« Il n’y a plus d’autorité de l’État », peut-on lire ce matin, mardi 3 novembre 2015, dans Le Parisien, qui s’est courageusement décidé à relayer une parole de vérité dans notre village Potemkine. Le réquisitoire de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy sur l’état de l’État est sans appel et on ne peut que le partager. Non parce que l’État français s’est fait reprendre par la justice administrative française ‒ ce qui fait un peu désordre ‒ sur « les atteintes graves aux libertés fondamentales » dans la « jungle » à migrants de Calais, c’est de la roupie de sansonnet en comparaison de ce qui suit, mais parce qu’il est proprement scandaleux qu’un homme politique qui a élevé l’art de la palinodie à un si haut degré de perfection, qui a retourné sa veste tellement de fois qu’il faudrait lui dédier une ligne de prêt-à-porter réversible, qui se trouve ou s’est trouvé impliqué directement dans tant d’affaires (affaires des écoutes, des comptes de campagnes de 2012, du financement libyen de la campagne de 2007, des contrats passés entre la France et le Kazakhstan, des sondages de l’Élysée, des voyages en jet sur Air Courbit, affaires Karachi, Bygmalion et Lagarde/Tapie) et indirectement dans tant d’autres (la faute à ses amis), il est proprement scandaleux, dis-je, d’accord avec Nicolas Sarkozy, qu’un tel danger public, dans un état digne de ce nom, ait encore toute latitude de faire de la politique et d’arpenter les tribunes médiatiques.
Il existait autrefois, dans une galaxie pas si lointaine, un instrument démocratique de lutte contre les vecteurs politiques de l’insécurité : l’ostracisme. Une fois l’an, au cours d’une séance spéciale, l’ostracophorie, les citoyens athéniens assemblés sur le Pnyx étaient invités à inscrire sur un tesson de poterie ou une coquille d’huître (ostrakon) les noms des individus qu’ils percevaient comme une menace pour la cohésion de la cité. Si une majorité de six mille suffrages se dégageait sur un nom, le nommé était banni pour dix ans. Nicolas Sarkozy poussera-t-il son sens aigu de l’à-propos jusqu’à réclamer le rétablissement d’une si nécessaire institution ?