QUELQUES REFLEXIONS SUR LE MONDE POST-COVID

La mondialisation telle qu'elle est imposée par Bruxelles, est incompatible soit avec la démocratie, soit avec la présence d'Etats souverains. Ce "théorème" est aujourd'hui démontré scientifiquement, à tel point que Klaus Schwab, Président du Forum de Davos, le reprend à son compte dans son livre "la grande réinitialisation". La politique commerciale européenne qui est entièrement à revoir.

QUELQUES REFLEXIONS SUR LE MONDE POST-COVID

 

Dans leur livre « la grande réinitialisation », co-écrit par le Professeur Klaus Schwab[1] et l’économiste Thierry Malleret, les auteurs tentent d’imaginer le monde post-covid.

 Ce livre est une mine. Il synthétise une somme d’informations certes disponibles, mais éparpillées partout sur la planète. Il nous aide considérablement à construire notre propre jugement sur les différentes formes possibles du monde de demain.

 L’une des pistes évoquée dans le livre mérite particulièrement l’attention, car elle explique de façon limpide et indiscutable les causes profondes du mouvement des gilets jaunes.

 Mondialisation forte, démocratie et Etats-Nations sont incompatibles entre eux.

 Aux pages 120 et 121, les auteurs expliquent que l’économie mondiale est tellement interconnectée qu’il est impossible de supprimer la mondialisation. Par contre, soulignent-ils, son ralentissement, voire son recul sont possibles. Ils pensent que la pandémie va  réaliser ce ralentissement, puisqu’elle a conduit à un retour des frontières, lequel s’inscrivait déjà dans les craintes liées à l’immigration et à la mondialisation. Ils en déduisent que la renaissance de l’Etat-Nation, quasi inéluctable, risque de conduire à un fort nationalisme.

 Ce n’est pas tout. Le raisonnement va bien au-delà.  Toujours aux pages 120 et suivantes, le livre cite une étude réalisée par un économiste de Harvard, Dani Rodrik, qui, en 2010, estimait que les trois notions suivantes sont incompatibles[2] entre elles : Il s’agit d’une mondialisation forte (comme aujourd’hui), de la démocratie, et enfin de l’Etat-Nation. 

 Dans son étude, Dani Rodrik dénomme cette incompatibilité : le «trilemne de la mondialisation».  Le théorème de cet économiste, s’appuie sur la logique suivante : deux de ces trois notions peuvent cohabiter ensemble, mais pas les trois.

 Ainsi la démocratie et l’Etat-Nation cohabitent sans problème si la mondialisation est plutôt faible. Si la mondialisation et la démocratie se développent l’Etat Nation est réduit à peu de choses. Si la mondialisation et l’Etat Nation se développent, la démocratie est condamnée. 

 Dans son livre, Klaus Schwab précise que cette analyse de Rodrik  a été validée par plusieurs autres études. Il est donc démontré que la mondialisation forte l’emporte toujours sur l’Etat Nation ou sur la démocratie.

 L’Europe emmène les peuples là où ils ne veulent pas aller.

 L’Europe, connait l’étude de Dani Rodrik qui a plus de dix ans. Pourtant, elle s’acharne à créer, contre la volonté des peuples, une mondialisation la plus forte possible, associée à des accords d’investissements qui retirent des pans entiers de souveraineté aux peuples. Elle est donc parfaitement consciente des conséquences de sa politique pour les peuples.

 En agissant de la sorte, elle illustre la phénoménale  influence des lobbies à Bruxelles.  Pourquoi ?

 Parce que le prix Nobel d’Economie Maurice Allais avait expliqué en long et en large dans les années 90 les méfaits d’une mondialisation non réfléchie, telle qu’elle a été mise en place à Bruxelles. (Voir sa limpide «lettre aux français» écrite peu avant sa mort.

https://www.les-crises.fr/le-testament-de-maurice-allais/ 

Il a été réduit au silence par les grands médias et la classe politique de l’époque.

 Parce que les actuels accords de libre-échange  causent de graves dégâts dans nos 27 Etats Nation. Dans  son discours du  22 septembre 2020 à l’ONU, le Président de la République française a dressé la liste des dysfonctionnements auxquels il faut remédier d’urgence : pertes de souveraineté des Etats, inégalités devenues insoutenables, classes moyennes servant de variables d’ajustement, «libre échange» à remplacer par le «juste échange», mythe de la «mondialisation heureuse» etc.  En septembre 2019, l’ONU, il avait insisté sur la nécessité de reprendre le contrôle de la mondialisation et de lui donner du sens.

https://c7fd6082-6a40-46ae-8f4c-0773acb3edde.filesusr.com/ugd/146df5_9dd35a85ffcf4c5f8e2e1742c7dc43d0.pdf

 Parce que les gilets jaunes, qui n’en pouvaient plus de vivre le déclassement permanent, la précarité et la pauvreté, et comprenaient qu’ils se faisaient berner depuis des années, (délocalisations, chômage etc..) ont réclamé le fameux RIC (Référendum d’initiative citoyenne) avec une procédure simple comme en Suisse, pour affirmer clairement ce que veulent les citoyens. Ce RIC opérationnel leur a été refusé par la République.

Parce que les grands gagnants du « trilemne » de Dani Rodrik, qui exigent de l’Europe cette mondialisation forte, sont les grands acteurs financiers et économiques. Ils ont déjà pris le contrôle de l’Europe, et agissent pour parvenir à la disparition des 27 Etats afin d’augmenter encore leur pouvoir. Les grands perdants sont les cinq cent millions de citoyens européens.

Dans un prochain article, toujours sur la base du même livre, nous verrons la forme que pourraient prendre la mondialisation ralentie qui semble se dessiner (sans le dire, les auteurs rejoignent Maurice Allais) et le capitalisme qui ne peut plus conserver sa forme actuelle, selon Klaus Schwab.   

https://c7fd6082-6a40-46ae-8f4c-0773acb3edde.filesusr.com/ugd/146df5_26137f98b5f54ab1b69e66673d1f6f61.pdf

 

 

 

 

 

[1] Président fondateur du Forum Economique Mondial de Davos

[2] («The globalization paradox», Oxford University press, 2012)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.