Quelle devrait être la Voix de la France à RIO le 20 juin prochain ?

Quelle devrait être la Voix de la France à RIO le 20 juin prochain ?Sous la signature de Monsieur Joël Cossardeaux,  un article des ECHOS du 14 juin, rapporte que « François Hollande va vendre l’économie verte à rio ». Rappelons que le 20 juin prochain s’ouvrira à RIO le Sommet Mondial du Développement Durable.

Quelle devrait être la Voix de la France à RIO le 20 juin prochain ?

Sous la signature de Monsieur Joël Cossardeaux,  un article des ECHOS du 14 juin, rapporte que « François Hollande va vendre l’économie verte à rio ». Rappelons que le 20 juin prochain s’ouvrira à RIO le Sommet Mondial du Développement Durable.

Qu’est-ce que l’économie verte par rapport au développement durable ?

Le développement durable consiste à lier intrinsèquement l’économie, le social et l’environnement. C’est l’avenir. Cela a été décidé sans discussion possible, par les 140 chefs d’Etat présents lors du dernier Sommet Mondial du Développement Durable à Johannesburg en 2002.

L’économie verte (dont on cherche vainement une définition officielle) consiste à lier (peut-être intrinsèquement, on ne sait pas) l’économie et l’environnement. Il y manque donc le social.

L’article des Echos précise que Madame Bricq a la volonté d’apporter une dimension sociale à l’économie verte.  Dans ces conditions, on se demande pourquoi le gouvernement parle d’économie verte, alors que le Sommet de RIO est un Sommet Mondial du Développement Durable !

La confusion est totale et savamment entretenue. Est-ce un hasard ? Est-ce innocent ?

Ce n’est pas tout. L’article rapporte que  « les positions française et européenne consistent à demander la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) sous la forme d’une Autorité analogue à l’OIT (Organisation Internationale du Travail) ou de l’OMC (Organisation Internationale du Commerce) ».

Là encore la confusion et l’ambiguïté sur la position française sont totales, car l’OIT et l’OMC sont très différentes.

L’OIT a été créée en 1919. Ses statuts prévoient un Tribunal qui n’a jamais vu le jour. Ses normes (dénommée conventions) ne sont pas obligatoires, sauf si un pays décide de les appliquer. Si par exemple une grande dictature libérale  s’engage à les appliquer mais ne le fait pas (entraînant par conséquent une concurrence faussée et déloyale dans le commerce mondial) une petite démocratie ne peut pas bloquer ou taxer les importations provenant de ce grand pays. Elle serait condamnée à des très fortes amendes par l’OMC 

A l’OMC, c’est très différent. Les accords sont des accords internationaux. Juridiquement, ils sont supérieurs aux droits nationaux, y compris aux constitutions nationales. Ces accords sont donc obligatoires, et leur contenu mesurable et mesuré. Si une petite démocratie ne les applique pas, (par exemple en versant des subventions à un de ses secteurs industriels pour ne pas le faire disparaître),  le Tribunal de l’OMC (dénommé Organisation des différends, ORD), saisi par exemple par une grande dictature libérale, condamnera la petite démocratie à de très fortes amendes.

On voit tout de suite que les multinationales ne sont pas incitées à faire appliquer les règles de l’OIT dans les pays où elles sont implantées, puisqu’aucun pays ne peut refuser d’importer leurs produits, même s’ils sont fabriqués dans des dictatures, par des quasi esclaves sans aucun e attention aux règles basique du respect de l’environnement. Or, les règles de l’OIT tiennent compte de la situation des différents pays. Elles sont le moteur de l’ascenseur social pour la planète. 

Reste donc à savoir si l’organisation Mondiale de l’Environnement sera construite sur le modèle de l’OMC ou de l’OIT.

Voilà l’enjeu du Sommet de RIO qui débutera le 20 juin prochain. Espérons que les Voix de la France et de l’Europe. Par principe, l’OMC, l’OIT et l’OME doivent fonctionner selon le même schéma, et prévoir des exceptions reconductibles à intervalles réguliers pour les pays en difficultés ou en développement. C’est ce que doit dire la France. 

On ne peut plus laisser l’OMC décider de tout, en espérant que le social et l’environnement suivront. Ils ne suivent pas. Les populations en situation de pauvreté peuvent en témoigner.    

Bertrand de Kermel

Président du Comité Pauvreté et Politique

Auteur de « Le scandale de la pauvreté, causes et remèdes »,

éditions de l’Œuvre.

     

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.