Des Maisons-Dieu pour les réfugiés ?

Puisque certains de nos hommes politiques, quittes à contredire leurs prises de position passées et à prendre en défaut l’actuelle politique des visas de la France, se disent décidés à honorer l’obligation d’hospitalité qu’une république démocratique telle que la nôtre a envers des réfugiés dont le statut ne fait aucun doute ;

Puisque certains de nos hommes politiques, quittes à contredire leurs prises de position passées et à prendre en défaut l’actuelle politique des visas de la France, se disent décidés à honorer l’obligation d’hospitalité qu’une république démocratique telle que la nôtre a envers des réfugiés dont le statut ne fait aucun doute ; puisque l’épiscopat français, s’avisant soudain que le christianisme doit son succès à la large envergure de son hospitalité spirituelle, s’intéresse enfin au sort de tous les réfugiés, et pas seulement à celui des chrétiens d’Orient, je propose que les citoyen(ne)s aident les administrations municipales et épiscopales à faire l’inventaire de tous les bâtiments, naguère voués au culte, à présent désacralisés et désaffectés, dont l’état correct permettrait de loger, moyennant un minimum de travaux de mise aux normes, les réfugiés accueillis sur notre sol. La réquisition et la réhabilitation de ce patrimoine à cette fin aurait pour deuxième avantage, une fois les réfugiés repartis chez eux ou naturalisés, d’offrir un habitat de qualité aux innombrables mal-logés français que se disputent les marchands de sommeil. Le troisième avantage d’une telle mesure serait de court-circuiter la prédation immobilière sur ce type de bâti. Il s’agirait en somme d’importer en France une institution charitable que les Brugeois connaissent bien : les Godshuizen ou Maisons-Dieu. Ces havres confortables et arborés, créés au XIVe siècle par des corporations et des bourgeois, étaient destinés à loger gratuitement les malades âgés et les veuves indigentes. Les occupant(e)s devaient en échange prier pour leurs bienfaiteurs. La Révolution étant passée par là, les Godshuizen sont devenues de bonnes œuvres municipales et des retraités y vivent toujours. Le raisonnement médiéval, en matière d’hébergement de secours, était d’offrir le meilleur et non le pire aux infortunés, car à la fin des fins, n'est-ce pas, les derniers seront les premiers.

Maison-Dieu, Bruges. © Toerisme Brugge / Jan Darthet Maison-Dieu, Bruges. © Toerisme Brugge / Jan Darthet

J’ouvre la liste en signalant aux associations deux bâtiments disponibles pour une reconversion en Maisons-Dieu* :

- L’aumônerie Saint-Nicaise, 14 rue Saint-Nicaise, 76000 Rouen (Seine-Maritime) ;

- Le couvent des Sœurs de Notre-Dame, rue du Couvent, 12250 Tournemire (Aveyron).

J’ouvre une seconde liste pour tous les bâtiments conventuels ou monastiques encore utilisés qui disposent de capacités d’accueil importantes (autrement dit d’une hôtellerie pour les retraites). Il n’y a pas de raison que le clergé s’exonère de ses propres obligations. Il est même tenu, par discipline, de montrer l’exemple.  

- Le monastère des bénédictines (dix chambres), 14 rue Bourg-l'Abbé, 76000 Rouen. 

- L’abbaye de Saint-Wandrille, 2 rue Saint-Jacques, 76490 Saint-Wandrille. 

- L’abbaye Notre-Dame du Bec, 27800 Le Bec-Hellouin, et non loin, le monastère de Sainte-Françoise Romaine, 9 route de Rouen, 27800 Le Bec-Hellouin. 

Je précise qu’aucune des institutions susnommées n’impose aux hôtes de se convertir. Une hospitalité conditionnelle serait un simulacre d’hospitalité. 

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* Les anticléricaux épidermiques peuvent réfléchir à une autre dénomination si le principe les séduit mais que le divin patronage les rebute. 

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