une Union européenne protectrice de ses citoyens et capable d' améliorer leurs conditions de vie ? d' une Union Européenne porteuse d'un projet mobilisateur capable de susciter l' enthousiasme, de fédérer les énergies des citoyens (nes), d'insuffler l'espoir d'un avenir serein pour les générations présentes et futures. A quoi sert cette fiction grotesque que les pouvoirs politiques, financiers et économiques projettent sur les écrans médiatiques ? Constatons aujourd'hui l'unanimité dégoulinant des médias sur la question du Brexit ( pataquès ubuesque au demeurant ) qui serait une catastrophe et rappelons-nous la même logghorée concernant le référendum sur le Traité Constitutionnel en 2005. Pour quelles raisons ce bourrage de crâne, cette volonté de nous crétiniser afin d'empêcher toute réflexion critique sur l'état de l'Union ?

Posons quelques questions aux thuriféraires de l'Union Européenne sur les résultats obtenus et demandons des réponses. L'UE devrait être un territoire où s'exerce naturellement des collaborations se traduisant par des actions menées pour le bien des peuples et pour le mieux vivre ensemble. Ces collaborations nécessiteraient à l'évidence leur traduction en des projets communs. Ces projets communs existent-ils aujourd'hui ? Une Europe de la Défense ? NON. Une Europe des Affaires étrangères pour tenir un seul discours face aux grands blocs et devenir un acteur crédible et respecté. NON. Le principe dans ce domaine est: fort avec les faibles, faible avec les forts. Une Europe unie pour lutter contre le réchauffement climatique ? NON. Pas de politique commune de l'Environnement avec les moyens financiers à la hauteur du défi. Nous sommes incapables de nous mettre d'accord sur les normes environnementales et de santé, sur un grand plan concernant les énergies renouvelables, sur une politique agricole protégeant l'environnement et le consommateur, sur l'étiquetage des produits etc. Où est l'Europe de la transition écologique ? Une Europe solidaire progressant vers le mieux-disant social ? NON. Le moins-disant règne en maître absolu au nom de la compétitivité. La guerre des uns contre les autres. Une Europe efficace contre la fraude et l'exil fiscal ( 1000 milliards d'euros). NON, nous connaissons les pays qui n'ont aucun intérêt à ce que ce système mafieux soit mis hors d'état de nuire étant eux-mêmes des paradis fiscaux. Une Europe tendant à l'harmonisation fiscale afin d'empêcher le dumping social ? NON, chacun pour soi et tout le fric pour quelques-uns. Une Europe capable de faire plier les multinationales afin qu'elles paient leur juste contribution à l'impôt ? NON. il suffit de constater la mascarade qu'est devenue la taxation des GAFA. Une Europe décidée à réguler la Finance ? NON. Sous la pression des lobbies, on ne parle plus de la taxation des transactions financières, de la séparation des activités bancaires entre banques de détail et banques d'investissement ( de spéculation ), et de renforcer la régulation de leurs activités. Au contraire, des instruments financiers sophistiqués fondés sur des algorithmes inventés par quelques initiés incontrôlables règlent le fonctionnement de la Finance rendant le système de plus en plus fragile et sensible aux incidents qui se transformeront inéluctablement comme en 2008 en cataclysmes pour les populations. Des sommes considérables continuent de circuler dans la plus grande opacité ( le shadow banking, 52 000 milliards de dollars dans le Monde) vers les paradis fiscaux. Continuons.  Une Europe des Sciences et des technologies avec des programmes communs pour l'intelligence artificielle, pour la création d'un Google européen, pour la mise en place d' un 5G européen etc….? les exemples ne manquent pas. La réponse est NON. Une Europe de l'énergie ? Toujours NON. Une Europe démocratique où les droits fondamentaux sont respectés partout y compris en Pologne ou en Hongrie ? NON, ces droits sont bafoués en toute impunité.

L'intérêt collectif s'arrête là où les intérêts particuliers commencent. C'est la règle à laquelle ne déroge aucun pays de l'UE. L'essentiel de nos intérêts divergent sur le plan économique et fiscal. Chacun défend son pré carré et cela se comprend. Il ne PEUT donc exister une volonté commune REELLE de fonder une Union des Etats européens dans toutes ses dimensions. C'est un leurre, un discours politique dénué de toute réalité, sans contenu, mais qui permet de continuer à imposer des politiques économiques libérales déstructurantes. Depuis ses origines, l'UE est strictement et uniquement un Marché où circulent sans entraves, marchandises, finances et enfin travailleurs pour favoriser la déflation salariale. Le marché unique est sa SEULE raison d'être par la nature même de l'Europe, une collection d' Etats. La seconde règle absolue est la concurrence libre et FAUSSEE, contrairement au principe claironné d'une concurrence libre et non faussée. Sans harmonisations fiscale et sociale en Europe, pas de concurrence non faussée.  Ce principe bidon est toujours utilisé par la Commission européenne lorsqu'il s'agit de limiter voire de supprimer les monopoles des Etats pour les transférer au privé et aux actionnaires. Pourtant dans la Constitution française par exemple, l'existence des monopoles est consacrée: "Tout bien, toute entreprise dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d' un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité". E. Macron s'essuie avec la Constitution et poursuit dans la forfaiture avec ADP. GDF, les autoroutes entre autres privatisations n'ont pas suffi. SNCF suivra, le terrain juridique est préparé. La compagnie Air France dont la participation de l'Etat s'élève à simplement 14,3% est laissée seule face à la concurrence déloyale des low cost qui abusent du dumping social et fiscal et des compagnies du Golfe subventionnés par leurs Etats. Or le transport aérien est un secteur stratégique. Toutes ces manigances avec les encouragements et la bénédiction de l'UE. Américains et Chinois s'en pourlèchent les babines . Ils savent protéger leurs intérêts nationaux. UE: idiote utile à la mondialisation libérale.

Les Etats européens sont comme des rivières qui s'enlisent dans leurs égoïsmes nationaux. Elles ne se rejoignent pas dans un fleuve puissant qui s' appellerait les Etats Unis d'Europe. Il n'y a pas de grand Récit européen qui pourrait souder les Nations. Le seul qui existe est le Récit des guerres où ces Nations se sont opposées et meurtries.

En conclusion, une Fédération des Etats européens est une impossibilité absolue. Il existe pourtant un moyen qui permettrait des avancées significatives dans l'intérêt des Nations et de leurs citoyens. Il s'agit du système des coopérations renforcées à plusieurs Etats et à géométrie variable selon les sujets. Sur chaque question économique, financière, sociale et environnementale, cela consiste à définir des politiques communes avec des partenaires qui partagent les mêmes intérêts. Il faut donc passer au-delà de la règle de l'unanimité qui paralyse le fonctionnement de l'UE. Finissons-en avec ce canard sans tête qu'est en réalité l' UE dans sa conception actuelle. Quant à la France , elle n' a d'autre solution que d'engager le rapport de force, en particulier avec l'Allemagne, pays leader qui "mène le bal européen". Jusqu'où la France peut-elle - aller trop loin - ?  L'étape ultime ? : un référendum portant sur la sortie de l'UE. L'exemple actuel du Brexit ne saurait être l'argument pour empêcher la solution du Frexit. Cela signifierait que les Etats reconnaissent leur servitude totale. L' Idée de Nation serait niée et toute l'Histoire de l'Europe s'en trouverait balayée. Il vaut mieux un pays réduit à sa taille réelle qu'un pays noyé dans un magma impotent où l'inertie demeure la règle du fait des contradictions constitutives de l' Union européenne ( le terme Union est à l'évidence inappropriée ).

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