« Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Albert Einstein.

Oui, il existe une infinité de formes de bêtise, une bêto-diversité anthropologique pour ainsi dire, mais la plus symptomatique de notre époque est sans doute la bêtise en blouse blanche, produit d’un croisement particulièrement fécond entre le sorbonagre rabelaisien et le docteur Folamour kubrickien. Cette bêtise témoigne non seulement d’une absence totale d’éthique (« Science sans conscience... »), mais encore d’une incapacité projective aiguë, tare inquiétante quand on sait quelle faune politico-financière, toujours friande de prêt-à-penser optimiste, rôdaille autour des laboratoires. La dernière trouvaille qui en soit sortie, à grand renfort de trompes médiatiques, est le 3-nitrooxypropanol (3-NOP). Cette substance chimique apparentée à la nitroglycérine, une fois mêlée à la nourriture des vaches laitières, réduit considérablement le volume de méthane, gaz à effet de serre bien connu, qu’elles éructent. Magnifique exemple de boucle autopoiétique (qui s’autoentretient) du mythe d’une ingéniosité humaine illimitée. À chaque problème sa solution, fort bien, mais ici, nous sommes dans la logique suicidaire du « à chaque problème sa solution, pourvu qu’on ne touche pas à la matrice des problèmes, laquelle rapporte encore assez pour nous masquer un effondrement imminent ». Eh bien, Messieurs les savants de l’INRA (9 000 postes, 35 emplois en équivalent temps plein consacrés à l’agriculture biologique !), même moi qui ne sais rien ou si peu en la matière, je note que vous vous félicitez qu’on remédie aux émissions de méthane bovines, devenues dangereuses par le seul fait de l’homme, en donnant à une des industries les plus polluantes au monde, l’industrie chimique, une nouvelle occasion de célébrer, à travers un dérivé du propane, le dieu Hydrocarbure, si bénéfique au réchauffement climatique. C’est presque aussi génialement stupide que d’extraire du gaz de schiste avec du propane, parce que cela diminue le déluge d’eau que nécessite la fracturation hydraulique. Surtout, ne changeons rien aux pratiques agricoles. Continuons d’engraisser un cheptel immense et insoutenable à brève échéance.

D’où ma seconde proposition pour la COP21 : qu’on coupe le robinet à subventions aux chercheurs ignorants des lois de la thermodynamique, encasernés dans la prison conceptuelle de l’économie thermo-industrielle et dont les fausses innovations consistent à étayer un édifice croulant qui menace de nous ensevelir tous. 

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