Chronique d'une non-naissance annoncée: l'Etat palestinien

Quelques réflexions suite au reportage d'Arte intitulé « les colons » du mardi 27 septembre (réalisateur israélien Shimon Dotan) et à la mort de Shimon Peres mercredi dernier. Une négociation entre 2 parties suppose l'existence d'un rapport de force. Considérons quelques éléments de ce rapport de force.

 

Chronique d'une non-naissance annoncée : l’État Palestinien

 

Quelques réflexions suite au reportage d'Arte intitulé « les colons » du mardi 27 septembre (réalisateur israélien Shimon Dotan) et à la mort de Shimon Peres mercredi dernier.

 

Une négociation entre 2 parties suppose l'existence d'un rapport de force. Considérons quelques éléments de ce rapport de force.

 

Sur le plan militaire, côté israélien :

 

. un corps de blindés de plus de 2500 chars

 

. une armée de l'air constituée de 400 avions de combat, plus de 200 hélicoptères, sans compter les drones,

 

. des missiles air-sol, des missiles de croisière, des missiles balistiques

 

. plus de 150 0000 soldats , et des réservistes, 3 fois plus nombreux

 

. des navires de guerre et des patrouilleurs.

 

. l'arme nucléaire

 

Côté palestinien :

 

. des couteaux

 

. des pierres

 

Du point de vue diplomatique, en faveur des israéliens, l'appui inconditionnel et indéfectible de la première puissance mondiale, les États Unis . Pour les palestiniens, appui inconditionnel et indéfectible : néant. La mollesse de l'UE constitue le soutien le plus « remarquable » sur lequel peuvent compter les palestiniens. A quoi sert la reconnaissance par quelques pays européens (là encore aucun consensus) d'un État qui n'existe pas de fait et qui ne verra probablement jamais le jour ? Geste symbolique, rien de plus.

 

Sur le plan du lobbying, comment rivaliser avec l'AIPAC, proche du Likoud, et très influent au Congrès américain ?

 

Prenons le contexte politique ? L'assassinat de Yitzak Rabin le 4 novembre 1995 par un extrémiste juif, encouragé dans son acte par une campagne de haine menée par les extrémistes religieux juifs et les faucons du Likoud (le leader à l'époque était Benjamin Netanyahou ), a marqué de fait la fin du processus de paix. Depuis cet événement, progressivement, l' État d'Israël, laïc à son origine, est devenu un État religieux, et au régime démocratique a succédé un régime quasi théocratique. La répartition des sièges à la Knesset laisse entrevoir ce glissement: Likoud, 30 sièges ; le centre-droit, 10 sièges ; droite religieuse nationaliste , 8 sièges ; ultra-orthodoxes sépharades et ashkénases, 13 sièges ; nationalistes , 6 sièges ; union sioniste (centre droit), 24 sièges ; centre, 11 sièges ; gauche, 5 sièges ; liste arabe unie, 13 sièges. La composition du gouvernement est à l'avenant.

 

La politique de colonisation mise en place par Ariel Sharon dès les années 1970, poursuivie et intensifiée ensuite lorsque la droite et les partis religieux se trouvaient au pouvoir, et jusqu'à aujourd'hui avec B. Netanyahou, est explicitée dans le reportage « les colons » : intercaler une colonie juive entre 2 villages palestiniens et encercler les principales villes palestiniennes par des implantations. Ajouter à cela, la construction de routes, ponts et tunnels réservés aux colons pour rejoindre rapidement Israël. On comprendra que la Cisjordanie est devenu un espace géographique qui n'a plus aucune continuité territoriale. Quelle viabilité politique et économique peut-on envisager dans ce contexte ? De son côté, l'Autorité palestinienne n'ayant rien obtenu des autorités israéliennes concernant l'amélioration des conditions de vie de son peuple , sans parler d'avancée vers la paix, a perdu toute crédibilité.

 

Cette politique de colonisation pousse naturellement à la radicalisation les palestiniens, en particulier les plus jeunes et les « jette » dans les bras de l’islamisme radical et le Hamas. Est-ce le but recherché par le gouvernement israélien afin de justifier de futures interventions massives de l'armée en Cisjordanie ? La question mérite d'être posée.

 

Rappel : la création du Hamas en 1987 n'était pas pour déplaire à Israël. Elle permettait d'affaiblir l'Autorité palestinienne et son leader Yasser Arafat. L'existence du Hamas devient pour Israël le prétexte à tout refus de vraie négociation. Le Hamas, allié objectif d'Israël ?

 

Les israéliens n'ont confiance qu'en eux-mêmes pour assurer leur sécurité. Peut-on le leur reprocher ? L'histoire tragique du peuple juif, le crime absolu qu'a été la Shoah et ses 6 millions de victimes (en août 1941 Winston Churchill parlait déjà d'un crime sans nom) ne permettent pas aux juifs israéliens d'accorder empathie et compassion à l'Autre. Paradoxal? La honte et les remords du Monde et en particulier des occidentaux font partie de la genèse de la résolution 181 de l'ONU du 29 novembre 1947 qui prévoyait le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe. Honte et remords vis à vis d'un peuple martyr abandonné aux mains de ses bourreaux nazis.

 

La création du Grand Israël (pour certains du Nil à l'Euphrate) est considérée par la droite, l'extrême-droite et les religieux juifs comme le seul moyen d'assurer la sécurité pérenne d'Israël. La force a été utilisée, elle continuera donc à l'être. Les ripostes disproportionnées par rapport aux actes de révolte des arabes palestiniens font de A. Sharon et de B.Netanyahou des criminels de guerre. Ils ne seront jamais jugés par la Cour internationale de Justice.

 

Malgré les dizaines de résolutions de l'ONU, « l'agacement » actuel de B.Obama, les remontrances de l'UE, Israël persévère dans son jusqu'au- boutisme. Y.Rabin, S.Peres, disparus, aucune personnalité forte n'est en mesure de reprendre le flambeau pour mener vers la paix. Il reste quelques femmes et hommes de gauche, des intellectuels qui combattent la politique de Netanyahou. Ainsi que le mouvement Shalom Akhshav (La Paix maintenant), artisan convaincu de la nécessité de trouver un compromis avec les palestiniens et qui essaie de maintenir le dialogue entre les deux communautés. Toutes ces personnes courageuses représentent l'honneur d'Israël.

 

En conclusion, peut-on considérer que les conditions politiques et diplomatiques sont ou seront réunies un jour, même partiellement, pour la résolution d'un conflit qui dure depuis 1948 ? A l'évidence non. Pas de résolution du conflit, pas d’État palestinien. En réalité, le rapport de force est inexistant.

 

Il reste aux palestiniens le choix entre 3 options : l'intégration à Israël sous le régime de l'apartheid avec des droits politiques et civiques limités ; l'exil en Jordanie ou dans la bande de Gaza où se trouvent déjà concentrés 1.535. 000 palestiniens soit 4 000 habitants au km carré, la densité la plus importante au monde ; ou enfin le cercueil.

 

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